mercredi 25 mai 2011

Mémoire d’éléphant

Cavalier seul

Vincent Pellegrini

Une dépêche d’agence nous apprenait la semaine dernière que les accords de Schengen sur la libre circulation des personnes coûte dix fois plus cher que prévu au contribuable helvétique. Vous avez bien lu: dix fois plus cher. On a roulé le souverain helvétique dans la farine avec des méthodes qui seraient lourdement sanctionnées dans les entreprises privées. Je ne m’étonne pas, en tout cas, de lire que les Suisses sont seulement 19 % à vouloir l’adhésion à l’Union Européenne (12% de moins que l’an dernier) et que trois Suisses sur quatre veulent ainsi préserver la politique et l’économie d’une Suisse trop petite pour se défendre en faisant partie de l’Union Européenne. L’agence de presse traite les Suisses de «repliés» sur eux-mêmes. Moi je dirais qu’ils sont lucides et qu’ils ont une mémoire d’éléphant. Ils ont compris que Schengen facilite la petite criminalité transfrontalière. Que le principe du cassis de Dijon accordé de manière unilatérale à l’Europe n’a pas fait baisser les prix autant qu’on le leur avait promis et constitue une concurrence supplémentaire pour les produits suisses. Les Suisses n’ont pas apprécié que les pays voisins achètent des données bancaires volées pour tuer le secret bancaire helvétique et la place financière qui va avec. Bref ils ont très peu goûté la goujaterie de l’attaque fiscale menée par l’Europe contre un régime financier dont le seul tort était d’être concurrent. Et puis, il y a eu l’affaire des otages suisses en Libye où l’Europe n’a rien fait de sérieux auprès du fantasque et criminel colonel pour dénouer la situation. Pas étonnant quand Berlusconi baisait la main du tyran. Ces jours-ci, et le Figaro Magazine en a fait un reportage, les douaniers italiens incitent les immigrés d’Afrique du Nord à prendre le train pour aller dans d’autres pays de l’espace Schengen. Cela aussi, les suisses l’on vu. Et quand ont leur dit que chaque année la population suisse augment de la taille démographique d’une ville comme Saint-Gall, ils ne mettent pas beaucoup de temps pour comprendre que cela n’est pas dû à un salvateur baby boom helvétique.

mercredi 18 mai 2011

Le Sacré contre le Siècle

Cavalier seul

Vincent Pellegrini

- Il y a des jours où la sécularisation de l’Eglise suisse avance plus que d’autres. J’ai été très surpris d’apprendre que la remise officielle du Prix catholique des médias 2011 aura lieu le 24 mai au siège de la Conférence des évêques suisses et récompensera pour la  Suisse romande l’émission «Les Zèbres, émission quotidienne avec les enfants de la Radio Suisse romande.  C’est un jury indépendant, nous dit-on, qui a distingué ce lauréat. Le 16 mai, l’agence du Vatican citait le pape qui recevait les participants au Congrès mondial organisé par le Conseil pontifical Iustitia et Pax à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'encyclique Mater et Magistra de Jean XXIII. Dans son discours, Benoît XVI a souligné «qu’il fallait développer des synthèses culturelles humanistes ouvertes à la transcendance à travers une nouvelle évangélisation»... Voilà, pour moi quels devraient être les critères du prix catholique des médias en Suisse.
- En juillet 2007, le pape libéralisait l’ancienne messe. Mais face à la mauvaise volonté de nombre d’évêques à appliquer ce motu proprio, le Vatican a dû sortir la semaine dernière une instruction, approuvée par le pape, qui précise et surtout facilitera les conditions d’application du motu proprio pour les 80 personnes qui l’ont demandé en 2007 déjà dans le Valais romand (www.summorum.ch). Il est dit dans l’instruction que «en raison de son usage antique et vénérable, la forme extraordinaire (ancienne messe) doit être conservée avec l'honneur qui lui est dû.» On sait en effet que le pape veut «favoriser la réconciliation au sein de l’église». L’instruction parle de l’ancienne messe comme d’un «trésor à conserver précieusement». Et même, le Vatican «demande aux ordinaires (évêques) d'offrir au clergé la possibilité d'acquérir une préparation adéquate aux célébrations dans la forme extraordinaire (ancienne messeI)» en ajoutant que «cela vaut également pour les séminaires, où l'on devra pourvoir à la formation convenable des futurs prêtres par l'étude du latin, et, si les exigences pastorales le suggèrent, offrir la possibilité d'apprendre la forme extraordinaire du rite (ancienne messeI)».








mercredi 11 mai 2011

Cavalier seul


Désemparé

Vincent Pellegrini

Le décès de mon père m’a laissé très désemparé et submergé en cette vallée de larmes. Trop de souvenirs remontaient à la surface de mon âme. Je n’ai pas voulu les enfouir, mais les vivre jusqu’au bout car l’amour ne meurt jamais et il a sa patrie, au-delà du temps. Etre entouré comme je l’ai été durant son enterrement m’a réconforté. Et le chant grégorien, vaisseau céleste de l’âme, m’a laissé entrevoir une autre rive. Il me faut désormais accepter mon destin d’homme. Ce n’est pas gagné. Pourquoi ai-je tant de peine à accepter la mort de mon père?  Un ami ermite de Facebook, frère Maximilien-Marie, m’a écrit un jour où j’étais déprimé par la maladie de mon père: «On posait un jour au philosophe Gustave Thibon cette question: Quel est le plus grand mal de notre époque? Et il fit cette réponse: Exiger du temps qu'il tienne les promesses de l'éternel. Simone Weil a tout dit : "Dieu et l'homme sont comme deux amants qui se sont trompés sur le lieu de leur rendez-vous. L’homme attend Dieu dans le temps et Dieu attend l’homme dans l’éternité. Cher Vincent, ne demandez pas à Ce temps dans lequel nous sommes immergés de tenir les promesses de l’éternité ». Aujourd’hui, je dis avec Pindare, le plus grand poète grec de l’antiquité, en citant l’une de ses odes et en l’appliquant à mon père décédé : «Il tient du sort comme butin d’élite le calme pour l’éternité dans les demeures bienheureuses. » Et si cela ne suffit pas à ma compréhension, je relirai le Livre de Job.
 Réaliser aussi que la santé est  un trésor. Le 8 mai, dans l’une de ses audiences, le pape a rappelé: "La santé est une réalité de compréhension globale, intégrale, qui va d'être bien, nous permettant de vivre sereinement une journée d'étude, de travail ou de vacances, jusqu'au Salus Animæ dont dépend notre destin éternel... Jésus a révélé que Dieu aime la vie et veut la libérer de toute négation jusqu'à la plus radicale qui est le mal spirituel, le péché, racine vénéneuse qui empoisonne tout. Pour cela, Jésus lui-même peut s'appeler santé de l'homme...»

samedi 7 mai 2011

Le détail du crucifix

Vincent Pellegrini
 Benoît XVI est un pape de l’approfondissement théologique, un mystique et un  liturgiste. J’ai été frappé, en regardant dimanche la messe de béatification à Rome,  que Benoît XVI avait fait placer sur l’autel, en face de lui, une grande Croix qui le séparait en quelque sorte des fidèles. Et à chaque fois qu’il invoquait le Christ, le pape élevait son regard vers la croix. On sait que le pape est très sensible à la célébration de la messe par le prêtre «tourné vers le Seigneur». A noter que dans un livre publié en 2004 en anglais (et en 2006 en français par la maison d’édition “Ad solem”) et consacré à l’orientation de la prière liturgique, celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger écrivait en préface: “Pour le catholique pratiquant ordinaire, les changements les plus patents de la réforme liturgique du second concile du Vatican semblent tenir en deux points: la disparition du latin, et le fait d’avoir tourné les autels vers le peuple. Ceux qui liront les documents de référence seront surpris de constater qu’en vérité ni l’un ni l’autre ne se trouve dans les décrets du concile. (…) Il n’y a rien dans le document conciliaire qui concerne le fait de tourner les autels vers le peuple; ce point n’apparaît que dans les instructions post-conciliaires »
Dans les “Opera omnia” de Joseph Ratzinger théologien, l’ouverture est toute entière consacrée à la liturgie. Benoît XVI y explique: «L’idée que, dans la prière, le prêtre et le peuple devraient se faire face n’est née que dans le christianisme moderne, elle est tout à fait étrangère au christianisme ancien. Il est certain que le prêtre et le peuple prient tournés non pas l’un vers l’autre, mais vers l’unique Seigneur. Dans la prière, ils regardent donc dans la même direction: soit vers l’Orient, symbole cosmique du Seigneur qui vient, soit, si ce n’est pas possible, vers une image du Christ dans l’abside, vers une croix, ou simplement vers le ciel. Il ne faut pas procéder à de nouvelles transformations, mais placer simplement au centre de l’autel la croix vers laquelle le prêtre et les fidèles pourront se tourner ensemble.»




