mardi 25 octobre 2011

Justice distributive

Cavalier seul

Vincent Pellegrini

         Le dernier week-end fut électoral et les médias ont focalisé leurs feux sur les nouveaux petits partis censés brouiller les cartes. On retiendra pour notre part que le Parti bourgeois démocratique (PBD) pèse à peine plus de 5% sur le plan  national. Et qu’il ne justifie pas le siège d’Eveline Widmer-Schlumpf. Selon la justice distributive, son siège devrait revenir à l’UDC (premier parti du pays) surtout si l’on considère que le PBD n’est qu’un sous-produit de l’UDC.  

-         La révélation de cette campagne aura été que l’UDC valaisanne est le nouveau parti conservateur catholique. Le Mouvement chrétien conservateur a en effet choisi 5 des 75 questions posées aux candidats par Smartvote. Les questions touchaient aux valeurs chrétiennes. Et il s’est avéré que les candidats UDC du Valais, dans leurs réponses, étaient les plus proches de la loi naturelle et des valeurs conservatrices.

-         Le printemps arabe sera aussi celui de l’islam, même s’il se prétend modéré. Le président du Conseil national de transition (CNT) Moustapha Abdeljalil, a répété dimanche à Benghazi, où la libération de la Libye a été proclamée, que la législation du pays serait fondée sur la charia (loi islamique). L’un des principaux chefs des combattants anti-Kadhafi a fait des déclarations semblables. En Tunisie, le parti islamiste tunisien Ennahda a fait la percée qu’on attendait de lui. Depuis la révolution, les Coptes égyptiens sont traités comme des dhimmis et leurs églises sont saccagées. Cela ne colle pas avec le romantisme du printemps arabe. L’article 2 de la Constitution de la nouvelle Egypte (comme celle de la Tunisie post Ben Ali) fait de la loi islamique (la charia) la source principale du droit. Quant à l’article premier de la nouvelle constitution marocaine, il dit: «La nation s’appuie dans sa vie collective sur des constantes fédératrices, en l’occurrence la religion musulmane modérée». Cette constitution défend la liberté de pensée mais pas de religion… Je connais d’ailleurs personnellement une femme qui a perdu sa place  de travail au Maroc car elle s’était convertie discrètement au christianisme.




mercredi 19 octobre 2011

L'islam de ci de là

Cavalier seul

Vincent Pellegrini


Ce week-end, les Tunisiens participeront pour la première fois à des élections démocratiques. Il y a plus de 1600 listes. Trop de choix tue le choix et la crainte réside dans le fait que les islamistes, bien organisés, sont donnés favoris du scrutin. Le printemps arabe débouchera-t-il sur des gouvernements islamistes? En Egypte aussi, la situation des chrétiens est tragique face à une armée qui n’hésite pas à foncer dans la foule copte pacifique avec des blindés. Quelle sera la place des Frères musulmans dans la nouvelle Egypte? Ce qui se passe dans l’islam du Moyen-Orient nous touche aussi en Europe du fait de l’immigration musulmane.  Un fait ne trompe pas. De plus en plus de livres traitent du défi posé à l’Europe par l’islam. Par exemple «Le Pouvoir et la Foi. Questions d’islam en Europe et au Moyen-Orient », de Bernard Lewis, aux éditions Odile Jakob. L’auteur rappelle que l’islam ne connaît pas la distinction occidentale – d’origine chrétienne – entre spirituel et temporel. Il explique: «Dans l’islam classique, Eglise et Etat ne font qu’un.» L’islam détermine la loyauté ou la déloyauté envers la communauté. Il est aussi la source unique de l’autorité, de la justice, de la paix, de la liberté, explique Lewis. En France, où les musulmans forment officieusement 8% de la population, les autorités ont dû mettre fin à la prière du vendredi à l’air libre car elle bloquait des quartiers entiers. Du point de vue de la pratique religieuse, l’islam est en progression. Et l’élément démographique joue en sa faveur. Selon quatre démographes de l’Institut viennois de la démographie,  d’ici le milieu du siècle, l’islam pourrait être la religion majoritaire chez les Autrichiens de moins de quinze ans. A Bruxelles, plus de la moitié des enfants nés en 2006  étaient nés de musulmans. On trouve ces exemples dans le livre du journaliste américain Christopher Caldwell intitulé «Une révolution sous nos yeux.  Comment l’islam va transformer la France et l’Europe» traduit en français aux éditions du Toucan. Pour Caldwell, «l’islam est le plus grave défi posé à l’Europe». L’Europe va en effet devoir apprendre à vivre avec l’islam.

vendredi 14 octobre 2011

Redevance rédhibitoire

Cavalier seul

Vincent Pellegrini




-         A la Foire du Valais, Roger de Weck, directeur de la Société Suisse de radiodiffusion et télévision, a défendu bec et ongle la redevance annuelle à 462,40 francs. Ce prix à payer pour les chaînes nationales de radio-télévision est pourtant tout simplement exorbitant et rédhibitoire. Pour les gens à revenus modestes, cette redevance met en danger l’abonnement aux médias régionaux de presse écrite qui ne touchent aucune subvention ni redevance alors qu’ils sont les principaux vecteurs d’information locale et d’informations pour le bon fonctionnement de la démocratie directe. L’UDC s’est dit déçue par la décision du Conseil national de rejeter la pétition «Redevances de radio et de télévision: 200 francs c’est assez» pourtant signée par plus de 143 000 personnes.  Sur ce coup-là,  l’UDC a raison.

-         Une nouvelle a intrigué les médias le 18 septembre. Ce jour-là un référendum («Aider au lieu de punir») a eu lieu au Liechtenstein – 18.800 électeurs – pour l’introduction de l’avortement pendant les 12 premières semaines de grossesse. 52,3 % des voix se sont exprimées contre l’introduction de l’avortement. Le prince Alois de Liechtenstein avait clairement fait entendre qu’il ne signerait jamais une telle loi, en déclarant que «l’avortement n’est pas une solution acceptable pour le problème des grossesses non-désirées», explique l’agence ru. Le Prince veut maintenant entamer sans tarder des discussions avec le gouvernement et le parlement pour mettre en œuvre une réforme profonde qui puisse proposer des aides massives aux femmes enceintes en difficulté, tout en rendant l’environnement du Liechtenstein plus favorable aux enfants.  L’agence ru poursuit: «La position des autorités de l’Eglise par rapport à ce référendum fut exemplaire: «Non à l’avortement!», avec une référence claire au Concile Vatican II qui l’avait décrié comme «un crime abominable» (Gaudium et Spes, chap. 51). Par contre cette référence au Concile Vatican II est également utilisée par les adversaires de l’Eglise pour promouvoir dès maintenant la séparation de l’Eglise et de l’Etat au Liechtenstein où la religion catholique est aujourd’hui religion d’état.»


jeudi 6 octobre 2011

Limites de l'oecuménisme

Cavalier seul

Vincent Pellegrini

-         Un paysage idyllique à plus de 2400 mètres d’altitude. Un beau glacier et des cimes fières qui se mirent dans un charmant lac artificiel. Nous sommes au col du Nufenen. Et puis, il y a cette chose qui impacte tout le paysage et le dénature. Une énorme éolienne qui en attend quatre ou cinq autres. Un paysage massacré au nom du développement durable et de la protection du climat. Cette époque  n’est pas exempte de paradoxes.



