lundi 27 février 2012

Familles nombreuses

Cavalier seul

 Vincent Pellegrini


Le pape a salué le 15 février dernier des représentants de l’Association nationale italienne des familles nombreuses présents à l’audience générale du mercredi, en la salle Paul VI du Vatican, nous explique l’agence Zenit. Benoît XVI a déclaré: «Dans le contexte social actuel, les noyaux familiaux avec de nombreux enfants constituent un témoignage de foi, de courage et d’optimisme, parce que sans les enfants, il n’y a pas d’avenir.» Dans la foulée, il a appelé les autorités, spécialement les législateurs, à soutenir ces familles qui «constituent une richesse et une espérance pour tout le pays». Malgré l’hiver démographique qui touche aussi la Suisse, le Conseil fédéral ne veut rien entendre de l’initiative populaire de l’UDC qui veut faire bénéficier d’une déduction fiscale les parents qui gardent eux-mêmes leurs enfants à la maison. Le Conseil fédéral n’y opposera même pas un contre-projet. Pourtant, il ne peut généralement pas y avoir de famille nombreuse si l’un des parents n’est pas à la maison. Une maman devrait avoir le libre choix d’aller travailler dans une entreprise ou de travailler à la maison à l’éducation  et au suivi de ses enfants. L’avenir démographique de la Suisse dépend du libre choix du modèle familial. La déduction fiscale proposée pour la garde par des tiers est insuffisante pour les familles nombreuses. Lorsqu’une mère choisit de rester à la maison pour s’occuper de ses enfants, elle rend un service inestimable à la société. Car si l’enfant est laissé à lui-même, tôt ou tard c’est la société qui paie, même sur le plan scolaire. Zoug et Lucerne ont offert un rabais pour les parents qui gardent leurs enfants. Le modèle est donc viable. Le Conseil fédéral fait comme si le but du mariage était de servir l’économie plutôt que la famille. En fait, ce même Conseil fédéral ne veut pas travailler pour la famille traditionnelle. Celle-ci est désormais attaquée de tous côtés et même dans son essence avec la théorie du «gender» selon laquelle le sexe n’est pas déterminé biologiquement mais par des facteurs sociaux et familiaux. Quand on comprendra la valeur des familles nombreuses traditionnelles, il sera malheureusement trop tard.

dimanche 19 février 2012

En marge

Cavalier seul

 Vincent Pellegrini

-         Vues de Suisse, les prémisses de l’élection présidentielle française ont un goût exotique si l’on compare les systèmes politiques suisse et français. J’ai trouvé un petit candidat à la présidentielle qui vient de Reims. Il s’appelle Patrick Bourson, dirige un domaine produisant du Champagne et personne n’en parle même s’il a recueilli les 500 signatures pour être candidat. Il s’est lancé en politique car il refuse de voter Marine Le Pen depuis qu’elle a dit à de réitérées reprises qu’en cas de victoire elle ne toucherait pas à la loi Weil qui autorise l’avortement. A cause de sa position sur l’avortement, Marine Le Pen – encore faut-il qu’elle réunisse 500 signatures pour être candidate – n’aura pas le vote des catholiques affirmés. Et si elle joue simplement tactique pour être plus consensuelle, elle ment, ce qui n’est pas acceptable.

-         J’apprécie énormément le nouveau média électronique www.lesobservateurs.ch au travers duquel Uli Windisch et ses amis de plume asticotent avec force arguments la bien-pensance de gauche et le politiquement correct. Tout passe au crible d’une critique rationnelle: radio-télévision publique au-dessus de l’Etat et des citoyens, politique de l’asile erratique, guerre fiscale contre la Suisse, le «gâchis de Jean Ziegler», «La Suisse ou le succès d’un protectionnisme discret», etc. Aucune icône des médias n’est épargnée. Pourvu que cela dure.

-         J’ai trouvé juste cet argument des Cantons alpins contre l’initiative liberticide des résidences secondaires: «L’hôtellerie souffre de ses infrastructures vétustes. Elle doit répondre à un besoin de modernisation énorme. Les rénovations des établissements hôteliers auxquelles il faut procéder ne peuvent aujourd’hui plus être financées que par le biais d’un subventionnement croisé provenant de la vente de résidences secondaires». Et je comprends de moins en moins le conseiller national valaisan Stéphane Rossini qui a donné le 1er février dans nos colonnes «un oui de désaccord» à cette initiative qu’il trouve lui-même «mauvaise». L’initiative va en effet tuer nombre d’emplois  en Valais où 12.6% du PIB est généré grâce aux résidences secondaires.

lundi 13 février 2012

Ecône et la sémantique

Cavalier seul

 Vincent Pellegrini

Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X (Ecône) a redit dans un sermon prononcé le 2 février au séminaire de Winona (Etats-Unis) qu’il ne pouvait pas signer le préambule doctrinal nécessaire à la régularisation des traditionalistes d’un point de vue ecclésial. Mgr Fellay a redit sa vive opposition à l’œcuménisme et à la liberté religieuse, les deux principaux points doctrinaux du Concile Vatican II (1962-1965) contenus dans le préambule et qui lui posent problème. Un théologien, pour permettre à Ecône de contourner cet obstacle, a écrit dans la revue Catholica que si l’Eglise peut ne pas égaler la Vérité, elle ne peut pas trahir la Vérité. Au Concile Vatican II, ce magistère fut doctrinal et pastoral mais pas dogmatique. Aucun dogme ne fut en effet prononcé à Vatican II par l’anathème ou la proclamation. Toujours est-il que l’avenir des relations entre Ecône et Rome tient désormais tout entier dans les mains du pape Benoît XVI qui a beaucoup fait pour la réintégration canonique de la Fraternité Saint-Pie X. Il ne reste plus qu’à espérer que le pape, de toute son autorité pontificale, d’ailleurs reconnue par Ecône, forcera solennellement les traditionalistes à revenir au bercail. Le temps de la sémantique a assez duré. Il faut désormais des actes. Sinon Ecône peut oublier pour très longtemps une régularisation. Actuellement, Rome examine la deuxième réponse de Mgr Fellay au préambule doctrinal rédigé par le Vatican. Selon un vaticaniste, c’est une réponse qui n’est pas une réponse. Cela signifie qu’il y a une division au sein de la Fraternité Saint-Pie X entre les ultras et les plus modérés. La chose est connue et Mgr Fellay doit naviguer comme il peut entre les deux courants contraires qui agitent la Fraternité qu’il préside. Un arrangement entre Ecône et Rome tiendrait du miracle. Finalement, c’est peut-être à Dieu que reviendra le dernier mot. Ecône, en tout cas, ferait bien d’accepter Vatican II interprété à la lumière de la Tradition. En 1988, Mgr Lefebvre et le cardinal Ratzinger s’étaient mis d’accord sur une déclaration avant que les choses ne déraillent. Pourquoi ne pas revenir à cette solution?

mardi 7 février 2012

Après le suicide

LIVRE. Un prêtre valaisan  parle du thème délicat du suicide et publie une «Lettre aux proches désemparés »

 Vincent Pellegrini



«Le vertige du suicide – Lettre aux proches désemparés», tel est le titre d’un ouvrage qui vient d’être publié aux Editions des Béatitudes et qui a été écrit par l’abbé Joël Pralong, curé dans le secteur paroissial de Nendaz. L’auteur parle avec beaucoup d’empathie et trace des pistes pour retrouver l’espérance.
Joël Pralong, pourquoi ce livre sur le suicide ?

