mardi 18 janvier 2011

ENBIRO: Enseignement biblique romand: Enbiroscopie d’un pseudo manuel religieux en Valais-Suisse

Enbiro ou la trahison de l'enseignement des religions


«Quand on représente une cause (presque) perdue, il faut sonner de la trompette, sauter sur son cheval et tenter la dernière sortie, faute de quoi l’on meurt  de vieillesse triste au fond de la forteresse oubliée que personne n’assiège plus parce que la vie s’en est allée ailleurs. »   Jean Raspail


Enbiroscopie d’un manuel d’espéranto religieux (par Vincent Pellegrini)

Examen critique  du  nouveau manuel scolaire d’histoire  des religions  Enbiro (volumes 1 et 2 de la nouvelle collection  «Au fil du temps»)

Enbiro, “Au fil du temps – collection à la découverte des religions,
volume 1”



Les volumes 1 et 2 de la nouvelle collection  “Au fil du temps – A la découverte des religions” ont été distribués à la rentrée scolaire 2003 aux élèves de 3e et 4e primaires du Valais (canton à très forte majorité catholique de Suisse pour nos lecteurs étrangers). Ce moyen d’enseignement des religions est également utilisé par d’autres cantons de Suisse romande (les jeunes des cantons de Vaud, Fribourg, Jura et de la partie francophone du canton de Berne sont eux aussi concernés). Tout n’est pas mauvais dans cette nouvelle collection  (Editions Enseignement Biblique et Interreligieux Romand – ENBIRO), mais l’incapacité des institutions à poser un regard suffisamment critique sur ce manuel (du moins si l’on se base sur le discours officiel, car nous savons qu’elles sont conscientes des faiblesses de la méthode, du moins en ce qui concerne l’évêché de Sion) nous oblige à faire une étude ciblant les défauts de ce nouveau moyen d’enseignement. Cette analyse – puisse-t-elle servir à alimenter un débat franc et sans tabou -  n’est donc pas le fruit d’un manichéisme excessif et prompt à tout noircir, même si elle conclut au fait qu’Enbiro ne devrait pas être enseigné en Valais (ce qu’ont demandé dans ce canton 2000 personnes en signant une pétition qui a été remise au Grand Conseil valaisan en janvier 2004). Mais l'évêque de Sion n'en a pas tenu compte et a introduit la  méthode dans les classes. Il a même refusé de recevoir un groupe de parents de Grimisuat. Il n'a même pas répondu à l'envoi que je lui ai fait de cette étude critique. Bref, du côté de l'Eglise ce fut la reculade et le non-dialogue. Claude Roch, le chef du Département de l'éducation m'a même avoué personnnellement (je pourrrais dire où) "qu'un seul mot de  l'évêque et il enlevait la méthode". Et même le chef de l'enseignement Jean-François Lovey a reconnu devant moi la qualité de mon étude et il a admis la faiblesse de la délégation valaisanne dans la rédaction d'Enbiro avec les protestants. Quelques corrections ont été faites: insuffisantes:   Cette étude reflète l’opinion et la situation de parents catholiques valaisans. Il serait intéressant de faire faire une étude critique similaire  par des parents protestants dans un autre canton que le Valais. Il nous semble en tout cas, au terme de notre étude, qu’Enbiro  livre  un christianisme standardisé et normalisé sur les canons de ce temps afin de pouvoir être dispensé par des enseignants de toutes croyances ou athées; de sorte que, in fine, le christianisme de ce manuel ne satisfait même plus au plus petit dénominateur commun des confessions chrétiennes. Nous allons le démontrer à travers les exemples ci-dessous. Nous nous attacherons dans un  premier temps à analyser dans ses grandes lignes le volume 1. On notera au passage que les  volumes 1 et 2 de la nouvelle collection Enbiro ont été distribués en Valais aux enfants de 3e et 4e primaire, qui ont 8 à 10 ans, alors que la méthodologie de l’ouvrage distribuée aux enseignants recommande ces volumes pour des enfants de 9 à 11 ans (page IX). C’est d’autant plus regrettable que ces volumes d’Enbiro comportent déjà bien des éléments qui ne sont pédagogiquement pas adaptés à des jeunes enfants de l’école primaire…  La dernière collection d’Enbiro (Enseignement biblique et interreligieux romand) représente une rupture profonde avec l’instruction religieuse pratiquée en Valais jusqu’à la rentrée scolaire  2003. «Traditionnellement, l’enseignement de la religion se situait, explicitement ou non, à l’intérieur et dans la mouvance de la