-         Les limites actuelles de l’œcuménisme, y compris dans l’éthique, ont été mises en évidence lors du dernier voyage du pape en Allemagne. On peut  ainsi lire dans l’agence APIC: «Dans son homélie, le pape a déploré que l´éthique soit désormais remplacée par le calcul des conséquences. «Face à cela, comme chrétiens, nous devons défendre la dignité inviolable de l´Homme, de la conception à la mort - dans les questions du diagnostic préimplantatoire jusqu´à l´euthanasie», a affirmé Benoît XVI. Or catholiques et protestants ont aujourd´hui des positions divergentes sur plusieurs questions éthiques et de société, telles que l´avortement ou l´homosexualité.»



-         L’œcuménisme doit permettre aux confessions chrétiennes de chercher l’unité et de travailler ensemble pour christianiser la société. Cela veut dire faire respecter l’importance du fait religieux et le droit naturel, c’est-à-dire  le Décalogue, tout en évitant le syncrétisme qui relativiserait les dogmes caractérisant chaque religion. Il faut bien le reconnaître, l’œcuménisme catholiques-protestants est difficile et se trouve presque à l’arrêt. Avec les musulmans, le dialogue théologique n’est pas possible du fait du refus par l’Islam du Dieu Trinitaire (nous n’avons ainsi pas le même Dieu) et il faut plutôt dialoguer sur le respect des droits  de l’homme et la morale. Ce n’est donc pas un hasard si le pape travaille désormais beaucoup à l’œcuménisme avec les orthodoxes qui sont très proches des catholiques. Le patriarche Cyrille 1er  de Moscou a exprimé son «respect et son amour fraternel» envers Benoît XVI et le patriarche de Chypre cherche un rapprochement avec les catholiques. Les moines du Mont Athos, par contre, mettent les pieds au mur.

mardi 4 octobre 2011

Lumière divine sur des vies

LIVRE. Jean Mathiot a écrit un livre fourmillant de témoignages émouvants sur l’irruption de Dieu dans des vies.




Vincent Pellegrini

Les éditions Saint-Augustin ont publié un livre de Jean Mathiot intitulé «Fenêtres sur le Seigneur de nos vies ». L’originalité de cet ouvrage se trouve dans le fait qu’il laisse une large place à des témoignages personnels sur l’irruption soudaine de Dieu dans une vie. Jean Mathiot a retranscrit notamment les  témoignages de «ceux qui ont été saisis par Dieu et qui en témoignent ». Il part de Saul de Tarse mais livre de nombreux témoignages du XXe siècle.



Le guerrier sikh

Sadhdou S. Singh, futur guerrier sikh exigeant témoigne: «Souvent tard dans la nuit, je lisais non seulement les livres sacrés des Sikhs, mais encore ceux de la religion Hindoue et aussi le Coran des musulmans, dans l’espoir  de trouver la paix. Je ne trouvais nulle part cette nourriture spirituelle dont j’étais affamé.» Il achète un jour un Nouveau Testament, mais tout ce qu’il y lut ne fit qu’augmenter sa haine du christianisme. Et pourtant l’enseignement sur l’amour de Dieu l’attirait malgré lui et le récit de la mort du Christ l’impressionna vivement. Il jeta la Bible au feu car on lui disait que ce livre avait un pouvoir magique. Il prit la décision de se suicider si Dieu ne se révélait pas à lui. Il écrit sur ce qui lui est arrivé en 1904: «Soudain, une  grande lumière  illumina  ma chambre, telle que je crus que la maison  était en feu; j’ouvris ma porte mais au dehors tout était sombre. Alors il se passa quelque chose que je n’avais jamais attendu: la chambre fut remplie d’une merveilleuse lumière qui prit la forme d’un globe, et je vis un homme glorieux debout au centre de cette lumière. Ce n’était ni Bouddah, ni Krishna, c’était le Christ. Durant l’éternité je n’oublierai pas son visage de gloire, ni les quelques mots qu’il prononça: «Pourquoi me persécutes-tu? Je suis mort pour toi, pour toi j’ai donné ma vie. Je suis le Sauveur du monde.» (…) Je vis les marques des clous; j’avais été son ennemi, mais je tombais à genoux devant lui et l’adorais.»  



Le militaire américain



George Ritchie est médecin en Virginie, aux Etats-Unis. Depuis de longues années il exerce la psychiatrie dans les hôpitaux. Il raconte l’expérience bouleversante de la mort et de l’au-delà qu’il fit à vingt ans, en 1943, pendant son service militaire où il attrapa la pneumonie. Il s’aperçoit que la lumière de la pièce où il est devient de plus en plus brillante, plus brillante que toutes les lampes du monde; et il voit que ce n’était pas de la lumière, mais un homme fait de lumière, avec une intensité d’éclat qui composait toute sa personne, et ces mots qui lui venaient: «Debout, tu es en présence du fils de Dieu.» Et un amour inconditionnel émanait de cette présence qui connaissait tout ce qu’il y avait de bon et de mauvais; il en voyait chaque détail et une question: «Qu’as-tu fait de ta vie que tu puisses me montrer? As-tu aimé les autres comme je t’aime? Totalement? Inconditionnellement?» Si c’était l’amour le plus important de tout, pourquoi ne pas le lui avoir dit? « Je te l’ai dit par la vie que j’ai vécue, je te l’ai dit par la mort que  j’ai subie.  Si tu me regardes, tu en sauras davantage.»    