Plus qu’une approche psychologique ou sociologique du phénomène, ce livre est un témoignage, celui d’un pasteur travaillant sur le terrain, qui a souvent été confronté à la réalité du suicide, tout particulièrement celui des jeunes. Je l’ai d’abord écrit avec les larmes des parents et amis traumatisés par l’absence brutale d’un fils, d’une fille, d’un ami, «qui a décidé de partir» comme on dit, mais aussi avec mes propres larmes, celles qui coulent à l’intérieur de celui qui se veut discrètement proche. Et puis, au-delà des drames et à l’intérieur des déchirures, j’ai cueilli de belles fleurs d’espérance. D’ailleurs, même les chardons produisent des fleurs, pas vrai? Une espérance plus forte que la mort chez ceux qui restent, la certitude d’un futur possible plein de lumière «de l’autre côté du voile», la force d’avancer, de continuer et d’aimer la vie malgré tout…tel un nouvel élan du cœur… une grâce donnée «d’en haut». Un livre qui laisse des traînées de lumière entre les lignes.

Le suicide est-il toujours vu comme un tabou?

Le suicide est un thème tabou. On en a honte. Un lourd silence pèse sur les proches. Les familles touchées par ce drame ne savent pas toujours comment l’annoncer, le diffuser, en parler. Parfois on préfère dire que c’était un accident, une mort subite. Et puis, une autre question vient corser la douleur du croyant, lancinante et torturante, en arrière-fond de la conscience: «Mon fils, ma fille… sera-t-il (elle) sauvé(e)?», surtout que, jusque dans les années 60, un suicidé n’avait pas droit à des obsèques chrétiennes ! La conscience collective en a été marquée au fer rouge, et les cicatrices ne sont pas encore refermées. Mais j’ai voulu, en quelque sorte, briser ce tabou en orientant les regards vers un Dieu «riche en miséricorde à cause du grand amour dont il nous a aimés» (Eph 2,4). Il faut oser en parler. Parler du suicide c’est oser parler de nos propres fragilités, sociales et personnelles, et chercher ensemble comment le prévenir, comment nous épauler les uns les autres.
Avez-vous une recette, des  pistes à proposer?

 Je salue au passage l’existence de bien des associations pour la prévention du suicide et l’aide apportée aux personnes endeuillées (par ex. www.parspas.ch en Valais) ainsi que d’autres initiatives personnelles. Ceci dit, et au risque d’être taxé d’utopiste, je pense que, plus en amont, nous devons nous efforcer de bâtir une civilisation de l’amour (Paul VI) par opposition à une civilisation de la mort qui s’appuie sur le profit économique, l’égoïsme érigé en systèmes d’exploitation de l’homme par l’homme, l’isolement, l’individualisme, la perte des valeurs, la négation de l’humain, l’absence de Dieu, et donc, d’espérance! Tandis que la civilisation de l’amour va plus loin que la justice, la tolérance ou le simple respect de l’autre, elle se construit sur des relations de charité, d’amour, de partage, de miséricorde, de souci du plus faible, donnant à chacun, au différent, la place et l’estime auquel il a droit. Elle éveille chez les jeunes tant de créativité en attente, en sommeil. Pour moi, l’Evangile en est la sève.
Quel est votre regard chrétien sur le suicide?

 Disons-le sommairement: le suicide n’est ni un acte de lâcheté, ni un acte de courage, de bravoure ou de liberté (ce qui pourrait le rendre attrayant et ainsi faire des adeptes), mais un acte de désespoir motivé par une souffrance intolérable. C’est une violence infligée à la vie. Autrement dit, en cherchant à mettre fin à ses jours, le suicidaire désire ce qu'il pense être un bien, et ce «bien», malheureusement,  le tue! En réalité, la personne qui met fin à ses jours cherche confusément à retrouver la paix intérieure, et nous espérons de tout notre cœur qu’elle puisse trouver Dieu qui est la paix. Mais je m’obstine à déclarer que l’acte du suicide n’est pas le bon ni le juste chemin pour être en paix, il est objectivement un mal parce qu’il fait trop souffrir ceux qui restent. Néanmoins, notre espérance en la Miséricorde de Dieu se veut têtue!
Quelle est l’attitude de l’Eglise?

 Loin de juger l’acte ou de condamner le suicidé, l’Eglise se veut accueillante à tous ceux qui désespèrent au point de se donner la mort. En célébrant leurs funérailles, elle désire les confier à la miséricorde de Dieu, sûre que Dieu leur ménage des voies particulières pour entrer dans sa lumière (voir catéchisme de l’Eglise, no 2280-2283). Elle nous invite à prier pour ceux qui sont partis de sorte que notre prière les soutienne et les accompagne sur leur chemin vers Dieu afin que, de «leur côté», ils aient l’audace et le courage de dire «oui» à la Miséricorde. Je termine par cette phrase pleine d’espérance de sainte Thérèse de Lisieux: «On ne peut tomber plus bas que dans les bras de Dieu!»

 Que dire aux proches d’une personne qui s’est suicidée?

Le suicide d’un proche crée un état de choc. Etre là, aux côtés de ceux qui souffrent, accueillir leurs larmes, écouter leur révolte, leur incompréhension… les soutenir, tout simplement, sans discours, sans vouloir expliquer l’inexplicable… C’est déjà beaucoup au départ. Accepter d’être pauvre devant l’événement,  de n’avoir rien à dire si ce n’est offrir ce que l’on a de plus précieux en nous: notre cœur. Ce sont dans ces circonstances que se dévoilent les amis. Par la suite, prendre des nouvelles, écrire un petit mot, apporter une fleur… Signifier qu’on est toujours là. Les petits riens prennent alors une importance inouïe sur le chemin du deuil. Viendra le temps du questionnement, du dialogue, de la quête de sens face à ce qui est arrivé, du besoin peut-être de parler avec des personnes d’expérience, qui ont passé par là…



Fiche signalétique
Le vertige du suicide – Lettre aux proches désemparés
Joël Pralong
Editions des Béatitudes
122 pages
17,60 francs - 11euros

dimanche 5 février 2012

Néo-réactionnaire

Cavalier seul



Vincent Pellegrini


Ivan Rioufol, du «Figaro» où il a aussi un blog (http://blog.lefigaro.fr/rioufol/) est en train de récolter un succès de librairie avec son livre «De l’urgence d’être réactionnaire» aux éditions PUF. Il est vrai que dans les médias et ailleurs il faut du courage pour ne pas suivre tels les moutons de Panurges les modes intellectuelles et sociales qui sont assénées comme des dogmes laïcs. Heureusement, il y a des esprits rebelles au psittacisme collectif. Fait par exemple partie des hommes intellectuellement courageux Mgr Léonard , primat de Belgique. La vice-premier ministre de Belgique  a osé dire de cet évêque à RTL-TVI: «Les croyants de notre pays mériteraient un autre représentant » et «Je n’aime pas ce genre de provocation contre la démocratie», relate l’agence APIC. Le crime de Mgr Léonard? Avoir dénoncé dans son dernier ouvrage «Agir en  chrétien dans sa vie et dans le monde» (éditions Fidélité) «les  nombreux abus commis actuellement en matière de démocratie parlementaire». Mgr Léonard s’insurge contre le fait que «le Parlement s’attribue le droit de décider par vote majoritaire du sens de la sexualité, de la différence du masculin et du féminin, de la signification du mot mariage, du rapport métaphysique de l’être humain à la finitude et à la mort, de la qualité des embryons méritant ou non d’être respectés». Mgr Léonard demande dès lors aux chrétiens d’être plus nombreux à s’engager en politique. Selon lui, un vote ne suffit pas toujours à fonder le droit face à la transcendance.