tradition judéo-chrétienne occidentale »,  reconnaît la méthodologie (page VII). En rupture avec cette orientation, Enbiro dispense désormais des «connaissances», terme vague et interprétable de multiples façons. La méthodologie, en page XV, parle des «pièges déjouer» et range parmi ceux-ci la «moralisation» qui «donne aux événements du texte (biblique) une interprétation précise au mépris de la complexité». Cette  même méthodologie met en garde contre «l’interprétation» qui est «inévitablement subjective» et précise par exemple «que l’école ne peut pas enseigner la portée de la croix sur le salut de l’humanité» (page VII). C’est pourtant là le cœur de l’interprétation chrétienne des Ecritures. Autrement dit, pour Enbiro qui écarte cette dimension, il ne faut pas expliquer aux élèves ce que «Sauveur» veut dire pour les chrétiens, ni que le Christ a une nature divine, car cela relève déjà d’une interprétation chrétienne trop poussée des Ecritures, comme on peut le constater dans le manuel de l’élève  et dans la méthodologie à l’usage des enseignants, où il n’est jamais dit explicitement que pour les chrétiens Jésus est Dieu. Une seule fois (dernier paragraphe de la page 30 du manuel), on dit pour répondre à la question «Qui est-il? »: «Ses disciples, qui deviendront les premiers chrétiens, en sont convaincus: il est le Sauveur attendu par les Israélites, le Messie (le Christ), le Fils de Dieu». Cette «croyance» demeure donc subjective et liée à la seule opinion des disciples. Elle n’est pas «révélation». Aucune explication n’est donnée à l’élève  sur la nature du Christ, et la méthodologie précise même pour  l’enseignant, au sujet de cette page 30: «Il ne s’agit pas de faire un portrait apologétique de Jésus, mais de s’en tenir aux faits rapportés par la Bible. (…) Pour conclure, lire ou faire lire les deux derniers paragraphes en page 30 du livre de l’élève.  Laisser la dernière question ouverte car y répondre est affaire de conviction et de foi.» Autrement dit, à la page 30 du manuel intitulée  “Qui est-il ?”, il ne faut surtout pas dire aux enfants que pour les chrétiens les expressions «Sauveur», «Messie» et «Fils de Dieu» signifient que Jésus est Dieu. Même s’il s’agit d’une première approche de Jésus, l’essentiel du christianisme est tu dans Enbiro et l’approche culturelle minimale  de cette religion n’est même pas réalisée.  Il manque LA connaissance principale  et indispensable (la divinité du Christ) même  si l’on ne se trouve pas dans une perspective catéchétique  d’éveil à la foi.
En fait, ce crypto-arianisme relève de la philosophie générale même d’Enbiro. On part de la Bible et «sur ces bases attestées, il est ensuite possible de lancer un débat, de confronter des opinions, de marquer les différences d’interprétations», lit-on à la page VIII de la méthodologie qui pose à juste titre cette question:  «L’ouverture des esprits à des points de vue différents conduit-elle au relativisme?», avant de répondre : «Elle écarte d’abord l’impérialisme  d’une pensée unique, qui se voudrait seule détentrice de la vérité» (citation de Bernard Descouleurs). Que penser d’un manuel d’instruction religieuse qui stigmatise «l’impérialisme» de  la «vérité» et qui demande aux enseignants de ne pas dire aux enfants quelles sont les principales vérités chrétiennes, comme par exemple la divinité du Christ qui constitue pourtant la clef de voûte de l’édifice dogmatique de la maison chrétienne? Simplement qu’Enbiro propose, comme le précise la méthodologie en page 66, «une synthèse des diverses connaissances géo-historiques et socio-culturelles». C’est méthodologiquement assez grave, car écarter la tradition et l’interprétation chrétiennes revient à parler d’une religion pré-chrétienne mais certainement pas chrétienne. On est avec Enbiro en présence d’un christianisme pulvérulent. C’est en tout cas un déni du catholicisme. Le manuel – volume 1 – «établit un premier portrait de Jésus en dressant le bilan de ses activités et se conclut sur une interrogation – qui est-il? – qui laisse entrevoir sa dimension prophétique» (méthodologie, page 66, au sujet de la dernière étape du module sur Jésus). Un Jésus ramené à sa seule dimension prophétique et désormais compatible avec la théologie musulmane qui ne voit en lui qu’un prophète. Un Jésus conciliable  donc avec Mahomet et l’Islam qui  font l’objet d’une véritable instruction dans ce volume 1 censé plaire à tous les «gens du Livre» (le but ouvertement avoué en Valais est que tous les enfants suivent les cours d’instruction religieuse  et qu’il n’y ait plus motif à demander une dispense, même si cette dérogation reste possible).