Le prisonnier

André Levet a 31 ans, en 1964, quand il est condamné à quinze années de réclusion  criminelle pour plusieurs hold-ups à mains armées. En 1969, il en est à sa cinquième année de prison. Dans la cellule, il y a une Bible.  Il raconte: «Un jour, je lance un défi à celui en qui je ne crois pas. Et je crie: si tu existes vraiment, alors viens me voir à deux heures du matin. Et si vraiment tu fais tout ce qu’il y a d’écrit dans  ce bouquin, tu pourras bien ouvrir mes barreaux et je pourrai retrouver ma liberté mais je ne le crois pas.» C’était le 11 juin 1969. André Levet poursuit: «Le 12 juin 1969, dans la nuit, je suis fortement secoué. Croyant à l’intrusion d’une personne étrangère dans ma cellule, je me lève d’un bond. Je crie: Qui est là? Immédiatement une voix me répond: «Il est deux heures André, nous avons rendez-vous.» «Qui es-tu? Que viens-tu faire  ici?» «Ne sois pas incrédule, je suis ton Dieu. Le Dieu de tous les hommes.» «Je ne t’ai jamais vu. Je ne te vois pas. Je ne te connais pas! Alors ma toute petite cellule va disparaître lentement. Il y a une belle lumière indescriptible. Et dans cette lumière un homme apparaît. Un homme que je ne connais pas. Qui va seulement me montrer ses pieds percés, ses mains percées, son côté droit percé. C’est aussi  pour toi, dit-il. Pour la première fois de ma vie je tombe à genoux devant quelqu’un et je pleure, parce que pour la première fois de ma vie quelqu’un veut m’aimer. Cinq heures durant je reste à genoux. Jésus, dans sa grande miséricorde, est venu me libérer de tout le mal que j’ai commis.»



La speakerine

Pierrette Brès est connue comme journaliste et speakerine. En 1985, en  plein désarroi, elle se rend en Israël. Et l’insoupçonnable va se produire. Elle le racontera dans le livre «Les chevaux de Dieu». Elle écrit: «Quelques secondes de torpeur et puis plus rien. Le Christ dans toute sa splendeur était là devant moi… Je baignais dans sa lumière, mon esprit soudainement  pénétré par cette lumière extraordinaire que seul Dieu peut répandre dans nos âmes quand il s’adresse à nous. Dieu est devant moi et je me sens irradiée. Il me dit: Tu es pardonnée, tu as  payé tes erreurs, tu ne seras plus jamais seule, je serai toujours avec toi…en toi…aie confiance! (…) Je me retrouve brusquement pleurant de  joie (…) je viens de recevoir le baptême de l’Esprit.

    



L’athée



André Frossard, journaliste et écrivain de renom, élevé dans l’athéisme parfait, a raconté comment à vingt ans (1935), il a rencontré Dieu «dans une silencieuse et douce explosion de lumière», alors qu’il était entré dans une chapelle à Paris à la recherche d’un ami (à la rue d’Ulm chez les religieuses de l’Adoration). La chapelle est sombre mais il aperçoit au fond sur l’autel l’ostensoir du Saint-Sacrement en forme de soleil. Il ignore ce que c’est. Il distingue à peine les fidèles. C’est alors que l’inattendu est arrivé. Il se sent démantelé dans son absurdité et redevenir un enfant. Il entend comme si on lui disait «Vie spirituelle». Et il voit comme le ciel s’ouvrir et s’élancer fulgurant vers lui. «C’est un cristal indescriptible, d’une transparence infinie, d’une luminosité presque insoutenable; un degré de plus m’anéantirait.» Et il découvre un autre  monde qui est la réalité, la vérité. Il découvre «l’évidence de Dieu, l’évidence faite présence, l’évidence faite personne, que les chrétiens appellent  Notre Père.» Il découvre qu’il est d’une «douceur à nulle autre pareille, active, surpassant  toute violence, capable de faire éclater la pierre la plus dure et le cœur humain.» 





Jean Mathiot

Fenêtres sur le Seigneur de nos vies

Editions Saint-Augustin

194 pages

32 francs

jeudi 29 septembre 2011

Le carnet d'adresse

Cavalier seul

Vincent Pellegrini




- Quand on voit la gauche rose-verte et les évangéliques lancer une initiative pour introduire un impôt sur les successions «pour les fils à papa» on se dit qu’une démocratie qui prône le vol est une drôle de démocratie. Car on punit  le papa de manière posthume pour avoir travaillé et payé des impôts de son vivant sur sa fortune immobilière et mobilière ainsi que sur ses revenus, ne serait-ce que par la valeur locative. Pour le Valais, en tout cas, ce serait une catastrophe que cette initiative passe car l’exonération des successions est l’un de nos seuls atouts.

- La chose est passée inaperçue cet été. Le Comité des droits de l’Homme de l’ONU a reconnu l’avortement comme un droit de l’Homme. Son rapport a même été approuvé par le secrétaire général de l’ONU. Il affirme que «toutes les nations devraient accepter que les femmes et les filles aient un droit à l’accès à l’avortement pour que celles-ci puissent jouir de leurs droits de l’Homme».

- Lu sur APIC au sujet de la succession de Mgr Genoud et des trois noms à choix envoyés à Rome pour lui succéder: «Interrogé par la Radio, Jacques Neyrinck, écrivain, scientifique, catholique pratiquant, estime que cette attente commence à irriter les fidèles et se pose la question de savoir si Nicolas Buttet a les dimensions du gestionnaire qu´il faut pour la charge d´évêque. Il demande aussi qu´au sein de l´Eglise, les fidèles soient davantage consultés.» Les journalistes semblent avoir tous le même carnet d’adresses car ils interrogent souvent les mêmes personnes, selon le sujet. Le conseiller national Jacques Neyrinck fait partie de ces élus. Il faut dire qu’il est d’autant plus apprécié qu’il est souvent critique sur l’institution ecclésiastique. Moi, en tout cas, je ne vois pas un évêque gestionnaire, à moins de vouloir des curés plus fonctionnaires que missionnaires. Il faut, pour succéder à Mgr Genoud, un saint pasteur capable de relancer la nouvelle évangélisation. Et je répondrai au passage à M. Neyrinck que Nicolas Buttet, avec quatre grandes communautés sous sa responsabilité en Suisse et en France, sait ce que le mot gérer veut dire.


lundi 26 septembre 2011

La dernière chance

Vincent Pellegrini



Cavalier seul



Le 14 septembre, au terme de près de deux ans de discussions, le Vatican a remis aux traditionalistes d’Ecône  un préambule doctrinal. C’est à prendre ou à laisser. Si Ecône dit oui, le mouvement traditionaliste sera réintégré dans l’Eglise. Si Ecône dit non, il n’y aura plus de proposition romaine pour très longtemps. Benoît XVI tend la main, lui qui avait déjà dénoncé le 22 décembre 2005 l'herméneutique de la rupture du Concile Vatican II à l'égard de la Tradition opérée par certains progressistes. L’agence de presse du Vatican (VIS) mentionne que «ce document» (préambule doctrinal) «énonce certains des principes doctrinaux et des critères d'interprétation de la doctrine catholique nécessaires pour garantir la fidélité au Magistère de l'Eglise et au Sentire cum Ecclesia, tout en laissant ouvertes à une légitime discussion l'étude et l'explication théologique d'expressions ou de formulations particulières présentes dans les textes du Concile Vatican II et du Magistère successif.»