En Suisse aussi, il y a des néo-réactionnaires qui ont le courage de dénoncer certains dogmes politiquement corrects. Dans un dossier argumenté, le journal vaudois «Patrons» explique par exemple pourquoi il est illusoire et ruineux de poursuivre un objectif de transfert global de la route au rail plutôt que la complémentarité. Dix-huit ans après l’adoption de l’initiative des Alpes, la politique suisse de transfert de la route au rail aboutit à un échec prouvé par les chiffres. Même le Conseil fédéral a dû l’admettre du bout des lèvres. Et bien d’autres domaines, comme par exemple la question de l’islam, mériteraient des plumes courageuses.   


mercredi 1 février 2012

Rome-Ecône: les pourparlers ont échoué

Les pourparlers censés réconcilier les traditionalistes d’Ecône avec la Congrégation pour la doctrine de la Foi au Vatican ont échoué. Et seul le pape peut désormais encore sauver le processus. C’est ce qu’affirmaient hier plusieurs agences spécialisées dans les questions religieuses. Les traditionalistes devaient adhérer à un préambule doctrinal pour se réconcilier avec Rome. Après une première réponse envoyée à Rome en décembre et jugée insuffisante parce que «pas assez précise et pas assez directe », la fraternité lefebvriste a fait parvenir une deuxième réponse par son supérieur Mgr Fellay qui, a appris I.MEDIA de sources vaticanes, ne se révèle pas plus satisfaisante aux yeux de ceux qui l’étudient (Congrégation pour la doctrine de la foi). Dans cette réponse, la Fraternité Saint-Pie X remettrait en cause une grande partie de l’héritage du Concile Vatican II, explique Jean Mercier dans «La Vie ». La réponse de Rome est désormais entre les mains de Benoît XVI. Tout  n’est donc pas fini, mais une issue positive et une réintégration d’Ecône dans les structures officielles de l’Eglise constitueraient une énorme surprise. Les traditionalistes rejettent dans le Concile Vatican II la liberté religieuse (ils préfèrent la tolérance religieuse), l’œcuménisme (qui place selon eux toutes les religions sur pied d’égalité) et ils rejettent enfin la collégialité, accusée par eux de diminuer le pouvoir des évêques dans leur diocèse. La discussion entre Rome et Ecône a duré près de deux ans.
Vincent Pellegrini

mardi 17 janvier 2012

Le recul des vocations en Suisse et en Valais

EGLISE. Le catholicisme occidental connaît depuis des décennies une baisse constante du nombre de ses prêtres diocésains. Diagnostic et essai d’interprétation.

 Vincent Pellegrini

Les éditions  SPI viennent de publier un livre sur la pénurie de prêtres diocésains en Suisse. La partie analytique avec les résultats commentés est rédigée par Roger Husistein, collaborateur scientifique de l’Institut suisse de sociologie pastorale, à Saint-Gall, qui est à l’origine de cet  ouvrage.  Ce dernier comprend aussi des essais d’Arnd Bünker, Marc Donzé, Daniel Kosch, Pierre-Yves Maillard, Thomas Ruckstuhl et Martin Werlen.

Un manque

«Ces dernières années, une préoccupation se fait de plus en plus lancinante: Il s’agit de l’évolution de l’effectif des prêtres», explique  Roger Husistein qui constate: «Incontestablement, depuis quelques décennies, toujours moins d’hommes sont  ordonnés prêtres sous nos latitudes et le nombre de ces derniers a manifestement chuté.» Depuis 1970, le nombre des prêtres diocésains incardinés dans les évêchés suisses a diminué de près de la moitié. Et depuis 1991, on constate un recul d’un peu plus de 30%. «La diminution a été particulièrement sensible dans les diocèses de Bâle, Sion et Saint-Gall.»  Si l’on prend l’ensemble des évêchés suisses, le nombre de prêtres diocésains est passé  de 2877 en 1970 à 1441 en 2009.  Dans  le diocèse de Sion le nombre de prêtres résidants est passé de 243 en 1970, à 224 en 1980, à 196 en 1991, à 166 en 1998 et à 139 en 2009, soit une baisse de 29,1% de 1991 à 2009. Au cours des dix dernières années, on a enregistré en  Suisse 143 ordinations sacerdotales et plus de 500 décès de prêtres diocésains. Autrement dit, les prêtres qui meurent sont trois fois plus nombreux que ceux qui sont ordonnés. Pour Roger Husistein «il faut s’attendre  ces prochaines années aussi  à un nouveau recul du nombre des prêtres diocésains».

Diocèse de Sion

Si l’on considère les ordinations de prêtres diocésains rattachés à l’évêché de Sion, elles étaient de 12 entre 1990 et 1994, de 13 entre 1995 et 1999, de 5 entre 2000 et 2004, de 3 entre 2005 et 2009. Cela fait un total de 33 ordinations entre 1990 et 2009. La pyramide des âges  des prêtres diocésains pose problème et autorise certains pronostics. Ainsi,  l’âge moyen des prêtres diocésains en Suisse se situait, à fin 2009, à tout juste 65 ans. Un prêtre diocésain sur deux a dépassé l’âge de la retraite! Dans le diocèse de  Sion, le nombre de prêtres ayant plus de 65 ans était en 2009 de 64 pour  un total de prêtres incardinés de 128 et il y a en Valais 160 communes avec un clocher! Et pourtant la situation est meilleure en Valais qu’ailleurs avec une moyenne d’âge des prêtres de 62,9 ans! Coire, Sion et Lugano se distinguent nettement des autres diocèses dans la mesure où, parallèlement à un grand nombre de prêtres diocésains âgés,  le groupe des prêtres plus jeunes y est relativement important, dit l’étude. A l’heure du pronostic, Roger Husistein explique néanmoins qu’un nouveau recul de l’effectif des prêtres diocésains est plausible.
D’ici 2029

Selon l’étude il se peut, par exemple, qu’au cours des prochaines décennies, les évêchés de notre pays fassent appel encore plus fortement qu’aujourd’hui à des prêtres ou des candidats à la prêtrise étrangers afin de compenser partiellement le recul des effectifs. L’étude a fait un pronostic sur les diocèses suisses en 2029 avec pour présupposé que le nombre des ordinations sacerdotales correspondra à celui des dix dernières années et que le taux de mortalité des prêtres correspondra à celui de la dernière décennie. Le résultat de ces projections peut se résumer ainsi: le nombre des prêtres diocésains diminuera encore dans tous les évêchés suisses au cours des vingt prochaines années. En 2029, il y aura 37% de prêtres en moins qu’aujourd’hui. «Depuis 1991, le nombre de prêtres diocésains aurait ainsi chuté de plus de la moitié.» Pour le diocèse de Sion, l’étude table sur 77 prêtres en 2029, soit une diminution de 62,3% entre 1991 et 2029.  Et il n’y aurait plus dans le diocèse de Sion en 2029 que 54 prêtres de moins de 75 ans, ainsi que 36 prêtres de  moins de 65 ans... En 2019, ce sera 49 prêtres de moins de 65 ans.  Tout ceci aura des répercussions profondes sur les structures pastorales connues jusqu’ici. 