jeudi 28 avril 2011

Des voix chagrines

Cavalier seul
Vincent Pellegrini
Le pape Benoît XVI vient d’expliquer au nouvel ambassadeur de Croatie au Vatican: «Des voix chagrines contestent avec une stupéfiante régularité la réalité des racines religieuses européennes. Il est devenu de bon ton d'être amnésique et de nier les évidences historiques. Affirmer que l'Europe n'a pas de racines chrétiennes, équivaut à prétendre qu'un homme peut vivre sans oxygène et sans nourriture... Je suis certain que votre pays saura défendre sa propre identité avec conviction et fierté en évitant les nouveaux écueils qui se présenteront et qui, sous prétexte d'une liberté religieuse mal comprise, sont contraires au droit naturel, à la famille, et à la morale tout simplement». Cela m’a fait penser au «Cavalier seul» qu’André Frossard signa pour «Le Figaro» la veille de sa mort. Il y expliquait le 2 février 1995: «L’Europe a de plus en plus de membres et de moins en moins d’âme. Elle en avait une, autrefois qui s’appelait le christianisme et qui l’a protégée plus d’une fois du pire. Aujourd’hui, elle n’a plus ni âme ni pensée, et elle a tout misé sur l’intérêt immédiat, le profit. Si l’intérêt est en effet un agent de cohésion efficace quand les affaires vont bien; quand celles-ci vont mal, il n’y a pas d’explosif plus puissant.» Il est vrai qu’on vit une ère  paradoxale quand on voit par exemple que le seul parti à défendre les crucifix dans les écoles est l’UDC. Selon un sondage, seuls 17% des Suisses ont encore une foi vivante dans le christianisme. D’où le marasme moral en politique. André Frossard avait pourtant bien raison de dire sous forme d’aphorisme: «Quand chacun fera sa loi, on finira peut-être par regretter les Commandements, qui n’étaient que dix», tout en ajoutant: «Sans doute l’Eglise n’est-elle plus le centre du monde. Mais elle en redevient la conscience.» Il y a heureusement des exceptions, comme la Hongrie qui va mettre dans le préambule de sa constitution révisée: «Nous sommes fiers de ce que notre roi saint Etienne ait établi l’Etat hongrois sur des fondations fermes il y a mille ans, et qu’il ait fait de notre pays une partie de l’Europe chrétienne.»

jeudi 21 avril 2011

Mitres molles

Rubrique Cavalier seul du Nouvelliste

Des mitres molles
Vincent Pellegrini
Je ne résiste pas, pour cette deuxième chronique, à revenir sur le journaliste-académicien  André Frossard qui tint quotidiennement le billet «Cavalier seul» en une du «Figaro» de 1963 à sa mort en 1995. Il y présenta comme l’homme le plus prophétique de son temps le pape Jean Paul II qui sera béatifié le 1er mai prochain. Ce qui ne l’empêcha pas d’être cinglant avec les évêques français qu’il traitait dans sa rubrique de «mitres molles», sans oublier les théologiens «en état d’ébriété métaphysique, tous tenants d’un christianisme poltron et capitulard qui mettent le credo chaque jour au goût du jour». Auteur du célèbre «Dieu existe, je l’ai rencontré», où il raconte sa conversion fulgurante au hasard d’une visite dans une église, André Frossard  expliqua ainsi en 1992, à l’émission «L’heure de vérité», son côté fortement désabusé: «Les mystiques, les gens qui ont fait une rencontre (…) ont une vision assez  noire du monde, parce que le contraste entre la merveilleuse pureté et innocence de Dieu et ce qu’ils voient, ce contraste est tellement violent qu’ils font plutôt la grimace  quand ils regardent le monde.» Voici un exemple qui l’aurait fait grimacer. A Avignon, une exposition subventionnée par les collectivités publiques et appelée «je crois aux miracles» est organisée autour de la photo d’un Christ plongé dans l’urine. Des affiches de cette photo blasphématoire, appelée «Piss Christ», sont exposées publiquement dans les rues de la ville. Frossard aurait sûrement trouvé les mots pour rugir. Mais un certain art contemporain est inaccessible aux simples mortels et imperméable à la critique depuis qu’il s’est affranchi des critères antiques du Beau et s’est totalement subjectivisé. Il faut dire qu’une partie de l’art contemporain, alias AC, trouve suffisamment de thuriféraires chez les journalistes et les historiens de l’art pour avoir encore de beaux jours devant lui. D’autant plus que dans certains milieux la cote d’un artiste obéit à l’offre et à la demande sans être bien éloignée des cotations boursières.

dimanche 17 avril 2011

Après la religion, l'écologie

Cavalier seul

Vincent Pellegrini
Le nom d’une rubrique n’est  jamais innocent. En l’occurrence «Cavalier seul» fut la chronique quotidienne en page une du «Figaro» de l’académicien André Frossard. Une écriture concise, porteuse de sens et implacable. Je ne me hasarderai point à l’imiter car chacun doit rester à sa juste place. Si André Frossard vivait encore, il parlerait sans doute de la nouvelle religion politique et collective que l’on nomme désormais la «vague verte». Comme si vivre bio-écolo faisait de vous une sorte de moine laïc. Même l’économie est sommée de s’atteler tout entière au «New Green Deal». On peut parler d’emballement ou tout au moins d’impatience quand on sait que les énergies renouvelables non hydrauliques ne  pèsent que 2% de la production électrique suisse. Et l’on «oublie» de présenter comme énergie renouvelable l’hydroélectricité qui pèse pourtant 54% de notre électricité et offre encore des potentialités de développement, sur le Rhône par exemple. Au lieu de cela on préfère encenser l’énergie éolienne qui  ne représente encore que 1% du total des énergies renouvelables non hydrauliques…. Ceux qui s’opposent au rehaussement du barrage du Grimsel préfèrent soutenir l’implantation d’éoliennes qui produisent peu d’électricité au vu de leur impact majeur sur le paysage. Désormais on entre en écologie comme en religion. Comment expliquer ce changement de paradigme?  Chantal Delsol explique dans son dernier livre «L’Age du renoncement» que la disparition «du référent chrétien dans nos modèles sociaux et culturels» amène l’individu à se demander non pas ce qui est vrai mais comment bien vivre. Et bien vivre pour de plus en plus de gens c’est être écolo-bobo. On ne se pose plus la question de ce qui est réaliste et du rapport utilité-prix. On est passé du vrai à l’utile qui a pris la forme de l’écologie. Alors qu’il suffit de vivre  sobrement, comme le demande Benoît XVI, pour vivre écolo. Il faut dire que la globalisation telle que l’ONU la met en œuvre se caractérise par un rejet de l’anthropocentrisme au profit des droits de la Terre. Cela s’appelle le retour au naturalisme.  

vendredi 15 avril 2011

Une histoire assez complète de"l'ancienne messe"

Liturgie. Libéralisé par Benoît  XVI l’ancien rite a connu une évolution homogène depuis les temps les plus reculés.
Histoire d’ancienne messe
Par Vincent Pellegrini 
En 2007, le pape créait la surprise en libéralisant l’ancienne messe en latin ou messe dans « la forme extraordinaire » du rite latin, la nouvelle messe de Paul VI en 1969 étant le rite latin dans sa « forme ordinaire ». L’ancienne, messe qui fut célébrée encore durant le concile Vatican II, est appelée aussi tridentine du nom du  Concile de Trente au XVIe siècle qui suscita le retour à une version plus ancienne et plus pure de la messe. La messe selon la forme extraordinaire fut célébrée de manière universelle dans l’Eglise catholique romaine jusqu’en 1969 et elle est extrêmement ancienne. Cette antiquité et cette continuité expliquent pourquoi Benoît XVI, dans son motu proprio Summorum Pontificum, veut garder cette messe comme un trésor liturgique de l’Eglise pour les fidèles qui le désirent . Son but n’est d’ailleurs pas d’opposer cette messe ancienne à la forme ordinaire du rite latin (nouvelle messe) mais au contraire que les deux rites se fécondent mutuellement. Pour certains observateurs attentifs aux propos du pape, nous n’en sommes qu’au tout début de la « réforme de la réforme liturgique ». Le Vatican va en outre sortir ce mois-ci une instruction sur l’application du motu proprio concernant l’ancienne messe.
Aux temps apostoliques