Dans le Figaro, l’envoyé spécial à Rome Jean-Marie Guénois met le doigt sur une conséquence très importante du texte romain: «La clé de l’accord tient en deux mots, «légitime discussion», sur les sujets qui fâchent. (…) Rome considère dorénavant que certains points de vue contenus dans le concile Vatican II et dans ses suites sont effectivement ouverts à une légitime discussion. Ces deux mots, relativement  inédits dans un document officiel de l’Eglise, signifient, en clair, que le Saint-Siège accepte qu’il est désormais possible d’être pleinement catholique tout en exprimant des divergences  sur ce qui n’affecterait pas le cœur de la foi de l’Eglise.» Pour Guénois, la distinction est ainsi faite entre entre le noyau de la foi catholique et ce qui est sorti de Vatican II. Jean-Marie Guénois a par ailleurs déclaré à l’agence Iomédia: «cette démarche romaine ouvre un immense débat dans l´Eglise sur l´autorité du Concile Vatican II". Depuis le 14 septembre on ne peut en effet plus brandir Vatican II comme le Coran incréé contre les catholiques ayant une sensibilité plutôt traditionnelle…

mardi 6 septembre 2011

La rose et le cactus

Cavalier seul
Vincent Pellegrini


On écrira cette rubrique avec une rose et un cactus. La rose tout d’abord. Elle est décernée au Valaisan François Couchepin qui a démissionné de l’Observatoire suisse du droit d’asile et des étrangers (ODAE) dont il était membre fondateur. L’ancien chancelier de la Confédération François Couchepin a dénoncé le militantisme actuel de cet «observatoire», ainsi que le manque d’impartialité du  même observatoire qui fait un travail trop politique. Avec courage, il a écrit: «Je refuse de voir l’Observatoire se couper ainsi de sa crédibilité.»
Quant au cactus, il est décerné à Christian Levrat, président du parti socialiste suisse. Interrogé dans le cadre d’une série de l’agence de presse APIC consacrée aux politiciens suisses, il dit nourrir «quelques craintes» quant au successeur de Mgr Genoud qui n’a toujours pas été nommé et ajoute: «Il y a des sujets sur lesquels l´Eglise est assez peu en phase avec notre société, notamment en matière de sexualité ou de recherche. Ces positions me paraissent compréhensibles du point de vue strictement doctrinal, mais elles sont peu utiles dans le débat politique actuel. » Et pourtant l’Eglise doit défendre bien des choses dont la vie humaine dès sa conception comme un bien sacré et parler au monde même si elle ne partage pas ses valeurs. Il faut dire que Christian Levrat est bien accompagné et que beaucoup voudraient corriger le pape. L’abbé Claude Ducarroz, président du Collège des consulteurs du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg a  dénoncé le manque de transparence de la procédure de nomination du successeur de Mgr Genoud et les lenteurs vaticanes. J’ai l’envie de dire: Laissez le pape décider qui sera évêque et si cet évêque ne vous plaît pas car dans la ligne de Benoît XVI – c’est d’ailleurs peut-être pour cela qu’il est difficile à trouver – laissez-le officier quelque temps avant de juger. Je constate en effet assez souvent un décalage entre Rome et le clergé suisse. Beaucoup gagneraient à lire attentivement ce que publie Benoît XVI dans tous les domaines. Car si le pape est  âgé, sa production écrite et ses enseignements restent excellentissimes.



jeudi 1 septembre 2011

Question de vie ou de mort

Cavalier seul
Vincent Pellegrini

Une bonne nouvelle en cette fin d’été. L’initiative contre le remboursement par l’assurance maladie de base de l’avortement et de la réduction embryonnaire a abouti et le peuple se prononcera dans les urnes.  Il est temps que la loi cesse de traiter la grossesse comme une maladie. D’autant plus qu’en général l’avortement est pratiqué alors que la vie de la future mère n’est pas en danger. Cette société a perdu la boussole des valeurs. Les couples risquant de transmettre une maladie grave à leur enfant devraient pouvoir recourir au diagnostic préimplantatoire selon le Conseil fédéral qui est prêt à autoriser le diagnostic sur huit embryons par cycle de traitement au lieu de trois autorisés actuellement par la fécondation in vitro. Le nombre n’y changera rien. On va à petits pas vers l’eugénisme dans la logique utilitariste qui est celle de notre société. Chaque embryon est une vie humaine naissante mais non encore née. Faire payer des avortements par l’assurance maladie de base revient ici à mépriser les parents admirables qui dispensent jour après jour leur amour à leur enfant handicapé.
 En Allemagne les évêques se sont prononcés pour une stricte interdiction du diagnostic préimplantatoire (DPI) quel qu’il soit. «L´homme ne peut pas déterminer à travers le DPI qui est digne de vivre ou qui ne l´est pas. Si je commence à décider maintenant quelle vie est digne d’être vécue et quelle autre ne l’est pas, je m’érige en seigneur de la vie et de la mort», a expliqué le président de la conférence épiscopale allemande. «Le désir des parents d´avoir des enfants sains est compréhensible et mérite le respect. Mais le DPI n´est pas la bonne voie. Car le choix d´un embryon selon des critères génétiques contredit le principe fondamental qui veut que toute vie mérite protection indépendamment de sa santé et de ses capacités. Il est en particulier en contradiction avec le principe de non discrimination des personnes handicapées», ont précisé également une  majorité des députés catholiques du Bundestag cités par l’APIC.