Pourquoi?

Roger Husistein avance quelques pistes pour expliquer la crise des vocations et souligne que quasiment aucune recherche de sciences sociales n’a été consacrée à ce phénomène. Il explique: «Il y de bonnes raisons de partir de l’idée que la faiblesse de la relève des prêtres est étroitement liée aux mutations qui se sont produites dans la société et dans l’Eglise en général au cours des dernières décennies. A l’évidence, il ne saurait s’agir d’un phénomène dû à une cause unique.» Il ajoute: «Les changements intervenus au sein de la société se reflètent par un fort recul de la pratique religieuse, par un analphabétisme  religieux croissant, ainsi que par une sécularisation de la société au sens d’un affadissement de l’autorité normative des Eglises.» L’auteur relève: «Une autre caractéristique de l’effritement du milieu ecclésial est  la tendance à  une déconfessionnalisation des grandes Eglises en Suisse. Dans la mouvance œcuménique, c’est depuis Vatican II, le tronc commun chrétien sur lequel on a tendu à insister.» Autres raisons: moins de familles nombreuses, l’individualisme, la disparition des petits séminaires, la survenance de diverses religiosités, l’incompréhension  du célibat consacré, etc. L’étude explique enfin que le Concile Vatican II a  mis en avant le ministère épiscopal  et reconnu au laïc sa qualité de sujet dans l’Eglise, mais que le prêtre s’est retrouvé dans une sorte d’errance.
Encadré

Une crise occidentale

A fin 2008, seul un quart des catholiques vivaient en Europe, tandis que plus de 40% résidaient en Amérique latine. Les catholiques africains représentent désormais 15%. L’étude montre que pour les prêtres les effectifs de prêtres ont reculé de 25% en Amérique du Nord depuis 1980 et de 20% en Europe. Par contre, dans la  même période, les effectifs de prêtres ont plus que doublé en Asie  et en Amérique latine, voire quadruplé en Afrique. Même en Europe les différences sont frappantes sur trente ans. Alors qu’en France et aux Pays-Bas le nombre de prêtres diocésains a diminué de plus de moitié, le recul a été moindre dans d’autres pays comme l’Allemagne (- 27%), l’Autriche (- 30%) et surtout l’Italie (- 18%). Une augmentation a même été mesurée en Tchéquie/Slovaquie (+ 4%) et surtout en Pologne (+ 56%).


jeudi 5 janvier 2012

Le Christ est pédagogue

LIVRE. Quand  un pédagogue et un théologien unissent leur talent pour décrypter les Evangiles.

Vincent Pellegrini

«A l’école du Christ pédagogue – Comment enseigner à la suite du Maître?», tel est le titre d’un livre que viennent de publier les éditions Saint-Augustin dans la collection Perspectives pastorales 5. Les auteurs sont le théologien François-Xavier Amherdt ainsi que le pédagogue Pierre Vianin. Françoix-Xavier Amherdt est professeur de théologie pastorale, pédagogie religieuse et homilétique à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg. Pierre Vianin est enseignant spécialisé, professeur à la Haute Ecole Pédagogique du Valais et rédacteur responsable d’un journal paroissial. C’est un spécialiste de la lutte contre l’échec scolaire. Interview croisée des deux auteurs.



Comment ce livre est-il né?



François-Xavier Amherdt: La collection perspectives pastorales a pour but de mettre à la disposition d’un public le plus large possible  les réflexions dans le domaine de la pastorale en lien avec certaines approches des sciences humaines, en l’occurrence la pédagogie.

Pierre Vianin: Ce livre est  un approfondissement de mon travail de diplôme réalisé après trois ans de Formation aux Ministères en Eglise du diocèse de Sion (FAME). J’étais limité dans le nombre de pages et il y avait de nombreuses pistes que j’aurais voulu explorer. Je l’ai fait dans ce livre avec  l’abbé François-Xavier Amherdt.

FXA: Le travail de Pierre Vianin m’a paru très intéressant dans son aspect  pédagogique. Je trouvais qu’il était bien en relation avec la pédagogie humano-divine du Christ, à la fois pleine de bonté et d’exigence.



Comment vous êtes-vous réparti le travail?



FXA : J’ai encouragé Pierre à faire une première synthèse sur les approches pédagogiques actuelles jusqu’à la page 65 du livre.  Cette partie peut toucher les parents, les enseignants et non seulement les catéchistes ou les agents pastoraux. Nous avons mené ensemble la réflexion sur la deuxième partie biblique en explorant cinq textes du Nouveau Testament où l’on voit la pédagogie du Christ à l’œuvre. Et j’ai rédigé la dernière partie sous la forme d’une synthèse théologique qui offre des applications aux catéchistes et enseignants religieux scolaires. Nous avons voulu que ce livre à deux voix ne rompe pas l’unité de la réflexion et reste très pratique.

Quelle approche pédagogique avez-vous choisie?



FXA: L’ouvrage s’appuie sur diverses approches pédagogiques qui restent complémentaires, que l’on mette l’enfant au centre ou que l’on privilégie la transmission du savoir.

PV: Nous avons plaqué sur les textes bibliques les clés de lecture pédagogiques. En faisant cela sur l’enseignement du Christ on redécouvre des aspects jamais vus auparavant.

FX: L’exégèse pédagogique commence sur les paraboles de Jésus. On voit bien que l’enseignement du Christ est diversifié selon les destinataires.

PV: Dans l’épisode des disciples d’Emmaüs, on voit par exemple que Jésus se fait proche des disciples ébranlés et qu’il est d’accord de marcher dans la mauvaise direction avec eux  dans un premier temps pour bien les comprendre. Et quand il les sent prêts  il les enseigne spécifiquement et ils reviennent sur leurs pas. Jésus applique la compréhension de l’élève et l’adaptation du discours. Prenons l’épisode de Zachée. Le Christ le valorise et lui donne ainsi une motivation intrinsèque. Zachée était la caricature du mauvais  élève, mais le Christ croit en son «éducabilité». Pour le Sauveur, il n’y a pas d’élève irrécupérable.



Vous partez donc d’exemples précis dans les Evangiles.



FXA: Oui, par exemple lorsque le  Christ dit aux disciples: «Pour vous qui suis-je?» C’est un questionnement et non un interrogatoire. La question est en effet formative et à la base d’un apprentissage.

PV: On voit  que le Christ questionne souvent et qu’il pose les questions fondamentales, les bonnes questions. Il oblige les disciples à se  positionner et les prend là où ils sont dans leur apprentissage pour les aider à cheminer plus loin.

FXA: Dans le miracle du paralytique l’agir et l’être du Christ sont cohérents. Le miracle est une ouverture vers la gratuité du salut et du don de Dieu, comme un signe offert à la liberté.

PV: Je suis frappé par le fait que l’enseignement du Christ est toujours une proposition, qu’il n’impose jamais.