L’Eglise a toujours fait remonter l’institution des principaux rites de la Messe aux temps apostoliques. Ainsi, Saint Basile affirme en conformité avec les Pères, que les paroles de la Consécration sont celles-là mêmes qui ont été prononcées par Jésus-Christ. Quant au canon romain (partie centrale de la messe avant et après la consécration) ou Canon 1 qui peut aussi être dit avec la nouvelle messe, la tradition l’a attribué également aux Apôtres de manière assez substantielle. C’est du moins ce qu’expliquent par exemple Saint Augustin et le pape Vigile. Quoi qu’il en soit, le canon est très ancien. D’ailleurs, les Apôtres ont tous commencé ensemble la liturgie puisqu’ils ont vécu ensemble jusqu’aux premières persécutions. La liturgie romaine plonge donc ses racines jusque dans les temps apostoliques. Il est aujourd’hui téméraire de vouloir reconstituer les textes de la messe primitive car aux débuts de l’Eglise la loi de l’arcane interdisait la publication des formules rituelles. Cette publication ne se fit que bien plus tard, lorsque l’Eglise sortit de son silence, après l’édit de Constantin (313).
Remarquable continuité
Au début du Ve siècle environ, apparaît le plus copieux et le plus ancien sacramentaire; recueil des textes de la Messe, de la façon de célébrer, du bréviaire, du Pontifical et des textes de l’administration des sacrements: c’est le sacramentaire léonien dont la messe ancienne que nous connaissons aujourd’hui (ancienne messe avec les rubriques de Jean XXIII) est assez proche, ce qui est remarquable. En fait, le pape Léon n’avait ajouté que deux choses dans la deuxième partie du canon: à savoir les formules «cette hostie (ou victime) immaculée » ainsi que «sacrifice saint». Puis viendront les sacramentaires gélasien, recueil de liturgie romaine importé dans les Gaules, et grégorien, du pape Grégoire 1er dit le grand élu en 590 dont la plus grande partie est bien sûr antérieure au pontificat de ce pape. Dans ce dernier sacramentaire on trouve l’ancienne messe presqu’en tous points telle qu’elle est aujourd’hui, tandis que le canon subit alors son dernier ajout jusqu’à Jean XXIII (pape Roncalli, mort à l’aube du Concile Vatican II) avec cette formule de la prière du hanc igitur «Et disposes nos jours dans la paix». Ce sacramentaire grégorien, avec la messe qu’il contient, sera propagé par la France qui l’avait déjà fait pour le gélasien, grâce surtout au concours très actif de l’ordre bénédictin. Grégoire le grand atteste d’ailleurs au VIe siècle que ses innovations dans la messe ne furent rien d’autre qu’un retour aux plus pures traditions romaines. Désormais, seules vont se perfectionner jusqu’au XIe siècle quelques prières comme celles de l’offertoire et de la communion. Il y a bien eu des ajouts dans le haut Moyen Age, mais il faudrait plutôt parler d’évolution homogène et de stabilisation. On parle d’une «liturgie émigrant en pays francs avant de revenir à Rome revue et francisée». Ce qui fait dire à l’abbé Claude Barthe: «Ainsi, on peut estimer que le missel d’avant le Concile Vatican II reproduit la messe romaine au moins à l’époque de saint Grégoire VII (1073-1085). Il est, à d’infimes détails près le missel publié par saint Pie V en 1570.» 
Le Concile de Trente

Au XVIe siècle, on constate une période de déclin et d’altération qui mettra en danger cette merveilleuse unité liturgique de la chrétienté latine et qui obligera les érudits du Concile de Trente à débarrasser le missel romain de beaucoup d’additions et messes du Bas Moyen Age, éléments médiévaux tardifs qui défiguraient l’harmonie des lignes du grandiose monument liturgique érigé par les Pontifes romains jusqu’au VIIe siècle. Sans oublier l’influence protestante. Seules furent autorisées à perdurer les liturgies datant de plus de 200 ans. La messe dite tridentine est donc en réalité une oeuvre de restitution de la messe antique qui a été menée à bien sous le pontificat de Pie V (d’où aussi le nom de messe de Saint Pie V). Cette messe fut promulguée par la très solennelle bulle «Quo primum tempore» qui canonise et impose définitivement «le missel restitué à la règle antique et au rite des Saints Pères» selon l’expression même du pape Pie V. Le Saint Sacrifice était ainsi dès lors en très grande partie fixé dans sa forme définitive et l’on peut même dire pour l’éternité car la messe tridentine n’a jamais été vraiment abolie et elle a même fait l’objet par Benoît XVI d’un motu proprio qui en libéralise l’usage. C’est un trésor de la Tradition et le joyau de l’action du Saint Esprit dans l’Eglise à travers les siècles. Y retourner, comme nous y encourage le pape, c’est aussi mieux comprendre les racines de la nouvelle messe, car il n’y a qu’un seul rite latin sous deux formes (ordinaire et extraordinaire), comme l’a expliqué Benoît XVI.
Vincent Pellegrini
«le missel restitué à la règle antique»
Pape saint Pie V

jeudi 14 avril 2011

Vatican II, question ouverte

Article tiré de la revue Catholica
 
Ar­ticle pu­blié le 3 avr 2011
En­tre­tien. Le dis­cours pro­gram­ma­tique pro­non­cé le 22 dé­cembre 2005 par Be­noît XVI a ou­vert la boîte de Pan­dore dont on ima­gine mal qu’elle puisse se re­fer­mer avant qu’in­ter­vienne une cla­ri­fi­ca­tion d’en­semble.
C’est au­jourd’hui vers l’Ita­lie que l’on doit tendre l’oreille si l’on veut en­tendre des pa­roles et même des col­loques et dé­bats pu­blics où une ana­lyse du concile Va­ti­can II et de l’époque post-​conci­liaire s’énonce, sans at­té­nua­tion de la pen­sée ou, à l’in­verse, sans que soit agité, pour seule ré­ac­tion, le chif­fon rouge de l’ex­tré­misme.
Certes, en d’autres pays, la France no­tam­ment, et de­puis long­temps, une cri­tique construite s’est exer­cée et conti­nue, sauf, peut-​être, sur un plan his­to­rique, en tout cas avec une am­pleur qui puisse ri­va­li­ser avec des en­tre­prises dont la mo­nu­men­tale His­toire du Concile Va­ti­can II d’Al­be­ri­go est le pa­ra­digme. Tou­te­fois, re­con­nais­sons que cette cri­tique plus an­cienne n’est guère par­ve­nue à s’ex­traire du di­lemme entre pré­cau­tion de lan­gage et os­tra­cisme, qu’un cer­tain contexte ec­clé­sial im­po­sait.
Les temps, ce­pen­dant, sont autres : le dis­cours de Be­noît XVI à la Curie, le 22 dé­cembre 2005, a inau­gu­ré un contexte nou­veau dont l’Ita­lie semble être la pre­mière bé­né­fi­ciaire. Alors que la ré­flexion por­tait au­pa­ra­vant sur l’ap­pli­ca­tion du concile Va­ti­can II, puis sur sa ré­cep­tion, elle est re­mon­tée plus près de la source, au Concile lui-​même : l’af­faire main­te­nant est de sa­voir en quoi, à quel degré, et dans quels do­maines il y a conti­nui­té ou dis­con­ti­nui­té, tant dans l’in­ter­pré­ta­tion que l’on a don­née et conti­nue de don­ner de telle ou telle par­tie du cor­pus conci­liaire, que dans ce cor­pus lui-​même par rap­port à la doc­trine an­té­rieu­re­ment pro­fes­sée. Cet angle de ré­flexion s’est au­jourd’hui im­po­sé à tous, et celui qui a opéré ce bas­cu­le­ment au­to­rise sans aucun doute une pa­role plus libre, sans crainte de confi­ne­ment.
Ef­fec­ti­ve­ment, des thé­ma­tiques somme toute assez connues trouvent donc ac­tuel­le­ment en Ita­lie une au­dience in­édite. Parmi d’autres évé­ne­ments, l’on met­tra par­ti­cu­liè­re­ment en exergue un ou­vrage de Ro­ber­to de Mat­tei – l’une de ces études his­to­riques at­ten­dues –, et sur­tout un col­loque or­ga­ni­sé en dé­cembre 2010 par les Fran­cis­cains de l’Im­ma­cu­lée à Rome sur le ca­rac­tère « pas­to­ral » du Concile. Les pro­pos tenus ap­portent-​ils quelque nou­veau­té dans le conte­nu même de la cri­tique ? Il im­porte d’abord de re­le­ver qui sont ceux qui parlent et plus en­core les lieux nou­veaux où ils le font, sans doute plus larges, cer­tai­ne­ment plus proches des ins­ti­tu­tions de l’Eglise. Et l’oreille est ren­due plus at­ten­tive en­core quand l’œil, lui aussi, est at­ti­ré, sur fond de gris fran­cis­cain, par la pourpre car­di­na­lice cô­toyant le vio­let épis­co­pal ou le fi­le­tage des sou­tanes de nombre de pré­lats de la curie. Non qu’il y ait mon­da­ni­té, mais qui dé­dai­gne­rait l’im­por­tance de cette pré­sence pu­blique de la hié­rar­chie ec­clé­sias­tique, à deux pas du Va­ti­can : le contexte a ef­fec­ti­ve­ment bien chan­gé.
Mgr Bru­ne­ro Ghe­rar­di­ni entre dans ce cadre ita­lien qui néan­moins tend à s’in­ter­na­tio­na­li­ser par le juste in­té­rêt qu’il sus­cite ; il peut même, en quelque ma­nière, en être consi­dé­ré comme, sinon le chef de file, du moins l’éclai­reur de tête. Tout d’abord par l’ac­ti­vi­té édi­to­riale : en 2009, un livre très cri­tique sur le dia­logue œcu­mé­nique et in­ter­re­li­gieux, comme sur la « ju­déo-​dé­pen­dance » de l’Eglise comme il la nomme ; la même année, un livre sur le Concile Va­ti­can II, se ter­mi­nant par une sup­plique au pape lui en­joi­gnant d’en­tre­prendre enfin l’in­ter­pré­ta­tion ma­gis­té­rielle au­then­tique de cer­tains des do­cu­ments conci­liaires ; en 2010, une im­por­tante li­vrai­son de la revue Di­vi­ni­tas consa­crée en­tiè­re­ment à une cla­ri­fi­ca­tion his­to­rique et théo­lo­gique de ce qu’est la Tra­di­tion dans l’Eglise, de­puis pu­bliée en livre ; en 2011, un nou­vel ou­vrage, dont on par­le­ra plus loin. [...]