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mardi 5 juillet 2011

chrétienne de l'ombre

Cavalier seul
Vincent Pellegrini
Le peuple marocain a accepté massivement mercredi le vote sur une nouvelle constitution. L’agence APIC nous apprend: Cette réforme n´apporte aucune amélioration en ce qui concerne la liberté de conscience, déplore l´association Porte Ouvertes. «En n´accordant que le libre exercice du culte, elle permet aux autorités d´agir à leur guise contre les chrétiens", écrit l´ONG au service des chrétiens persécutés. Une première version plus libérale avait subi de nombreuses attaques de la part des organisations musulmanes. Je puis donner un exemple concret de ce qui se passe au Maroc pour l’avoir vécu moi-même. J’avais interviewé par téléphone («Nouvelliste» du 17 avril 2010», une chrétienne marocaine de l’ombre qui s’était convertie secrètement au christianisme et ne l’avait même pas dit à ses enfants de peur de perdre leur garde (elle était divorcée). Mais elle a eu beau rester discrète, l’ONG marocaine (dépendant de l’Europe) où elle travaillait a appris sa conversion et l’a licenciée séance tenante. Elle n’était pourtant même pas encore baptisée… J’ai demandé à un ami germanophone de dénoncer le cas à la direction générale de l’ONG qui se trouve dans un pays européen. L’association a joué à Ponce Pilate… Et dire que  le Maroc est naïvement perçu comme un pays musulman modéré…
A noter que Geert Wilders, du Parti de la Liberté, a été acquitté par un tribunal d’Amsterdam. Il s’était appuyé sur le Coran pour attaquer l’islam. Le juge a invoqué la liberté d’expression. Toujours est-il qu’il y a beaucoup de musulmans modérés mais que l’islam des légistes classiques – dominant actuellement – n’est pas modéré. L’islam a tenté à quelques reprises, au Moyen-Age, de bifurquer vers une interprétation contextuelle et rationnelle mais les oulémas ont toujours mis fin à ce processus qui aurait dû déboucher sur l’islam des Lumières. Car le monde islamique n’a pas pratiqué sur lui-même une exégèse et une évolution  homogène comme le  christianisme l’a fait. Seuls quelques penseurs musulmans habitant en Europe peuvent le faire. Sur eux repose l’espoir d’une intégration de l’islam dans la démocratie occidentale.  

lundi 4 juillet 2011

L'Antéchrist


         Cavalier seul
Vincent Pellegrini

Je me permets de revenir sur le journaliste et écrivain juif-catholique Joseph Roth (1896-1939). Journaliste en vogue sous la république de  Weimar, il vécut ensuite  misérablement de ses nombreux livres. Cet écrivain remarquable mourut lors d’une crise de delirium tremens provoquée par son penchant pour  l’alcool.  L’un de ses ouvrages, écrit en 1934, est un essai sur l’Antéchrist tout à fait étonnant. L’auteur y débusque l’Antéchrist là où l’on ne l’attend pas forcément. Voici des extraits de «L’Antéchrist » éclairants pour notre temps: «Nous donnons des noms faux à des choses vraies.... Aujourd’hui tout le monde parle la même langue et c’est une langue fausse. On construit pour ainsi dire une Babel horizontale.... Notre cécité est pire encore que la cécité ordinaire (...) car notre cécité est précisément celle qui ne peut venir que de l’Antéchrist. (...) Nous ne reconnaissons pas l’Antéchrist parce qu’il vient à nous dans les vêtements du petit bourgeois de n’importe quel pays. (...) Il récite le Notre Père en jouant à la Bourse (…) Rusé comme il est, l’Antéchrist ne commence pas par séduire les révoltés, mais d’abord et surtout les conservateurs. Il séjourna d’abord dans les églises, puis dans les maisons des maîtres. (…) C’est certes un péché que de dire que Dieu n’existe pas mais c’en est un plus grand encore que de falsifier Dieu et de tromper les hommes avec une image falsifiée. C’est là le péché. (…)
Et Joseph Roth écrivait dans une lettre à Ernst Krenek: «Car nous ne pouvons réagir à la dynamique de la folie,  qui a envahi  l’époque présente, que par une «dynamique» comparable, mais mieux intentionnée. Par conséquent, je ne sais pas pourquoi vous êtes aussi prudent, alors que nos volontés se rejoignent, et que vous êtes aussi sensé que moi pour vous rendre compte que la clairvoyance et la réflexion ne feront de nous que des vaincus. Il faut que nous ayons la foi! Que nous croyions! Comme ces fumiers croient à l’Enfer, nous ne pouvons lutter contre eux par la raison, mais seulement par la foi, par la foi au Ciel.»

lundi 20 juin 2011

Changer la mondialisation en débattant au pied du Cervin

Congrès. Le Zermatt Summit a réuni durant trois jours 200 leaders économiques pour redonner un visage humain à la globalisation et à ses acteurs.

Vincent Pellegrini
A Zermatt tout est possible. Y compris de voir un  moine ouvrir un congrès rassemblant deux cents leaders de l’économie. C’est en effet le Père Nicolas Buttet, modérateur de la Fraternité Eucharistein, qui a été jeudi le premier orateur du Zermatt Summit. Ce congrès, qui en est à sa deuxième édition à Zermatt, est présidé par l’industriel suisse Christopher Wassermann. Il a pour but d’humaniser la globalisation et les économistes qui viennent à Zermatt sont originaires de tous les continents.

L’homme d’abord.