FXA: La dernière partie du livre est une catéchèse d’engendrement. L’élève est engendré à sa véritable humanité et à la foi. Dieu divinise ce que nous avons humanisé. Le quatrième livre de la collection Perspectives pastorales parle de cette catéchèse d’engendrement.



Les deux derniers chapitres proposent des préceptes.

FXA: Les sous-titres montrent en effet bien le propos: le Christ adapte toujours son message au public auquel il s’adresse; le Christ respecte infiniment ses interlocuteurs; le Christ croit au principe «d’éducabilité»: il remet chacun debout; Le Christ part des représentations de chacun dans un esprit d’écoute, d’empathie et de non-jugement; le Christ questionne et sa vie pose question; le Christ n’hésite pas à enseigner avec autorité et à se montrer ferme si nécessaire; le Christ utilise la médiation par un  jeu de présence/absence; Le Christ est parfaitement cohérent dans son enseignement.

PV: Ce livre donne des pistes dans les attitudes pédagogiques à avoir pour une catéchèse d’engendrement: Adapter notre pédagogie aux destinataires dans une école du sujet; respecter infiniment chaque élève dans une école d’humanisation; croire à l’éducabilité des plus blessés dans une école d’espérance; partir des représentations des destinataires dans une école de l’écoute et de la relation; questionner aux carrefours de l’existence dans une école de la décision; éclairer l’espérance chrétienne dans une école de foi et de vie; savoir s’effacer pour rendre libre à l’école du Maître intérieur et enfin être témoin à l’école de la joie évangélique.



A l’école du Christ pédagogue

Editions Saint-Augustin

Pierre Vianin et François-Xavier Amherdt

293 pages

38 francs      

   

Société chrétienne

Cavalier seul



Vincent Pellegrini

-         Depuis sa création en 2004, l´Institut européen d´études anthropologiques Philanthropos, à Fribourg, ne cesse de voir le nombre de ses étudiants augmenter. L’institut est fréquenté par 23 étudiantes et 25 étudiants. Parmi les étudiants, il y a un religieux en formation à plein temps et une religieuse comme auditrice libre signale l’agence apic. De plus amples renseignements sont disponibles sur le site www.philanthropos.org. Cet institut mérite d’être mieux connu car il dispense des cours utiles pour se forger une anthropologie chrétienne. C’est Jean Paul II qui disait que la crise du monde occidental est une crise anthropologique. L’homme est en effet confronté à une hiérarchie des valeurs qui a changé.

-         Il y a peu, Benoît XVI a reçu les représentants de la Confédération des coopératives italiennes et de la Fédération italienne des banques de crédit coopératif.  Dans son discours, il leur a rappelé l'importance de la coopération catholique en Italie, à la suite de l'encyclique de Léon XIII, Rerum Novarum, dont on célèbre les 120 ans, nous explique l’agence VIS. Le pape a déclaré: «Ce document a favorisé la présence féconde des catholiques dans la société italienne, à travers la promotion de sociétés coopératives et mutuelles, le développement des entreprises sociales et de nombreuses autres œuvres d'intérêt public caractérisées par des formes de participation et d'autogestion. Cette activité a toujours été réalisée en vue d'un soutien matériel à la population, d'une attention constante aux familles, en s'inspirant du Magistère de l'Eglise». Le cœur de l'expérience coopérative, a-t-il ajouté, consiste "justement dans l'engagement de composer harmonieusement la dimension individuelle et communautaire.» On l’oublie trop souvent, la doctrine sociale de l’Eglise se développe aujourd’hui encore et se trouve à la base de nombreuses entreprises solidaires. Au lieu d’un affrontement de classes (syndicats-patrons), elle favorise la coopération et le respect mutuel. De plus, si l’économie écoutait l’Eglise, elle ne s’écroulerait pas dans l’univers impitoyable de la finance.

mardi 27 décembre 2011

paroxysme politique

Cavalier seul

 Vincent Pellegrini



-         J’ai été pour le moins impressionné par la débauche de moyens radio-télévisuels déployés pour les dernières élections au Conseil fédéral. Le tout sur un rythme journalistique haletant, comme pour pousser de manière paroxystique le suspens alors qu’en fait il n’y avait aucune surprise à attendre de ces élections. Le simple bon sens disait qu’en ayant tous les autres partis contre elle, l’UDC, premier parti du pays, ne récupérerait pas son deuxième siège. Même avec la meilleure des stratégies. La concordance a ainsi été rompue car l’UDC a bel et bien droit à un deuxième conseiller fédéral que l’on aime ou non ce parti. Et même si elle garde un conseiller fédéral, l’UDC est poussée de facto dans l’opposition par les deux chambres du Parlement. Les séquelles ne s’effaceront pas de sitôt et ce sont les partis du centre qui en feront les frais lors de certains votes.

-         Lu sur l’agence Protestinfo: «Après Zurich, Berne et le Jura, l’école vaudoise va introduire pour tous les élèves un enseignement d'«Ethique et cultures religieuses» (selon l’intitulé du Plan d’Etudes Romand) à la place de la traditionnelle « histoire biblique ». «Ou comment vivre la tension entre la liberté de croire (ou de ne pas croire) et la nécessité d’apprendre et de connaître». Sous ce sabir se cache la méthode Enbiro qui a la prétention de faire, même en Valais, de la science comparée des religions mais qui se révèle pédagogiquement inadaptée pour nos très jeunes têtes blondes qui ne connaissent déjà pas le christianisme. Par ailleurs, un catholique instruit ne se reconnaîtra pas complètement dans les pages consacrée à la religion catholique romaine.

-         Les Articles de San José sont un document signé par de grands experts tels le professeur Robert George de Princeton, le professeur John Haldane de St Andrews, le professeur John Finnis d’Oxford, la députée européenne Anna Zaborska, etc. Ils stipulent qu’il n’y a pas de droit à l’avortement. Le lancement des articles en Uruguay a fait échouer une tentative de libéralisation de l’avortement. Et lesdits articles sont  actuellement lancés avec officialité dans le monde entier. Un véritable sursaut moral.

samedi 24 décembre 2011

Avec Mgr Charles Morerod

Interview. Nous avons rencontré à la veille de Noël Mgr Charles Morerod, dominicain et nouvel évêque du diocèse de Lausanne, Genève, Fribourg.

 Vincent Pellegrini


Nous avons rencontré pour une interview Mgr Charles Morerod, le tout nouvel évêque du diocèse de Lausanne, Genève, Fribourg. L’homme a un contact direct et une simplicité qui mettent tout de suite à l’aise son interlocuteur. Il répond de manière concise et claire. Il a aussi beaucoup d’humour. A quelques jours de Noël,  nous avons fait avec Mgr  Morerod un  petit tour de son vaste diocèse et parlé de la pastorale qui l’attend.



Mgr Morerod, je me suis laissé dire que vous aviez  des origines valaisannes…



Oui, par ma grand-mère paternelle, une Abbet de Chemin-Dessus. Et j’ai eu comme parrain le chanoine Jean Brouchoud de l’Abbaye de Saint-Maurice qui  est décédé l’an dernier.



Avez-vous encore des  contacts avec le Valais ?



Oui, notamment car j’aime venir skier à Crans-Montana, à Verbier et aux Crosets. J’ai d’ailleurs déjà réservé des jours dans mon agenda pour pouvoir faire du ski.



Mgr Morerod, pouvez-vous nous parler des Noëls de votre enfance ?