samedi 2 avril 2011

Vatican II n'était pas dogmatique mais pastoral

Par Vincent Pellegrini


Le Concile Vatican II était-il infaillible? Mgr Gerhardini, érudit et chanoine de la Basilique Saint-Pierre répond: le Concile Vatican II est pastoral et non dogmatique, mais il doit être accueilli comme magistériel, avec bienveillance, ce qui ne veut pas dire qu'il oblige absolument. Il n'a proclamé aucun dogme nouveau en effet. Et il oblige seulement lorsqu'il énonce des vérités qui sont dogmatiques car ayant été proclamées précédemment comme tellles et comme faisant explicitement partie de notre foi. Mgr Gherardini distingue aussi dans le Concile les constitution, les décrets et les déclarations qui n'ont pas la même  portée théologique. Bref, on peut adhérer au Concile Vatican II en disant qu'on accepte seulement ce que l'Eglise a défini précédemment comme un dogme.
Lire l'analyse de Mgr Gherardini à l'adresse
http://disputationes.over-blog.com/article-31133534.html

mardi 29 mars 2011

La Suisse se déchristianise: les chiffres

Les Suisses sont de plus en plus nombreux à se distancier de la religion, telle est la conclusion d’un sondage auprès de 1229 personnes et de 73 entretiens personnalisés réalisés par cinq sociologues des religions pour le Fonds national suisse de la recherche scientifique. Pour les les chercheurs, une grande majorité de la population helvétique (64 %) «affiche un rapport  non pas indifférent ou négatif, mais distant à la religion et à la spiritualité». Et pourtant, 31% des habitants de Suisse sont catholiques, 32% protestants et  12 % adeptes de religions  non-chrétiennes dit l’étude. Les chercheurs distinguent trois autre types de religiosité au sein du peuple suisse:  les institutionnels qui ont une foi vivante dans le catholicisme ou le protestantisme (17%), les laïcs hostiles à la religion (10%) et les alternatifs (9%) qui cultivent des croyances holistiques, ésotériques (pratique de l’astrologie, des techniques curatives de la respiration, etc.). Les sociologues  notent que «ces dernières années le groupe formé par les institutionnels a fortement diminué». Il est  vrai que la pratique religieuse est en chute libre.
Les distants, qui sont les plus nombreux, disposent certes de représentations religieuses et spirituelles, mais ces dernières ne jouent pas un rôle important dans leur vie et ils ne les activent que dans des situations exceptionnelles,  explique le rapport. Il ajoute que la plupart des distants sont membres de l’Eglise catholique ou protestante et paient l’impôt ecclésiastique, mais que leur appartenance confessionnelle ne leur paraît pas importante.  Notons au passage qu’on entre ainsi dans une société de plus en  plus relativiste, ce contre quoi  le pape Benoît XVI s’élève le plus dans ses homélies.
Les chercheurs  ont été frappés de consacrer que 15% des hommes sont hostiles à la religion contre 5% seulement pour les femmes. A la fin de leur  étude, ils se posent la question: La Suisse est-elle encore un pays chrétien? Il s’avère qu’une nette majorité trouvent les Eglises utiles pour les défavorisés mais qu’ils leur accordent une moindre importance pour eux  personnellement
Vincent Pellegrini

vendredi 25 mars 2011

Les révélations d’un reclus


ORIENT CHRETIEN. Dans une grotte de Chypre vécut un ermite dont on découvre actuellement la formidable œuvre théologique.  

Saint Neophytos a vécu de 1134 à 1220 à Chypre. Il a donc connu le passage de Chypre de la période byzantine à l’occupation, en 1191, des Latins repoussés de Terre sainte par les musulmans. Il a vécu 60 ans en reclus dans une grotte, partageant son temps entre la liturgie, la prière et l’écriture sur une table en  pierre à côté de son lit également en pierre. Et en mangeant  seulement  20 grammes par jour.  On peut encore voir tout cela au monastère saint Neophytos, près de Paphos. Nous avons demandé à un archimandrite du monastère, qui porte aussi le même nom que l’ermite reclus, quel était le message principal de saint Néophytos, dont on peut d’ailleur baiser le crâne dans l’église du  monastère. Ce qui attire de nombreux fidèles. Le saint a par ailleurs l’originalité de saluer d’une façon particulière certains visiteurs car son  crâne exhale parfois un parfum extraordinaire comme ce fut le cas par exemple avec un groupe de Japonais qui en étaient tout bouleversés. Mgr Neophytos, l’un des archimandrites du monastère de saint Neophytos,  n’a pas eu, lui, cette chance, mais il prépare une thèse de doctorat pour l’université de Genève sur le thème de la chute chez saint Neophytos. Nous l’avons interviewé dans son monastère à Chypre. L’œuvre du saint ermite Neophytos est en effet très importante. Il est un  penseur majeur du monde orthodoxe mais il commence seulement maintenant à être étudié en profondeur,  avec des éditions critiques. Le Valaisan et spécialiste des religions Grégoire Sommer travaille par exemple à une édition bilingue grec-français des écrits de Neophytos le reclus.
Mgr Neophytos, quel est le premier enseignement laissé par saint Neophytos
Qu'il n'y a pas de démarche spirituelle ni même d'ascèse sans paideia (éducation,culture). Dans l'antiquité, il y a certes l’influence d’Aristote et de Platon, mais cela ne suffit pas. Il y aussi l’herméneutique  (interprétation des textes sacrés et profanes) auquel les monastères se sont attelés.  
Mgr Neophytos, votre thèse interprète dans les écrits de Neophytos le reclus le thème de la chute de l’homme depuis la Genèse et la solution qui est proposée par le saint.
Tout d’abord, Saint Neophtyos  offre à travers les peintures couvrant les murs de sa grotte (il s’agit en fait de grottes successives que l’on peut visiter encore aujourd’hui), un programme iconographique qui correspond aux nombreux textes qu’il écrivait dans cette même grotte. Neophytos prend comme point  de départ la chute de l’homme dans la Genèse et la perte du paradis terrestre. Il apporte une solution à ce drame originel dans la liturgie qui trouve une forme très raffinée dans la grotte de Neophytos. Le message principal est: Seule la liturgie sauve l’homme. Un jour en France un professeur m’a demandé: «Pourquoi vous les orthodoxes avez-vous gardé votre ancienne liturgie sans la changer ni la moderniser?» Un peu embarrassé je lui ai répondu: on ne change pas quelque chose qui marche!
Sur quels points en particulier saint Neophytos a-t-il développé ses réflexions?
Comme je vous l’ai dit, son point de départ est le statut de l’homme depuis sa chute dans le paradis terrestre. La liturgie sauve l’homme mais comment y accéder et la comprendre? Seules certaines connaissances permettent de donner du sens à la liturgie.
Quelle approche saint Neophytos  fait-il de la philosophie classique?
Saint Neophytos a construit une pensée originale. Il va dire que la partie logique de l’âme ne peut pas à elle seule faire face aux mécanismes piégeants de la pensée, contrairement à ce qu’ont pensé Aristote et Platon. Il va donc dire que la pensée chrétienne trouve la solution à ces pièges dans la liturgie. Sa grotte fut un laboratoire de théologie, de philosophie, de spiritualité et de logique. Et ce programme se clôt par l’ascension  de toute l’humanité. Mais la prière et la théologie doivent converger pour  permettre la montée de l’homme vers la divinité. C’est tout cela qui est raconté dans  la grotte de saint Néophytos par un programme iconographique. Le monastère a été détruit six fois par les Ottomans et les moines ont été tous massacrés, mais heureusement la grotte n’a pas été touchée. Lorsqu’on a exhumé le corps du saint, il  sentait bon.
Que peut apporter à la modernité la pensée de saint  Neophytos?
La pensée de Néophytos désoriente le lecteur moderne. Elle s'est construite essentiellement autour de la notion d'image. Elle puise ses racines dans les écrits des trois Cappadocéens: Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse et Basile de Césarée. Néophytos confère à l'image un statut non seulement ontologique, mais aussi rhétorique. L'image ne représente pas, mais elle fait advenir l'objet du désir. Cette position est caractéristique de la sophistique. Toute la grotte du Reclus, tout le programme iconographique qui la décore, s'emploie à faire voir et à faire comprendre la portée philosophique de cette compréhension de l'image. Ce projet remonte d'une certaine manière au Sophiste de Platon, dans lequel le célèbre philosophe athénien amorce une toute nouvelle réflexion sur l'image. 