Le Père Buttet a expliqué qu’il y a un temps normal (le chronos) et un autre temps (le kairos) qui fait irruption dans l’histoire des hommes  lors d’un événement particulier. C’est pourquoi il ne faut pas seulement retrouver une bonne santé économique après la crise mondiale, mais surtout retrouver un sens à l’économie. Et Nicolas Buttet de poursuivre: «En 1873 eut lieu la première  grande panique mondiale. Depuis, il y en eu d’autres, dont celles des subprimes et de Dubai.  Nous vivons une succession  de crises, en oubliant ce que nous aurions dû apprendre de ces différentes crises. Face au système, au modèle et aux structures héritées du XXe siècle et l’échec des idéologies, il faut repenser la responsabilité personnelle. On veut repenser les structures et donner de nouveaux algorithmes aux bourses  mais personne n’a abordé le fond du problème. La crise actuelle devrait pourtant nous faire comprendre que chaque être humain a une responsabilité là où il est. Chacun doit y réfléchir car c’est le défi de ce siècle. La Crise doit nous ramener à l’exigence  personnelle. C’est la question du sens. Beaucoup ont des moyens de vivre mais peu ont des raisons de vivre. Je veux dire qu’il va falloir non seulement  trouver un capital financier et humain,  mais aussi spirituel. Ce sont les valeurs qui transcendent l’économie et permettent d’obtenir une prévisibilité des personnes dans tous leurs comportements et dans des situations toujours changeantes. Même Alan Greenspan, ex-président de la réserve fédérale américaine, a dit que la nature humaine et la crise étaient en lien. Cela arrive quand l’homme n’est même plus au centre de lui-même. La  pyramide devrait être spirituelle, culturelle, politique, économique et technique. Le leadership devrait être un service d’amour au prochain. L’homme ne vaut pas par ce qu’il fait, mais par ce qu’il est. La mondialisation pose la question de l’être. La nouvelle globalisation doit être une réhumanisation de l’homme. Il faut échapper aux incohérences par une ligne de conduite: la vérité des relations humaines et un surcroit d’humanité sinon nous irons à la catastrophe. Même une socidété anonyme ne doit pas vouloir dire anonymat».  Le quasi-miracle, c’est que cette vision très morale a fort bien passé auprès des économistes présents alors qu’ils venaient de plusieurs écoles de pensée.
Le congrès a duré trois jours de discussions très denses. Il a surtout permis aux participants de se rencontrer, de se lier d’amitié et de mettre en œuvre des réseaux pour donner un visage plus humain à  la mondialisation.

mercredi 15 juin 2011

Nucléaire: L'art du possible

Cavalier seul
Vincent Pellegrini 
La politique devrait toujours rester l’art du possible. Et le débat sur le nucléaire ne doit pas non plus se laisser gagner par l’émotion de l’après Fukushima. On ne peut pas poser un acte de foi aveugle dans la capacité technologique future de la Suisse de se passer de l’énergie nucléaire helvétique et étrangère. Le Dr Hans Püttgen a relevé certains paradoxes. Les centrales nucléaires assurent 39,3% du gâteau énergétique helvétique. On a beaucoup parlé des projets de pompage-turbinage pour l’hydraulique, mais il faut savoir que le pompage fonctionne surtout de nuit avec de l’électricité française fortement d’origine nucléaire. Il aurait fallu tenir compte dans le débat de l’augmentation annoncée et inéluctable de l’électricité consommée. Selon un scénario de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), en 2035 la consommation électrique aura par exemple augmenté de 13% malgré une diminution globale de la consommation d’énergie de 14%. Moins d’énergies fossiles, mais plus d’énergie électrique malgré les mesures d’économie d’énergie. Et le professeur Püttgen d’avertir: «Malgré des mesures incitatives et réglementaires qui vont faire  fortement chuter la consommation totale d’énergie, nous allons vers un monde toujours plus électrique.» Et même la dernière centrale nucléaire construite en Suisse (Leibstadt en 1984) devra être mise hors service vers 2020 déjà… L’hydraulique est l’atout de la Suisse mais nos lois écologiques rendent difficiles de nouveaux projets même dans la mini-hydraulique. Et une étude de la SATW montre que si l’on couvrait 10% des toits suisses avec du photovoltaïque, on obtiendrait une production annuelle de 5 TWh qui serait surtout disponible l’été quand la Suisse est déjà exportatrice d’électricité. A titre comparatif, la centrale nucléaire de Leibstadt produit 9,4 TWh/an. Selon le scénario optimiste de l’OFEN pour 2020 (dénucléarisation et en poussant au maximum toutes les énergies renouvelables), il  manquerait encore en électricité 7 TWh/an pour la Suisse, soit presque autant que la centrale  nucléaire de Gösgen.

jeudi 9 juin 2011

L'omerta


                       Cavalier seul
Vincent Pellegrini

Les frasques de Dominique Strauss Kahn nourrissent un feuilleton américain aux multiples rebondissements. Et se pose cette légitime question: pourquoi les grands médias, pourtant au courant du rapport compulsif de DSK aux femmes, n’ont-ils  rien dit auparavant? Plus d’une bombe aurait en effet dû déjà sauter sous les semelles de l’ex-futur-candidat à la présidentielle française. La journaliste et romancière Tristane Banone, invitée à l’émission de Thierry Ardisson, a par exemple révélé en 2007 qu’elle avait dû se battre au propre comme au figuré pour échapper à la concupiscence de DSK qui agissait «comme un chimpanzé en rut», rappelle le Figaro Magazine. Bref, tout le monde savait. En France, les journalistes de la gauche caviar ont pourtant déjà commencé à défendre DSK, comme s’il s’agissait d’une affaire banale. Certains journalistes, en tout cas, auraient mieux fait de se taire. Par exemple Jean-François Kahn qui expliquait le 16 mai sur France Culture: «Selon lui il n’y a pas eu une tentative violente de viol mais une imprudence, un troussage domestique. Il s’est depuis excusé de sa maladresse.»  Voir un journaliste de cette envergure traiter cette affaire avec une telle désinvolture en dit long sur les œillères que peuvent vous donner les coteries. A force de côtoyer les puissants et de chanter à l’unisson du politiquement correct, certains journalistes n’ont  même plus les pieds sur terre. Selon que vous serez riche ou pauvre… On verra si la justice américaine fera mentir la fable.  En parlant de journaliste, j’en mentionnerai un autre, au calibre nettement supérieur à celui de Jean-François Kahn. Je veux parler d’Antoine Blondin, mort il y a 20 ans, le 7 juin 1991. Il aimait certes trop la dive bouteille («au goulot» lâchait-il lorsque ses confrères se mettaient à écrire). Mais Blondin ne se serait pas trompé de combat et respectait sa profession. Il la pratiquait avec autant de classe que d’humour. Ne disait-il pas sentencieusement: «N’oublie pas que l’on écrit avec un dictionnaire et une corbeille à papier, tout le reste est litres et ratures»?