Pour être franc je dirai: sapin, crèche et cadeaux.



Et comme évêque, comment passerez-vous ce Noël?



Je célébrerai la messe de minuit à Genève et la messe du matin de Noël à la cathédrale  de Fribourg.



Quel est pour vous le message de Noël?



C’est Dieu fait homme pour que nous soyions avec Lui.



Selon un sondage de l’Institut Link en Suisse, seuls 22,1 % des gens considèrent que l’histoire du Christ s’est déroulée dans le détail telle que le décrit le récit biblique. Si on rapporte cela à Noël…



Même si l’on discute les détails en invoquant les genres littéraires on doit admettre que Noël est historique. Jésus est né, il est né d'une Vierge (ce qui a déjà frappé les imaginations sur le moment), et dans des conditions matérielles difficiles.



Vous avez choisi comme devise «Pour moi vivre c’est le Christ », pourquoi ?



C’est un passage tiré de Saint Paul et je me rattache à cette expérience qu’il a eue: rencontrer le Christ et être saisi par Lui. Dès ce moment, on veut être avec Lui pour toujours.



Qu’y a-t-il de représenté sur votre blason?



Il y a les trois armoiries diocésaines de Lausanne, Genève, Fribourg que j’ai complétées par une croix dominicaine.



Il n’y a plus d’évêque auxiliaire à Lausanne depuis longtemps suite au départ de Mgr Bürcher. Quand en nommerez-vous un autre? Le ferez-vous rapidement?



Je ne sais pas. La coutume ne demande pas un évêque auxiliaire (c'est le pape qui nomme).



Quel est le chantier sur lequel vous allez travailler tout de suite?



Beaucoup de gens ne savent plus ce qu’est le christianisme. Ils critiquent sans connaître. L’évêque doit annoncer la foi et enseigner une grande partie de sa vie.



Participez-vous toujours, côté Vatican, aux discussions avec Ecône?



Non, car les débats théologiques sont terminés et nous avons en plus pour recommandation de ne pas faire de commentaires sur ce sujet.



Vous voulez lancer un site internet pour les gens. En quoi cela consistera-t-il ?



Il  me faut trouver des collaborateurs pour élaborer et suivre ce site où les gens pourront poser des questions. L’idée m’est venue d’une paroisse réformée de  Suisse romande qui renvoyait à un site québécois protestant très bien fait. Les gens pouvaient y poser des questions sur la foi et les questions religieuses. Il faut que le diocèse fasse quelque chose de semblable pour sa visibilité. Il faut trouver les gens pour répondre à toutes les questions qui peuvent être posées par les paroissiens. Mon vœu est que les répondants soient théologiens et philosophes afin qu’ils puissent répondre de manière très prudente et précise.



Des choses vont-elles changer dans la formation des futurs prêtres de votre diocèse?



Je fais tout à fait confiance au supérieur du séminaire.





Il y a eu des polémiques, avant votre arrivée, au sujet du regroupement des 256 paroisses dans 52 unités pastorales.



Je vais commencer par faire un bilan. Mais on a peu de prêtres et si l’on veut des liturgies dignes il faut rassembler les paroisses. Cela me permet aussi de rencontrer un moins grand nombre d’interlocuteurs que s’il faut passer de paroisse en paroisse et faire un véritable marathon. L’unité pastorale facilite les choses mais de toute façon une planification pastorale est en cours.



 Vous avez dit dans une interview que la force de l'Eglise c'était sa différence. Qu'avez-vous voulu dire par là?

Quand on va à l'église, on y cherche Dieu. C'est-à-dire un infiniment grand. Si l'Eglise se contentait d'offrir ou d'approuver ce qu'on trouve déjà partout, pourquoi y aller?


Comment faire éclore un plus grand  nombre de vocations sacerdotales? 

Expérience faite dans plusieurs pays industrialisés, il y a des vocations là où on se réjouit de la vocation du prêtre, en claire  et simple adhésion à ce que l'Eglise propose comme la vie d'un prêtre. Il faut dire que c'est beau d'être, que ça a un sens de donner totalement sa vie, et qu'ainsi on peut apporter une très grande aide aux autres.





Encadré bio



Biographie

Naissance le 28 octobre 1961 à Riaz (Fri) et collège à Bulle. Maturité en 1981.

Novice dominicain en 1983 et profession solennelle en février 1987. Ordination à la prêtrise le 30 avril 1988 à Genève.

Licence de théologie à l’Université de Fribourg en 1987, suivie du doctorat en théologie en 1993.

Mgr Morerod a aussi été diacre puis vicaire de la paroisse Saint  Paul à Genève et aumônier de l’Université de Fribourg.

Licence en philosophie à l’université de Fribourg en 1996. Professeur à l’Université de Fribourg en théologie fondamentale. Et doctorat de philosophie en 2004 à l’Institut catholique de Toulouse.

Depuis 1997, rédacteur de l’édition française de la revue Nova et Vetera. Professeur à la prestigieuse Université pontificale Saint-Thomas d’Aquin (Angelicum) à Rome. Il en devient le recteur en 2009.

Mgr Morerod a été professeur invité de plusieurs autres universités. En 2002, il est devenu  membre de la Commission Internationale Anglicane-Catholique Romaine (ARCIC). Il est aussi membre de la commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise orthodoxe et l’Eglise catholique romaine.

En 2009, Charles Morerod devient secrétaire général de la Commission Théologique Internationale et Consulteur à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Le 11 décembre 2011, consécration comme évêque du diocèse de Lausanne, Genève et  Fribourg. 

vendredi 23 décembre 2011

Sartre et Marie

Cavalier seul

Vincent Pellegrini



On a de la peine à le croire, mais le texte qui suit a été écrit par Jean-Paul Sartre, le philosophe existentialiste pour Noël 1940. Il avait été fait prisonnier par les Allemands et se trouvait à Trèves dans un camp. C’est là qu’il rédige pour Noël une pièce de théâtre à l’intention des prisonniers. Ce texte intitulé Bariona ou le Fils du tonnerre fut joué dans un baraquement. L’écrivain Massimo Borghesi le commente ainsi:  «Nous nous trouvons devant un Sartre inconnu qui semble un instant s’émouvoir de l’affection émerveillée de Marie, du regard de Joseph et de l’espoir des Mages et des bergers devant l’enfant Dieu.» Plus tard, Sartre reniera l’attendrissement chrétien qui parcourt ces pages et refusera que la pièce de théâtre figure dans son œuvre complète. Jean-Paul Sartre écrit  notamment: «Vous avez le droit d’exiger qu’on vous montre la Crèche, la voici. Voici la Vierge, voici Joseph et voici l’Enfant Jésus. (…) Vous n’avez qu’à fermer les yeux pour m’entendre et je vous dirai comment je les vois au-dedans de moi. La Vierge est pâle et elle regarde l’enfant. Ce qu’il faudrait peindre sur son visage, c’est un émerveillement anxieux, qui n’apparut qu’une seule fois sur une figure humaine, car le Christ est son enfant, la chair de sa chair et le fruit de ses entrailles. Elle l’a porté neuf mois. Elle lui donna le sein et son lait deviendra le sang de Dieu. Elle le serre dans ses bras et elle dit : «Mon petit!» Mais à d’autres moments, elle demeure toute interdite et elle pense: «Dieu est là», et elle se sent prise d’une crainte religieuse pour ce Dieu muet. (…) Et aucune femme n’a eu de la sorte son Dieu pour elle seule. Un Dieu tout petit qu’on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu’on peut toucher et qui vit, et c’est dans ces moments-là que je peindrais Marie si j’étais peintre, et j’essayerais de rendre l’air de hardiesse tendre et de timidité avec lequel elle avance le doigt pour toucher la douce petite peau de cet enfant Dieu dont elle sent sur les genoux le poids tiède, et qui lui sourit. Et voilà pour Jésus et pour la Vierge Marie.»