Légende de la photo principale
Mgr Neophytos explique la signification des peintures de la grotte où vécut le saint reclus. Le nouvelliste

mardi 22 mars 2011

Strasbourg réhabilité le crucifix dans les écoles

Guerre des crucifix
La Cour européenne fait marche arrière
La guerre des crucifix s’est propagée jusque dans notre canton où un enseignant haut-valaisan a été licencié pour avoir décroché une croix des murs de sa  classe, tandis que l’UDC essayait en vain au Grand Conseil de  rendre les crucifix obligatoires dans les écoles valaisannes. Il est  intéressant de noter dans ce contexte que la Cour européenne des droits de l’Homme, saisie en appel par l’Italie, a infirmé le 18 mars dernier son précédent jugement de 2009 sur le sujet et a jugé que  l’Italie n’avait pas à décrocher les crucifix des murs de ses écoles publiques. Ces symboles religieux n’ont selon elle pas d’influence sur les élèves. Pour la cour, la pose d’un crucifix «ne suffit pas pour parler d’une démarche d’endoctrinement». Toujours selon les juges de Strasbourg, un crucifix apposé sur un mur est  un symbole essentiellement passif, dont l’influence sur les élèves ne peut être comparée  à un discours didactique ou à la participation d’activités religieuses. La Cour a également tenu compte de la place prépondérante d’une religion dans l’histoire d’un pays.  A  noter que la Cour constitutionnelle autrichienne a rendu  un jugement similaire. Pour revenir au Valais, notre canton n’est en outre pas régi par la laïcité, à la différence de Genève par exemple, mais par la neutralité confessionnelle.
Vincent Pellegrini

mercredi 16 mars 2011

Le Valais ne veut-il plus de crucifix dans ses classes?

Le Grand Conseil valaisan - parlemement cantonal en Suissse - a refusé à une immense majorité un postulat demandant qu'il y ait un crucifix accroché dans chaque classe du canton. Le postulat a été déposé par l'Union démocratique du Centre (UDC) très minoritaire au Grand Conseil. Après le refus du PDC (Parti démocrate chrétien), majoritaire, l'UDC a fait le communiqué suivant. On peut se demander en tout cas si le PDC mérite encore son C....


======================================================================

Guy Genoud, relève-toi!
Communiqué de l'UDC du Valais romand
Ils sont 68, au Grand Conseil valaisan, les élus dont le parti, contrairement aux autres,
croit pouvoir revendiquer l'étiquette chrétienne dans sa dénomination.

Mais sur les 118 élus qui ont participé au vote (au fait, où étaient les autres?),
il n'étaient que... 6, dans tout le Parlement, à part les 12 élus en bloc des groupes UDC
et SVPO/Freie Wähler, à soutenir un postulat que les députés Franz Ruppen et Eric Jacquod
avaient déposé au nom des deux groupes et qui demandait, tout simplement,
 que l'on veille à ce que dans chaque salle de classe d'une école publique valaisanne,
 un crucifix rappelle aux élèves la foi de nos pères. Et pourtant, dans ses propos finaux,
Franz Ruppen a rappelé ces fortes paroles qu'un ancien président de section locale du PDC
 a osé écrire, il y a quelques jours seulement, dans un courrier de lecteur dont nul n'a oublié les fortes par
oles : "Guy Genoud, relève-toi, ils sont tous devenus fous!".
Dans ce débat, on a entendu un peu de tout, de l'intervention haineuse du député PDC Pascal Bridy (lançant un anathème à ceux qu'il croyait pouvoir accuser d'intolérance et même... de racisme - sic) à celle, de haute tenue, d'un autre élu du PDC du Valais romand qui, lui, a compris que l'objectif de ce postulat, bien loin de vouloir raviver quelque guerre que ce soit et de révéler quelque volonté d'exclusion que ce soit, était, tout simplement, en affichant le signe de l'événement fondateur de la foi de nos père et avec elle de notre civilisation, d'avoir le courage d'affirmer aux yeux de tous notre attachement à la foi et à la tradition chrétiennes. On a également entendu le président du parti qui, ces temps-ci, en est à essayer de définir la signification du "C" de sa dénomination qialifier les auteurs du postulat de... "gardiens de musée" (comme si le crucifix, pour lui et pour le parti qu'il préside, était devenu un objet de musée?).


Quant à l'un des auteurs du postulat, le déupté Eric Jacquod, voici ce qu'il a déclaré au nom du groupe UDC :


"Au-dessus de la tête du Président du Grand Conseil est suspendu un crucifix. Je ne sais pas depuis quand il y est, mais j'imagine qu'il a vu défiler bon nombre de présidents, de conseillers d'Etat, de chanceliers, de députés, de fonctionnaires du Service parlementaire. Il est là pour rappeler la foi de nos pères invoquée lors de l'assermentation par certains. Mais il est aussi là pour ceux qui ne l'invoquent pas. Il rappelle une foi à ceux qui la partagent, mais aussi une culture. C'est un symbole, pour tous. Comme la fresque au-dessus est aussi pleine de symboles. Et pourtant, la présence de ce crucifix n'empêche en rien que des partis ne se réclamant pas du Crucifié puissent siéger dans cette salle. Elle n'oblige en rien le Conseil d'Etat de militer pour le christianisme. Elle n'est pas non plus un frein à la liberté de parole de notre assemblée.

Ce qui est valable pour notre salle de réunion, doit l'être aussi pour les salles de classe de ce canton. Le crucifix est un symbole clair. Pour les chrétiens, il est le signe d'un Dieu qui a montré sa Force en pardonnant à ceux qui le crucifiaient par peur ou pour garantir leurs privilèges. Pour les non-chrétiens, y compris pour les véritables libre-penseurs, c'est-à-dire ceux qui ont une pensée libre, c'est le symbole de la culture qui a participé dans une mesure prépondérante à façonner ce que notre canton est devenu.

Face à des religions conquérantes, et qui ont raison de l'être dans la mesure où elles sont persuadées de poursuivre une noble cause, le crucifix est un symbole de la manière que les chrétiens doivent mettre en oe;uvre pour conquérir le monde : la vérité, l'amour mais aussi un esprit de sacrifice.

Pour les tenants d'un laïcisme absolu, la croix est la révélation de leur incohérence : en Occident, le laïcisme ne signifie aujourd'hui plus une neutralité religieuse, mais un anti-christianisme. Ainsi, certains libres-penseurs autoproclamés réagissent de manière compulsive et irrationnelle face à des symboles qui, au pire, ne devraient leur paraître tout au plus que ridicules. Dans le calendrier scolaire édité dans l'Union européenne, on parle de toutes les fêtes islamiques, juives ou même sikhes, mais pas de Noël... Et les divers accords intercantonaux ou internationaux tendent à nous aligner sur ces décisions arbitraires de la bureaucratie.