mercredi 25 mai 2011

Mémoire d’éléphant

Cavalier seul

Vincent Pellegrini

Une dépêche d’agence nous apprenait la semaine dernière que les accords de Schengen sur la libre circulation des personnes coûte dix fois plus cher que prévu au contribuable helvétique. Vous avez bien lu: dix fois plus cher. On a roulé le souverain helvétique dans la farine avec des méthodes qui seraient lourdement sanctionnées dans les entreprises privées. Je ne m’étonne pas, en tout cas, de lire que les Suisses sont seulement 19 % à vouloir l’adhésion à l’Union Européenne (12% de moins que l’an dernier) et que trois Suisses sur quatre veulent ainsi préserver la politique et l’économie d’une Suisse trop petite pour se défendre en faisant partie de l’Union Européenne. L’agence de presse traite les Suisses de «repliés» sur eux-mêmes. Moi je dirais qu’ils sont lucides et qu’ils ont une mémoire d’éléphant. Ils ont compris que Schengen facilite la petite criminalité transfrontalière. Que le principe du cassis de Dijon accordé de manière unilatérale à l’Europe n’a pas fait baisser les prix autant qu’on le leur avait promis et constitue une concurrence supplémentaire pour les produits suisses. Les Suisses n’ont pas apprécié que les pays voisins achètent des données bancaires volées pour tuer le secret bancaire helvétique et la place financière qui va avec. Bref ils ont très peu goûté la goujaterie de l’attaque fiscale menée par l’Europe contre un régime financier dont le seul tort était d’être concurrent. Et puis, il y a eu l’affaire des otages suisses en Libye où l’Europe n’a rien fait de sérieux auprès du fantasque et criminel colonel pour dénouer la situation. Pas étonnant quand Berlusconi baisait la main du tyran. Ces jours-ci, et le Figaro Magazine en a fait un reportage, les douaniers italiens incitent les immigrés d’Afrique du Nord à prendre le train pour aller dans d’autres pays de l’espace Schengen. Cela aussi, les suisses l’on vu. Et quand ont leur dit que chaque année la population suisse augment de la taille démographique d’une ville comme Saint-Gall, ils ne mettent pas beaucoup de temps pour comprendre que cela n’est pas dû à un salvateur baby boom helvétique.

mercredi 18 mai 2011

Le Sacré contre le Siècle

Cavalier seul

Vincent Pellegrini

- Il y a des jours où la sécularisation de l’Eglise suisse avance plus que d’autres. J’ai été très surpris d’apprendre que la remise officielle du Prix catholique des médias 2011 aura lieu le 24 mai au siège de la Conférence des évêques suisses et récompensera pour la  Suisse romande l’émission «Les Zèbres, émission quotidienne avec les enfants de la Radio Suisse romande.  C’est un jury indépendant, nous dit-on, qui a distingué ce lauréat. Le 16 mai, l’agence du Vatican citait le pape qui recevait les participants au Congrès mondial organisé par le Conseil pontifical Iustitia et Pax à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'encyclique Mater et Magistra de Jean XXIII. Dans son discours, Benoît XVI a souligné «qu’il fallait développer des synthèses culturelles humanistes ouvertes à la transcendance à travers une nouvelle évangélisation»... Voilà, pour moi quels devraient être les critères du prix catholique des médias en Suisse.
- En juillet 2007, le pape libéralisait l’ancienne messe. Mais face à la mauvaise volonté de nombre d’évêques à appliquer ce motu proprio, le Vatican a dû sortir la semaine dernière une instruction, approuvée par le pape, qui précise et surtout facilitera les conditions d’application du motu proprio pour les 80 personnes qui l’ont demandé en 2007 déjà dans le Valais romand (www.summorum.ch). Il est dit dans l’instruction que «en raison de son usage antique et vénérable, la forme extraordinaire (ancienne messe) doit être conservée avec l'honneur qui lui est dû.» On sait en effet que le pape veut «favoriser la réconciliation au sein de l’église». L’instruction parle de l’ancienne messe comme d’un «trésor à conserver précieusement». Et même, le Vatican «demande aux ordinaires (évêques) d'offrir au clergé la possibilité d'acquérir une préparation adéquate aux célébrations dans la forme extraordinaire (ancienne messeI)» en ajoutant que «cela vaut également pour les séminaires, où l'on devra pourvoir à la formation convenable des futurs prêtres par l'étude du latin, et, si les exigences pastorales le suggèrent, offrir la possibilité d'apprendre la forme extraordinaire du rite (ancienne messeI)».








mercredi 11 mai 2011

Cavalier seul


Désemparé

Vincent Pellegrini

Le décès de mon père m’a laissé très désemparé et submergé en cette vallée de larmes. Trop de souvenirs remontaient à la surface de mon âme. Je n’ai pas voulu les enfouir, mais les vivre jusqu’au bout car l’amour ne meurt jamais et il a sa patrie, au-delà du temps. Etre entouré comme je l’ai été durant son enterrement m’a réconforté. Et le chant grégorien, vaisseau céleste de l’âme, m’a laissé entrevoir une autre rive. Il me faut désormais accepter mon destin d’homme. Ce n’est pas gagné. Pourquoi ai-je tant de peine à accepter la mort de mon père?  Un ami ermite de Facebook, frère Maximilien-Marie, m’a écrit un jour où j’étais déprimé par la maladie de mon père: «On posait un jour au philosophe Gustave Thibon cette question: Quel est le plus grand mal de notre époque? Et il fit cette réponse: Exiger du temps qu'il tienne les promesses de l'éternel. Simone Weil a tout dit : "Dieu et l'homme sont comme deux amants qui se sont trompés sur le lieu de leur rendez-vous. L’homme attend Dieu dans le temps et Dieu attend l’homme dans l’éternité. Cher Vincent, ne demandez pas à Ce temps dans lequel nous sommes immergés de tenir les promesses de l’éternité ». Aujourd’hui, je dis avec Pindare, le plus grand poète grec de l’antiquité, en citant l’une de ses odes et en l’appliquant à mon père décédé : «Il tient du sort comme butin d’élite le calme pour l’éternité dans les demeures bienheureuses. » Et si cela ne suffit pas à ma compréhension, je relirai le Livre de Job.
 Réaliser aussi que la santé est  un trésor. Le 8 mai, dans l’une de ses audiences, le pape a rappelé: "La santé est une réalité de compréhension globale, intégrale, qui va d'être bien, nous permettant de vivre sereinement une journée d'étude, de travail ou de vacances, jusqu'au Salus Animæ dont dépend notre destin éternel... Jésus a révélé que Dieu aime la vie et veut la libérer de toute négation jusqu'à la plus radicale qui est le mal spirituel, le péché, racine vénéneuse qui empoisonne tout. Pour cela, Jésus lui-même peut s'appeler santé de l'homme...»