jeudi 15 décembre 2011

Surtaxe




Cavalier seul

 Vincent Pellegrini

-         Le Conseil fédéral , avec l’accord du National, veut fixer à l’avenir des prescriptions contraignantes aux entreprises et aux particuliers pour économiser l’énergie. Et taxer plus cette même énergie.  L’imposition de certains standards et de matériels coûteux vont renchérir encore l’énergie alors que dans le domaine automobile par exemple, le prix de l’essence va de toute façon augmenter sévèrement à cause du contexte mondial et de la raréfaction de la ressource. Et taxer l’énergie de manière générale pèsera encore plus sur  le budget des familles. Comme l’expliquait le bulletin d’information du Centre patronal vaudois, les statistiques récentes confirment la politique actuelle – basée sur le volontariat – en matière d’émission de CO2. «Dans l’ensemble, ces dernières années, les milieux économiques ont pris des mesures volontaires en Suisse et à l’étranger qui leur ont permis de réduire les émissions de CO2 de plus de 4 millions de tonnes par an. Cela représente 80% des réductions nécessaires pour que la Suisse atteigne son objectif de Kyoto », explique le bulletin. La politique suisse en matière d’énergie est contradictoire. Notre pays se prépare à sortir du nucléaire et à le remplacer non seulement par des énergies renouvelables mais aussi par des centrales à gaz pour disposer de suffisamment d’énergie.
Contrairement au pragmatisme de l’Allemagne et de la Grande Bretagne qui ont conclu avec la Suisse un accord fiscal baptisé Rubik, la France jacobine préfère perdre de l’argent et tordre le cou au  maximum de ses ressortissants qu’elle pourra attraper en Suisse. Pour ce faire, les 450 banques établies en France ont dû fournir l’identité de tous les résidents français ayant procédé à des virements  dans des paradis fiscaux entre 2006 et 2008. Le Figaro Magazine précise que les banques françaises seront aussi tenues de fournir les transactions réalisées par des résidents français avec une carte à partir de comptes bancaires étrangers cette année, en 2010 et en 2009. La France a décidément lancé une guerre totale contre notre secret bancaire. Notre seule défense est de ne pas être dans l’Union Européenne.

mercredi 7 décembre 2011

La matrice

Cavalier seul

 Vincent Pellegrini


 - Le tabloïd «Quart d’heure pour l’essentiel»  a fait faire à l’institut Link un sondage sur Noël. Il s’avère que 80% des Suisses sont favorables à l’enseignement de l’histoire de Noël à l’école. Une majorité de juifs et de musulmans y sont eux aussi favorables (à plus de 60%). Un tiers de la population participera à une célébration religieuse à Noël. Cette proportion grimpe à plus de 47% pour les couples avec de jeunes enfants. Bref, Noël ce n’est pas seulement une fête de l’amour, comme essaie de nous le faire croire une publicité radiophonique. Le sondage montre que pour 77,8% des gens le Christ a bel et bien existé, mais seuls 22,1% considèrent que son histoire s’est déroulée telle que la rapportent les  textes bibliques. Pour 55,7%, l’histoire du Christ diffère peut-être du récit des Evangiles. Bref, ces chiffres montrent que la société occidentale garde une matrice chrétienne même si les dogmes sont souvent rejetés dans l’Europe post-chrétienne.

-         Selon une analyse du Polytechnicum de Zurich, moins de 150 multinationales contrôlent l’ensemble de l’économie. Cela explique pourquoi des Etats sont prêts à se mettre en danger pour sauver certaines banques. En fait, ce sont des financiers milliardaires qui ont fait chuter l’euro… Et une seule agence de notation (Standard & Poor’s) a suffi pour mettre au tapis la Grèce. On ne vit plus dans une société qui hiérarchise les valeurs comme l’exige le christianisme, mais dans une société complètement financiarisée où le pouvoir n’est plus ni politique ni religieux. Notre société considère les moyens comme une fin en elle-même. Nous vivons une crise de la finalité.

-         L’interdiction d’ériger des minarets en  Suisse n’a pas provoqué le clash international que d’aucuns prédisaient. La mesure a d’ailleurs un antécédent historique. En 1312, au Concile de Vienne convoqué par le pape Clément V, le décret 25 demande que «dans les régions du monde soumises à des princes chrétiens», les muezzins ne puissent appeler publiquement à la prière du haut des minarets des mosquées. Quand l’histoire se répète

vendredi 2 décembre 2011



Livre. Les Editions Saint-Augustin publient une étude intéressante de Yannick Levannier sur le linceul de Turin.



Le mystère du Saint Suaire



Vincent Pellegrini

Les Editions Saint-Augustin viennent de publier sous la plume de  Yannick Levannier ce que l’on sait aujourd’hui du Saint Suaire de Turin, A la fois synthétique et analytique, ce livre se lit facilement comme une enquête policière fouillée sur la plus mystérieuse des reliques du monde chrétien. Cet ouvrage de vulgarisation porte comme titre et sous-titre: «Le Saint  Suaire de Turin  révélé par la photographie et par la science». L’intention apologétique y est nette, mais elle s’appuie toujours sur des faits.

 Un tissu original
Les archéologues datent le type de tissage de la toile en lin du linceul de Turin du 1er siècle après J.-C. On a découvert que le métier à tisser utilisé était très courant en Syrie dans les premiers siècles. Mme Flury Lemberg, Conservatrice du Musée des tissus de Lausanne, a confirmé que ce tissu était en tous  points semblables à ceux tissés à Massada, la forteresse détruite en 74 après J.-C. Ce mode de tissage à chevrons 3 à 1 a existé jusqu’au IIIe siècle sur des tissus de Palmyre et de Doura Europos.  Parmi les fibres de lin, on a trouvé des traces de coton provenant d’un cotonnier cultivé exclusivement au Moyen Orient. Il n’y a pas de laine car la loi judaïque interdisait de mélanger sur le même  métier des fibres animales et végétales. Il s’agit d’une pièce de tissu unique d’un coût très élevé. Or, Joseph d’Arimathie, qui a recueilli le corps du Christ, était un homme riche. La technique de blanchiment du lin du linceul a été abandonnée aux IIIe et IVe siècles. Pour Ray Rogers, chimiste au Los Alamos National Laboratory, cette méthode de blanchiment est antérieure au VIIIe siècle. Or, les datations au Carbone 14 sur le linceul fixent une période moyenne comprise entre 1260 et 1390. Et le mystère est d’autant plus complet que toutes les autres analyses scientifiques contredisent cette datation au C 14.