D'autre part, le parlement est le lieu où cette décision doit être prise. Dans la mesure où les normes scolaires et les moyens financiers sont décidés par cette assemblée, il est normal que ce soit aussi nous qui décidions de la présence ou non des crucifix, et pas, finalement, nos employés. Tout comme cette salle n'est pas la salle du Président du Grand Conseil, une salle de classe n'est pas la salle de l'enseignant. En outre, cette assemblée est représentative de la population de notre canton. Elle est de ce fait d'autant plus légitimée à mener ce débat qui ne doit pas être réservé à des élites, fussent-ils professeurs.

Voilà pourquoi nous demandons au Conseil d'Etat d'étudier les possibilités qui pourront assurer la présence de crucifix dans les salles de classe de ce canton.

Et nous nous réjouissons d'entendre les débats qui ne manqueront pas dans cette assemblée. Car c'est le but de cette assemblée. Pas seulement d'édicter des règlements d'applications d'une législation imposée par Berne ou par des accords internationaux.

Vous voudrez donc bien comprendre que l'objet de ce postulat n'est en rien de relancer de quelconques guerres de religion ou d'en imposer une. Nous voulons simplement affirmer un élément fondamental de notre identité : nos racines chrétiennes."
  UDC

dimanche 13 mars 2011

La raison pour laquelle l'ancienne messe n'a jamais été interdite.

Benoît XVI a admis par écrit dans son motu proprio libéralisant l'ancienne messe que cette même ancienne messse en latin n'avait jamais été interdite contrairement à ce qu'on toujours affirmé nos évêques. Pour une raison bien simple, la bulle quo primum du pape saint Pie V en 1570 n'a jamais été abrogée par un autre pape.L'ancienne messe,  selon la bulle,  a été rétablie "conformément à la règle antique". Et la bulle est la forme la plus solennelle d 'un document papal. Et la bulle quo primum qui donne à tous les prêtres jusqu'à la fin du monde la possibilité de célébrer l 'ancienne  messe est  particulièrement solennelle,.
Voici donc cette bulle Quo Primum qui a traversé les siècles



La Bulle Quo primum: Dès le premier instant de Notre élévation au sommet de la Hiérarchie Apostolique, Nous avons tourné avec amour Notre esprit et Nos forces et dirigé toutes Nos pensées vers ce qui était de nature à conserver la pure:té du culte de l'Église, et, avec l'aide de Dieu Lui-même, Nous nous sommes efforcé de le réaliser en plénitude, en y apportant tout Notre soin. Comme parmi d'autres décisions du saint Concile de Trente, il nous incombait de décider de l'édition et de la réforme des livres sacrés, le Catéchisme, le Bréviaire et le Missel; après avoir déjà, grâce à Dieu, édité le Catéchisme pour l'instruction du peuple, et pour qu'à Dieu soient rendues les louanges qui Lui sont dues, corrigé complètement le Bréviaire, pour que le Missel répondît au Bréviaire, ce qui est convenable et normal puisqu'il sied qu'il n'y ait dans l'Église de Dieu qu'une seule façon de psalmodier et un seul rite pour célébrer la Messe, il Nous apparaissait désormais nécessaire de penser le plus tôt possible à ce qui restait à faire dans ce domaine, à savoir: éditer le Missel lui-même.
C'est pourquoi Nous avons estimé devoir confier cette charge à des savants choisis; et, de fait, ce sont eux qui, après avoir soigneusement rassemblé tous les manuscrits, non seulement les anciens de Notre Bibliothèque Vaticane, mais aussi d'autres recherchés de tous les côtés, corrigés et exempts d'altération, ainsi que les décisions des Anciens et les écrits d'auteurs estimés qui nous ont laissé des documents relatifs à l'organisation de ces mêmes rites, ont rétabli le Missel lui-même conformément à la règle antique et aux rites des Saints-Pères.
Une fois celui-ci révisé et corrigé, après mûre réflexion, afin que tous profitent de cette disposition et du travail que Nous avons entrepris, Nous avons ordonné qu'il fût imprimé à Rome le plus tôt possible, et qu'une fois imprimé, il fût publié, afin que les prêtres sachent quelles prières ils doivent utiliser, quels sont les rites et quelles sont les cérémonies qu'ils doivent conserver dorénavant dans la célébration des Messes: pour que tous accueillent partout et observent ce qui leur a été transmis par l'Église romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres Églises, et pour que par la suite et dans les temps à venir dans toutes les églises, patriarcales, cathédrales, collégiales et paroissiales de toutes les provinces de la Chrétienté, séculières ou de n'importe quels Ordres monastiques, tant d'hommes que de femmes, même d'Ordres militaires réguliers, et dans les églises et chapelles sans charge d'âmes dans lesquelles la célébration de la messe conventuelle à haute voix avec le Chœur, ou à voix basse selon le rite de l'Église romaine est de coutume ou d'obligation, on ne chante ou ne récite d'autres formules que celle conforme au Missel que Nous avons publié, même si ces églises ont obtenu une dispense quelconque, par un indult du Siège Apostolique, par le fait d'une coutume, d'un privilège ou même d'un serment, ou par une confirmation apostolique, ou sont dotées d'autres permissions quelconques; à moins que depuis la première institution approuvée par le Siège Apostolique ou en vertu de la coutume, cette dernière ou l'institution elle-même aient été observées dans ces mêmes églises depuis deux cents ans au moins, d'une façon continue, pour la célébration des messes. Dans ce cas, Nous ne supprimons aucunement à ces églises leur institution ou coutume de célébrer la messe; mais si ce Missel que Nous avons fait publier leur plaisait davantage, de l'avis de l'Évêque ou du Prélat, ou de l'ensemble du Chapitre, Nous permettons que, sans que quoi que ce soit y fasse obstacle, elles puissent célébrer la messe suivant celui-ci.
Par Notre présente constitution, qui est valable à perpétuité, Nous avons décidé et Nous ordonnons, sous peine de Notre malédiction, que pour toutes les autres églises précitées l’usage de leurs missels propres soit retiré et absolument et totalement rejeté, et que jamais rien ne soit ajouté, retranché ou modifié à Notre missel, que nous venons d’éditer.
Nous avons décidé rigoureusement pour l'ensemble et pour chacune des églises énumérées ci-dessus, pour les Patriarches, les Administrateurs et pour toutes autres personnes revêtues de quelque dignité ecclésiastique, fussent-ils même Cardinaux de la Sainte Église romaine ou eussent-ils tout autre grade ou prééminence quelconque, qu'ils devront, en vertu de la sainte obéissance, abandonner à l'avenir et rejeter entièrement tous les autres principes et rites, si anciens soient-ils, provenant des autres missels dont ils avaient jusqu'ici l'habitude de se servir, et qu'ils devront chanter ou dire la Messe suivant le rite, la manière et la règle que Nous enseignons par ce Missel et qu'ils ne pourront se permettre d'ajouter, dans la célébration de la Messe, d'autres cérémonies ou de réciter d'autres prières que celles contenues dans ce Missel.
Et même par les dispositions des présentes et au nom de notre autorité apostolique, Nous concédons et accordons que ce même missel pourra être suivi en totalité dans la messe chantée ou lue, dans quelque église que ce soit, sans aucun scrupule de conscience et sans encourir aucune punition, condamnation ou censure, et qu’on pourra valablement l’utiliser librement et licitement, et cela à perpétuité.
Et, d’une façon analogue, Nous avons décidé et déclarons que les supérieurs, administrateurs, chapelains et autres prêtres de quelque nom qu’ils seront désignés, ou les religieux de n’importe quel ordre, ne peuvent être tenus de célébrer la messe autrement que nous l’avons fixée, et que jamais et en aucun temps qui que ce soit ne pourra les contraindre et les forcer à laisser ce missel ou à abroger la présente instruction ou la modifier, mais qu’elle demeurera toujours en vigueur et valide, dans toute sa force, nonobstant les décisions antérieures et les constitutions et ordonnances apostoliques, et les constitutions générales ou spéciales émanant de conciles provinciaux et généraux, pas plus que l’usage des églises précitées confirmé par une prescription très ancienne et immémoriale, mais ne remontant pas à plus de deux cents ans, ni les décisions ou coutumes contraires, quelles qu’elles soient.
Nous voulons, au contraire, et Nous le décrétons avec la même autorité, qu'après la publication de Notre présente Constitution, ainsi que du Missel, tous les prêtres qui sont présents dans la Curie romaine soient tenus de chanter ou de dire la Messe selon ce Missel dans un délai d'un mois: ceux qui sont de ce côté des Alpes, au bout de trois mois: et enfin, ceux qui habitent de l'autre côté des montagnes, au bout de six mois ou dès que celui-ci leur sera offert à acheter.
Et pour qu'en tout lieu de la Terre il soit conservé sans corruption et exempt de fautes et d'erreurs, Nous interdisons par Notre autorité apostolique et par le contenu d'instructions semblables à la présente, à tous les imprimeurs domiciliés dans le domaine soumis directement ou indirectement à Notre autorité et à la sainte Église romaine, sous peine de confiscation des livres et d'une amende de deux cents ducats d'or à payer au Trésor Apostolique, et aux autres, domiciliés en quelque lieu du monde, sous peine d'excommunication et d'autres sanctions en Notre pouvoir, de se permettre en aucune manière ou de s'arroger le droit de l'imprimer ou de l'offrir, ou de l'accepter sans Notre permission ou une permission spéciale d'un Commissaire Apostolique qui doit être chargé par Nous de ce soin, et sans que ce Commissaire n'ait comparé avec le Missel imprimé à Rome, suivant la grande impression, un original destiné au même imprimeur pour lui servir de modèle pour ceux que ledit imprimeur doit imprimer, ni sans qu'on n'ait préalablement bien établi qu'il concorde avec ledit Missel et ne présente absolument aucune divergence par rapport à celui-ci.
Cependant, comme il serait difficile de transmettre la présente lettre en tous lieux de la Chrétienté et de la porter tout de suite à la connaissance de tous, Nous ordonnons de la publier et de l'afficher, suivant l'usage, à la Basilique du Prince des Apôtres et à la Chancellerie Apostolique, ainsi que sur le Champ de Flore, et d'imprimer aussi des exemplaires de cette même lettre signés de la main d'un notaire public et munis du sceau d'une personnalité revêtue d'une dignité ecclésiastique, auxquels on devra partout, chez tous les peuples et en tous lieux, accorder la même confiance absolument exempte de doute que si l'on montrait ou exposait la présente.
Qu’absolument personne, donc, ne puisse déroger à cette page qui exprime Notre permission, Notre décision, Notre ordonnance, Notre commandement, Notre précepte, Notre concession, Notre indult, Notre déclaration, Notre décret et Notre interdiction, ou n’ose témérairement aller à l’encontre de ses dispositions. Si cependant quelqu’un se permettait une telle altération, qu’il sache qu’il encourrait l’indignation de Dieu tout-puissant et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul.
Donné à Rome, à Saint-Pierre, l'An mil cinq cent soixante-dix de l'Incarnation du Seigneur, la veille des Ides de juillet, en la cinquième année de Notre Pontificat
Une Bulle est le document le plus solennel qui émane d'un Pape. D'ordre gouvernemental ou législatif, elle intéresse toute l'Église et oblige rigoureusement en conscience. La Bulle Quo primum, donnée le 14 juillet 1570 et valable à perpétuité, n 'a jamais été annulée, si elle pouvait l'être, par les successeurs de saint Pie V.