samedi 7 mai 2011

Le détail du crucifix

Vincent Pellegrini
 Benoît XVI est un pape de l’approfondissement théologique, un mystique et un  liturgiste. J’ai été frappé, en regardant dimanche la messe de béatification à Rome,  que Benoît XVI avait fait placer sur l’autel, en face de lui, une grande Croix qui le séparait en quelque sorte des fidèles. Et à chaque fois qu’il invoquait le Christ, le pape élevait son regard vers la croix. On sait que le pape est très sensible à la célébration de la messe par le prêtre «tourné vers le Seigneur». A noter que dans un livre publié en 2004 en anglais (et en 2006 en français par la maison d’édition “Ad solem”) et consacré à l’orientation de la prière liturgique, celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger écrivait en préface: “Pour le catholique pratiquant ordinaire, les changements les plus patents de la réforme liturgique du second concile du Vatican semblent tenir en deux points: la disparition du latin, et le fait d’avoir tourné les autels vers le peuple. Ceux qui liront les documents de référence seront surpris de constater qu’en vérité ni l’un ni l’autre ne se trouve dans les décrets du concile. (…) Il n’y a rien dans le document conciliaire qui concerne le fait de tourner les autels vers le peuple; ce point n’apparaît que dans les instructions post-conciliaires »
Dans les “Opera omnia” de Joseph Ratzinger théologien, l’ouverture est toute entière consacrée à la liturgie. Benoît XVI y explique: «L’idée que, dans la prière, le prêtre et le peuple devraient se faire face n’est née que dans le christianisme moderne, elle est tout à fait étrangère au christianisme ancien. Il est certain que le prêtre et le peuple prient tournés non pas l’un vers l’autre, mais vers l’unique Seigneur. Dans la prière, ils regardent donc dans la même direction: soit vers l’Orient, symbole cosmique du Seigneur qui vient, soit, si ce n’est pas possible, vers une image du Christ dans l’abside, vers une croix, ou simplement vers le ciel. Il ne faut pas procéder à de nouvelles transformations, mais placer simplement au centre de l’autel la croix vers laquelle le prêtre et les fidèles pourront se tourner ensemble.»




jeudi 28 avril 2011

Des voix chagrines

Cavalier seul
Vincent Pellegrini
Le pape Benoît XVI vient d’expliquer au nouvel ambassadeur de Croatie au Vatican: «Des voix chagrines contestent avec une stupéfiante régularité la réalité des racines religieuses européennes. Il est devenu de bon ton d'être amnésique et de nier les évidences historiques. Affirmer que l'Europe n'a pas de racines chrétiennes, équivaut à prétendre qu'un homme peut vivre sans oxygène et sans nourriture... Je suis certain que votre pays saura défendre sa propre identité avec conviction et fierté en évitant les nouveaux écueils qui se présenteront et qui, sous prétexte d'une liberté religieuse mal comprise, sont contraires au droit naturel, à la famille, et à la morale tout simplement». Cela m’a fait penser au «Cavalier seul» qu’André Frossard signa pour «Le Figaro» la veille de sa mort. Il y expliquait le 2 février 1995: «L’Europe a de plus en plus de membres et de moins en moins d’âme. Elle en avait une, autrefois qui s’appelait le christianisme et qui l’a protégée plus d’une fois du pire. Aujourd’hui, elle n’a plus ni âme ni pensée, et elle a tout misé sur l’intérêt immédiat, le profit. Si l’intérêt est en effet un agent de cohésion efficace quand les affaires vont bien; quand celles-ci vont mal, il n’y a pas d’explosif plus puissant.» Il est vrai qu’on vit une ère  paradoxale quand on voit par exemple que le seul parti à défendre les crucifix dans les écoles est l’UDC. Selon un sondage, seuls 17% des Suisses ont encore une foi vivante dans le christianisme. D’où le marasme moral en politique. André Frossard avait pourtant bien raison de dire sous forme d’aphorisme: «Quand chacun fera sa loi, on finira peut-être par regretter les Commandements, qui n’étaient que dix», tout en ajoutant: «Sans doute l’Eglise n’est-elle plus le centre du monde. Mais elle en redevient la conscience.» Il y a heureusement des exceptions, comme la Hongrie qui va mettre dans le préambule de sa constitution révisée: «Nous sommes fiers de ce que notre roi saint Etienne ait établi l’Etat hongrois sur des fondations fermes il y a mille ans, et qu’il ait fait de notre pays une partie de l’Europe chrétienne.»

jeudi 21 avril 2011

Mitres molles

Rubrique Cavalier seul du Nouvelliste

Des mitres molles
Vincent Pellegrini
Je ne résiste pas, pour cette deuxième chronique, à revenir sur le journaliste-académicien  André Frossard qui tint quotidiennement le billet «Cavalier seul» en une du «Figaro» de 1963 à sa mort en 1995. Il y présenta comme l’homme le plus prophétique de son temps le pape Jean Paul II qui sera béatifié le 1er mai prochain. Ce qui ne l’empêcha pas d’être cinglant avec les évêques français qu’il traitait dans sa rubrique de «mitres molles», sans oublier les théologiens «en état d’ébriété métaphysique, tous tenants d’un christianisme poltron et capitulard qui mettent le credo chaque jour au goût du jour». Auteur du célèbre «Dieu existe, je l’ai rencontré», où il raconte sa conversion fulgurante au hasard d’une visite dans une église, André Frossard  expliqua ainsi en 1992, à l’émission «L’heure de vérité», son côté fortement désabusé: «Les mystiques, les gens qui ont fait une rencontre (…) ont une vision assez  noire du monde, parce que le contraste entre la merveilleuse pureté et innocence de Dieu et ce qu’ils voient, ce contraste est tellement violent qu’ils font plutôt la grimace  quand ils regardent le monde.» Voici un exemple qui l’aurait fait grimacer. A Avignon, une exposition subventionnée par les collectivités publiques et appelée «je crois aux miracles» est organisée autour de la photo d’un Christ plongé dans l’urine. Des affiches de cette photo blasphématoire, appelée «Piss Christ», sont exposées publiquement dans les rues de la ville. Frossard aurait sûrement trouvé les mots pour rugir. Mais un certain art contemporain est inaccessible aux simples mortels et imperméable à la critique depuis qu’il s’est affranchi des critères antiques du Beau et s’est totalement subjectivisé. Il faut dire qu’une partie de l’art contemporain, alias AC, trouve suffisamment de thuriféraires chez les journalistes et les historiens de l’art pour avoir encore de beaux jours devant lui. D’autant plus que dans certains milieux la cote d’un artiste obéit à l’offre et à la demande sans être bien éloignée des cotations boursières.