 L’image unique

 Le codex de Pray, datant de 1150 à 1165, représente une illustration du linceul comportant de très petits détails ne se trouvant que sur le Saint Suaire (petites brûlures, marques de chevrons). Les pouces du Christ n’y sont pas visibles, comme sur le linceul, car rétractés du fait que le Christ est crucifié entre les os du poignet et non dans la paume. On voit déjà là que la datation au C14 affiche un résultat trop récent. La croix de Géron, datant de 972, et que l’on peut voir dans la cathédrale de Cologne, présente elle-aussi ce phénomènes des pouces rétractés. Si l’on regarde sur le tissu l’avant-bras, la traînée de sang résulte exactement de la position sur la croix. Et l’on peut faire la même analyse partout ailleurs. On sait ainsi que la couronne d’épines était une sorte de casque d’épines. Il y a la plaie sur le côté: une grande marque de sang avec la séparation de la partie cellulaire du composant séreux du sang. Cela montre que la plaie est restée ouverte, donc exécutée après la mort (coup de lance donné par le centurion romain). Les marques de la flagellation effectuée par les soldats ont été faites par des fouets romains munis de billes métalliques ou de petits os, les fouets juifs étant faits uniquement de lanières. Question photographie, le négatif se regarde en fait comme un positif parfait en trois dimensions (prouvé en 1976 par les chercheurs de l’US Air Force Academy). Personne n’aurait pu calculer, au Moyen Age, un tel effet. Le noircissement du Saint Suaire sur une épaisseur de 30 à 45 microns est en tout point proportionnel à la distance supposée du corps par rapport au drap. Les instruments modernes ont détecté une  pièce de monnaie sur une paupière. Elle comportait suffisamment de détails pour être datée de l’époque de Tibère, soit vers 29 après J.-C. On trouve aussi des mots sur le verso du Suaire, à l’aide de l’image tridimensionnelle et de filtres informatiques. Il s’agit d’écritures araméennes, hébraïques, latines et grecques. Il y a notamment un double n courant dans le grec du 1er siècle. Or, concernant les crucifiés, les lois juives et romaines imposaient de mettre sur les suaires des textes écrits. Sur le Saint Suaire, on peut ainsi lire «Jésus le Nazaréen».

 Des témoins tangibles

 Si l’on travaille au  microscope et diverses images en infrarouge et ultraviolet, on trouve sur le Suaire 58 pollens de plantes différentes. 17 sont originaires de France ou d’Italie, 23 de la région de Jérusalem et 18  de la région de Constantinople. On peut ainsi refaire tout le périple du linceul et cela coincide avec son histoire. Citons le Cistus creticus, petit arbuste ne se trouvant que dans la région de Jérusalem et le Gundelia tournefortii, arbuste épineux (couronne d’épines) ne poussant qu’entre Jérusalem et la Mer morte. Ce dernier représente plus de 50%  des pollens présents sur le Saint Suaire. En 1982 un cristallographe a trouvé sur les zones des pieds ainsi que celle du front (le Christ est tombé plusieurs fois en portant sa croix) une calcite avec impureté appelée Aragonite du Travertin qui s’avère être une forme très rare jusqu’ici trouvée uniquement à Jérusalem, avec une très forte concentration près de la Porte de Damas. Quant aux marques de sang, il s’agit bien de sang coagulé avec par endroits du sérum et de la bilirubine autour du sang. Ils apparaissent dans le sang dans le cas de très forts sévices corporels. Il n’y a par ailleurs aucune trace de métabolite témoignant d’une décomposition du corps. S’agissant de la datation au C14, l’auteur explique pourquoi le protocole n’a pas été respecté et le fait que l’échantillon n’était pas fiable car prélevé sur un bord légèrement abîmé, très contaminé et rapiécé. De plus, il y a un écart anormal de 130 ans entre les tests. De nombreux experts ont relevé le manque d’homogénéité des tissus et fibrilles à l’emplacement du prélèvement. Bref, la communauté scientifique remet en cause aujourd’hui la datation au C14. L’auteur du livre parle encore d’autres aspects qui prouvent l’aspect exceptionnel du linceul de Turin. Seul un faussaire disposant de toutes les techniques d’aujourd’hui aurait pu faire au Moyen Age un tel linceul. L’énigme résiste encore aux chercheurs. Reste l’impressionnant visage du Christ.
Bombardement nucléaire

 Le Saint Suaire n’est pas une peinture, car on n’a trouvé aucun pigment. Les taches de sang ne portent aucune marque d’arrachement sur le linceul, indiquant donc un temps de séjour du corps dans le tissu de moins de 36 heures. Sous les traces de sang, il n’y a pas d’impression de l’image sur le lin, ce qui indique que le dépôt du sang est antérieur à la coloration de l’image corporelle. En 1992, des études réalisées au Centre d’études nucléaires de Grenoble par le Père Rinaudo, docteur ès sciences en chimie nucléaire, conclut que le Suaire présente une irradiation des fibrilles de 30 à 45 microns. Un bombardement de protons sur des fils de lin d’aujourd’hui ont en effet produit un effet similaire à celui du Saint Suaire. Et la datation au Carbone 14 sur le lin bombardé a montré un écart de treize siècle avec du lin du même âge mais non bombardé.

 Le Saint Suaire de Turin révélé par la photographie et la science

Yannick Levannier

Editions Saint-Augustin

75 pages

38 francs




jeudi 1 décembre 2011

Utilitarisme

Cavalier seul

Vincent Pellegrini


Benoît XVI a rappelé que la destruction d´une vie humaine ne pouvait jamais être justifiée par un bénéfice éventuel à une autre personne, devant les participants au premier Congrès international sur les cellules souches adultes, le 12 novembre 2011. Le pape a déclaré que la recherche sur les cellules souches adultes ne soulevait pas, en général, de questions éthiques, contrairement à celle sur les embryons humains. Benoît XVI a réaffirmé la volonté de l´Eglise de contribuer au dialogue avec la science, mettant cependant en garde contre le risque de la subordination de la recherche à des considérations purement utilitaristes.

En effet, le propre de la crise morale de notre société est de juger les problèmes uniquement à l’aune de ce qui est utile et non de ce qui est vrai ou juste.  Même le président du Conseil européen a expliqué au pape que l´Europe traversait "une crise économique et monétaire mais aussi une crise morale" lors de sa première audience avec Benoît XVI, le 12 novembre. Cette crise touche la personne humaine. L’ATS nous apprend ainsi que les couples homosexuels suisses devraient pouvoir adopter un enfant. A l’unanimité, et contrairement au National, la commission compétente du Conseil des Etats a accepté cette revendication portée par les organisations gaies et lesbiennes. Lors de la session d’automne le National avait refusé et Yves Nidegger avait expliqué avec justesse : «Il n’en va pas de l’amour porté à l’enfant, mais de la construction de son identité sexuelle ».

 Le délitement de la morale est comme accéléré en Europe. Ainsi, en Belgique, les couples homosexuels qui le désirent peuvent faire recours à une mère porteuse, nous explique l’agence APIC. La commission d´éthique de la clinique universitaire de Gand a donné son feu vert et deux dossiers de ce type sont en cours d´examen. Les mêmes critères seront appliqués aux couples homosexuels et hétérosexuels. L´ovule ne vient pas de la mère porteuse, mais d´une donneuse anonyme. On s´assure ainsi que la femme accepte de donner l´enfant après la naissance. On croit rêver. André Frossard, lui, disait de la fécondation in vitro impliquant l’intervention d’un tiers  que c’était un adultère en bocal…