jeudi 10 mars 2011

Il a osé l'admettre

Des statistiques ont mis en évidence en 2008, à l'échelle de la Suisse, le manque de prêtres. En Valais aussi où la moyenne d'âge des curés en activité dans une paroisse était de 62 ans! Depuis 1978, 147 prêtres diocésains sont décédés,  et seulement 53 ont été ordonnés (chiffres 2009)! Et la relève n'est pas là.  Avec cinq candidats valaisans (en 2008) à la prêtrise au séminaire diocésain  de Givisiez (Fribourg) et une moyenne de deux ordinations  par an entre 1991-2005, la relève n'est pas
assurée pour les 160 communes du canton…Pourquoi? un prêtre, interviewé par le journal Le Nouvelliste sur une ordination cette année, a eu le courage d'admettre que le manque de vocations était dû à l'après Vatican II. On sait depuis longtemps ce que cela veut dire. La messe désacralisée et définie dans des documents officiels comme "l'assemblée du peuple de Dieu sous  la présidence du prêtre". Une vulgarisation excessive  de la messe issue d'une fausse interprétation de la note 34 de la constitution conciliaire sur la liturgie (le Concile Vatican II  célébrait l'ancienne messe, la messe de Paul VI n'arrivant qu'en 1969). Bref, une perte de l'esprit surnaturel et une  confusion entre le sacerdoce consacré et le sacerdoce du peuple de Dieu baptisé. C'est pourquoi un diocèse comme celui de Sion résiste tant aux demandes d'application du motu proprio libéralisant l'ancienne messse. On a oublié que Dieu devait tenir la première place, même en liturgie!


Vincent Pellegrini

samedi 5 mars 2011

Misons sur les jeunes

Un appel aux jeunes
INTERVIEW. Pour le curé de Savièse, la bonne volonté ne manque pas chez les jeunes face à la religion mais il faut trouver les moyens de les atteindre.

Par  Vincent Pellegrini

Comment évangéliser la jeunesse quand on est curé d’une paroisse où souvent la moyenne d’âge de l’assistance à la messe dominicale est plus proche de la retraite que des bancs d’école. Nous avons demandé à un curé, Jean-François Luisier, à Savièse, s’il fallait se résigner où s’il existait des «recettes»…
Jean-François Luisier, vous avez organisé le 25 février dernier une opération «cure ouverte» pour les jeunes. Est-ce une formule  qui marche à l’heure où l’on voit peu de jeunes à la messe?
Septante-cinq jeunes sont venus! Le but était de mettre en contact et en réseau des jeunes car après l’âge de quinze ans et la fin du CO ils ne trouvent plus forcément leur compte dans les messes  dominicales de leur paroisse. Il faut aussi trouver un langage qui leur parle.  Ainsi, la  soirée cure ouverte était présentée ainsi:  «La cure de Savièse, un  espace de mixage Fun & Foi où se côtoient des jeunes en recherche et des convaincus de Dieu. Lieu convivial à disposition pour  des jeunes  branchés  vertical. 3e édition.» On pourrait dire qu’il y a une grande paroisse de jeunes invisible, non –territoriale ! Le diocèse en est bien conscient puisqu’il a confié à l’abbé David Roduit, aumônier de collèges, la responsabilité de la pastorale diocésaine de la jeunesse.
Et que faites-vous avec les jeunes dans une soirée «cure ouverte» de 19 à 1 heure avec «repas à toute heure»? 
Ceux qui ont la foi se retrouvent entre eux, se sentent moins  seuls et ils entraînent d’autres jeunes qui n’ont pas forcément la foi. Les jeunes attirent et évangélisent les jeunes dans ce genre de soirées car ils n’affichent pas facilement leur foi à l’école, en apprentissage ou aux études. Dans une soirée organisée pour les jeunes, qu’ils soient saviésans ou non, c’est plus facile car convivial. Le 25 février, il y a des jeunes qui sont descendus d'Anniviers ou de Bagnes! Nous avions  invité Florent Troillet, le champion de ski-alpinisme et sportif de Dieu, qui a fait un beau témoignage sur sa  famille et sa foi. Ensuite, ont été projetés des extraits filmés d’Aurélia Lugon, une jeune fille qui a pris l’habit dans une communauté  religieuse, avec en complément le témoignage de ses frères et sœurs. Ont aussi été projetées  quelques belles séquences souvenir  de Jean-Paul II dans le contexte de sa  béatification. Jean-Paul II  qui a relancé l’évangélisation des jeunes. L'adoration est toujours offerte dans ces soirées. Et le parcours sportif des 7 sacrements à la salle de gym était drôle. A l’heure où l’on voit moins de jeunes dans les églises le dimanche, l’Esprit Saint a  voulu que des jeunes se mettent en route  pour évangéliser  d’autres jeunes. C’est la génération des JMJ qui s’est trouvée décomplexée pour parler de ses convictions.
Vous êtes actif dans des mouvements pour jeunes comme les DJP (déjeune qui prie) et NAPP («N’ayez pas peur» www.napp.ch). Pourquoi?
Je fais effectivement partie de ces prêtres qui sont parfois des locomotives mais aussi tirés eux-mêmes en avant par des jeunes qui en veulent. Ce qui est réconfortant, c’est de découvrir que l’on peut en général facilement faire sentir le besoin de prier aux jeunes. Ils sont pleins de  bonne volonté. Mais c’est surtout en famille que l’initiation à la foi doit commencer. Car ensuite et en dehors  il n’est pas facile de se ménager des temps de respiration le week-end dans cette civilisation des loisirs, mais je sais qu’au fond  le jeune est intact dans sa soif de spiritualité. Il accepte même de redécouvrir le beau chapelet qui peut être associé à  une marche, lors d’un pèlerinage à peau de phoque, en bus, etc., car ce n’est pas un exercice de fixation comme l’adoration du Saint-Sacrement ou un exercice cérébral comme l’étude biblique. Le chapelet, c’est la prière du pèlerin, le psautier du pauvre, donner la main à Marie.
Vous dites que la première évangélisation incombe aux parents.
Exactement. Il faudrait prier en famille avec les  tout-petits dans leur chambre ou au salon tous les soirs. Faire de la messe un projet familial du week-end. Pour les adolescents, le fond est souvent  là, mais ensuite le jeune doit se former une personnalité spirituelle. L’idéal est que le jeune soit invité par un autre jeune car il a besoin de savoir avec qui il sera.  
Mais la pratique religieuse des jeunes est faible
Ca, ce sont de bonnes souffrances de prêtre, moi je me réjouis  quand quelques-uns sont là. C’est déjà beaucoup pour notre époque. Et ce qui touche le plus les jeunes, ce sont les enseignements nourrissants. Les jeunes  aiment que les choses soient claires. Ils veulent la Vérité dans  toute son exigence et toute sa beauté.
Mais l’exigence de sainteté du christianisme n’éloigne-t-elle pas les jeunes de la pratique religieuse?
Non, c’est plutôt le conditionnement de notre société qui les éloigne. Il nous faut sans cesse informer et inviter, les inciter à entrer dans ces groupes qui ne sont pas du tout ennuyeux ou à  des rencontres comme le festival Theomania, les montées vers Pâques, etc. La convivialité est très importante. Elle rapproche le jeune en recherche des jeunes convaincus. Jean Paul II a donné une réelle impulsion à la pastorale des jeunes en lançant les JMJ (Journées mondiales de la jeunesse). Pour ma part j’incite les jeunes à prendre un temps, si possible une année sabbatique, pour approfondir leur foi, comme propose Point-Cœur, l’institut Philanthropos, Jeunesse-Lumière de Daniel Ange, qui est une école d’évangélisation, la Garde Pontificale, etc. Dans  la masse des jeunes il y en a de magnifiques qui nous aident et prennent en main l’organisation des temps d’évangélisation.


samedi 26 février 2011

Dépression et spiritualité

INTERVIEW
Livre. Un prêtre valaisan trace des chemins d’espérance contre l’angoisse et la dépression.

Propos recueillis par Vincent Pellegrini

Les Editions des Béatitudes ont publié récemment le livre d’un prêtre valaisan, Joël Pralong, curé dans le secteur paroissial de Nendaz. Il est intitulé «Angoisse, dépression, culpabilité» et sous-titré «Un chemin d’espérance avec Thérèse de l’Enfant-Jésus». L’ouvrage est  préfacé par le cardinal Henri Schwery. Notre interview.
Joël Pralong, pourquoi avez-vous écrit ce livre qui traite de la dépression et de l’angoisse?
C’est un thème que j’ai toujours voulu traiter car j’ai eu  une formation et j’ai fonctionné comme infirmier en soins psychiatriques avant d’entrer au séminaire. Or, dans mon travail d’infirmier, j’ai vécu la frustration de voir en quelque sorte la psychiatrie moderne réduire l’âme humaine. Je veux parler de la réduction de l’âme à ses seules perceptions. Je me suis dit aussi que dans la psychiatrie moderne, telle que je l’ai vécue, Dieu était le grand absent. J’avais en outre l’impression que l’on oubliait un peu qu’il y a toujours une capacité d’aimer et d’être aimé derrière chaque patient. Il y a une partie profonde de l’être que la maladie n’atteint pas. Et il y a dans toute âme quelque chose de plus grand qui dépasse tout.
Mais vous reconnaissez quand même l’existence de la dépression...
Bien sûr qu’elle existe et il faut accepter qu’elle soit traitée médicalement, mais il faudrait aussi creuser du côté du spirituel pour aider la personne à aller mieux. Il  faut sonder ce qu’est l’homme pour une rencontre entre les dimentions spirituelles et psychologiques.
Quelle est la différence au fond entre le psychothérapeute et le prêtre ?

C’est une vaste question car le prêtre et le psychothérapeutes ont deux regards complémentaires. Voyons un aspect des choses. Le thérapeute renvoie le patient à lui-même en le poussant à plonger dans son passé pour qu’il trouve lui-même les raisons de son mal-être. Il ne donne pas une solution toute faite et ne se prononce pas non plus sur la responsabilité morale. Disons que la psychothérapie aide à se libérer des comportements et des modèles erronés acquis. Par contre, dans la démarche sacramentelle, il y a trois personnes: le pénitent, le prêtre et Dieu. Le prêtre écoute le pénitent ou le fidèle dans une attitude d’accueil et de compassion. Mais loin de le fixer sur son  passé, il l’invite à se tourner vers un Autre, en l’occurrence Dieu, qui pardonne et tire un trait sur le passé. Le prêtre nourrit l’espérance au présent.
Mais pourquoi lier dépression et spiritualité ?
On ne peut pas nier que la dépresssion soit responsable du délabrement  d’êtres très attachants. Il faut même dire aux personnes dépressives de bien prendre leurs médicaments.  Mais il y a aussi quelque chose à travailler du côté spirituel pour aider les personnes à aller mieux.  Viktor Frankl disait que dans  les camps nazis les personnes ayant la foi tenaient plus longtemps sans sombrer dans le désespoir. Par la suite, des études ont pu démontrer que la religion est une aide puissante pour soutenir les gens au quotidien. Un quart des dépressions nerveuses sont d’origine existentielles. Elles émanent d’une société suffisante ou les personnes souffrent d’un  manque de sens et de but ultime.
On trouve tout au long de votre livre l’exemple de sainte Thérèse de Lisieux (sainte Thérèse de l’Enfant Jésus). Voulez-vous dire qu’elle était dépressive ?
Oui, la petite Thérèse a sombré vers l’âge de 13 ans dans une maladie à caractère psychiatrique. A tel point qu’à un moment donné on l’a crue perpétuellement perdue. Elle a fait une sorte de dépression. Dans ce livre je montre qu’elle a réussi à dépasser cette maladie non seulement grâce à la médecine et à la compassion des gens qui l’entouraient, mais aussi grâce à Dieu. Sainte Thérèse n’a jamais guéri  complètement de ses angoisses, mais il lui a été possible de les assumer dans un amour plus grand, non  plus comme une fatalité, mais comme le lieu même de la rencontre entre la force divine et la faiblesse humaine pour dire avec saint Paul: «Je peux tout en Celui qui me rend fort ». Dieu est aussi venu  sortir de son trouble sainte Thérèse.
Vous voulez parler de la «petite voie» de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus?
Oui. Cette «petite voie» c’est s’accepter tel qu’on est. Et que l’on ne peut donc pas faire plus que ce qu’on est. Que Dieu nous aime tels que nous sommes. La petite voie est une voie d’acceptation, de confiance et d’abandon malgré l’angoisse. Se dire qu’on est dans les mains de Dieu et faire tout ce que l’on peut avec un maximum d’amour. La présence de Dieu vient ainsi apaiser le psychisme qui souffre. Souvent dans la dépression il y a une dévalorisation de soi qui finit par un dégoût de soi. La culpabilité est également très destructrice. Même le sentiment de culpabilité, s’il est selon Dieu, nous fait regarder Dieu et nous prépare au pardon. Et dans l’angoisse, sans Dieu, on ne voit plus que son échec.
Mais l’angoisse et le sentiment de culpabilité touchent une foule de gens. Que doivent-ils faire? Prier?
Comme je vous l’ai dit, lorsque le sentiment de culpabilité et l’angoisse deviennent trop forts, il faut se faire aider par un psychiatre. Tout notre être s’appuie sur la pierre angulaire aimer et être aimé. L’angoisse fondamentale, plus ou moins consciente, d’être rejetés ou exclus menace notre équilibre. Jusqu’à nous jeter parfois dans la culpabilité morbide, le désespoir et la dépression, voire le suicide. Mais Thérèse de Lisieux, la plus grande sainte des temps modernes, qui a connu elle aussi des nuits d’angoisse et de dépression se heurtant au non-sens de la vie a été rattrapée par Dieu au creux de cet abîme. Par son amour puissant, il l’a maintenue à la surface. C’est ce que j’ai voulu montrer dans ce livre. J’ai par ailleurs prévu de faire paraître aux éditions des Béatitudes un petit complément pratique pour combattre ses pensées négatives.