Autre problème: les déficiences pédagogiques de l’ouvrage qui n’est pas adapté à des enfants très jeunes. Des enfants devenus des analphabètes du christianisme et qui  sont embrouillés par le fait que le volume 1 d’Enbiro (mais aussi le volume 2) met sur un même pied toutes les religions, comme s’ils n’étaient pas issus d’une culture à prédominance chrétienne. Des enfants qui ne peuvent pour la plupart pas savoir par exemple ce que l’expression «Fils de Dieu» veut dire. Il faut le leur expliquer un tant soit peu et parler explicitement  de la divinité du Christ (si on n’y croit pas, on n’est pas chrétien….). Or, l’expression Fils de Dieu, qui ne trouve pas explication dans le manuel et dans la méthodologie, n’est pas suffisante pour faire saisir à l’enfant la nature de Jésus, tout comme de dire que le Christ a guéri une femme infirme (page 28). Ce sont des attributs divins pour un théologien mais pas pour un enfant, tout comme le pardon accordé à la femme de mauvaise réputation chez Simon (seule la méthodologie parle  de pardon au sujet de cet épisode, à la page 96, le manuel  le taisant et mettant en évidence  uniquement l’aspect de l’acceptation de l’autre). Parler de la résurrection du Christ (page 36 du manuel) ne suffit pas non plus sans explication adéquate. Même la méthodologie ne conclut pas à l’existence d’attributs divins chez le Christ à partir de la résurrection et des éléments évoqués ci-dessus (guérison, pardon). En tout cas, dire simplement à des enfants, sans explication, que Jésus est Fils de Dieu, ne leur permet pas de saisir sa divinité. L’Ecriture ne dit-elle pas dans le Sermon sur les Béatitudes: «Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés fils de Dieu»? Ne dit-on pas communément que nous sommes des enfants de Dieu? Les Ariens, aux IV-Ve siècles, ne croyaient pas en la divinité du Christ (pour eux le Logos était créé) mais ils acceptaient  pourtant l’appellation de Fils de Dieu pour Jésus. Au point par exemple que les évêques de Gaule, à cause du royaume burgonde qui était passé à l’arianisme,  lorsqu’ils parlaient de Jésus, précisaient souvent “Christus Deus”, Christ Dieu comme par exemple dans la Passion décrivant le martyre de Saint Maurice d’Agaune - rédigée par l’évêque Eucher de Lyon - où le primicier  Maurice confesse: «filium ejus Jesum Christum deum credimus» («Nous croyons en son Fils Jésus-Christ, Dieu»). Dans l’Epître aux Galates (3, 26-28), saint Paul explique: «Frères en Jésus-Christ, vous êtes tous fils de Dieu. » Et chez les anciens Egyptiens, les pharaons se faisaient aussi appeler fils de Dieu (par exemple le grand hymne au dieu unique Aton sous Akhenaton), ce qui a d’ailleurs nourri certaines interprétations christologiques récentes. Or, la christologie du volume 1 d’Enbiro est plus proche de l’Ancien que du Nouveau Testament. Elle laisse penser aux enfants qu’il n’y a pas de rupture doctrinale entre le judaïsme contemporain et le christianisme d’aujourd’hui. Mais si Jésus n’est qu’un prophète, le Messie reste à venir…  Dans le volume 1 d’Enbiro, le Christ est d’ailleurs avant tout présenté comme un bon juif et quelqu’un qui n’hésite pas à transgresser la loi (page 98 du manuel par exemple). L’accomplissement  et la quasi rupture qu’il a apportés par rapport à l’Ancien Testament ne sont pas suffisamment mis en évidence; ils sont pour ainsi dire gommés…
Autre exemple emblématique  de l’esprit qui structure tout l’édifice thématique, méthodologique et idéologique d’Enbiro: celui de l’épisode relatant le recouvrement de Jésus au Temple. Le manuel de l’élève  explique que Jésus «écoute et interroge» les maîtres de la Loi. Il eût été facile d’ajouter comme l’Evangile  que ceux-ci étaient stupéfaits de son intelligence  et de ses réponses (la méthodologie affirme  même un peu péremptoirement en page 128 que Jésus ne donnait que des «éléments de réponse »… Dans la méthodologie, on propose les passages de l’Evangile correspondant à cet épisode de la vie du Christ, mais Enbiro avertit l’enseignant à la page 72: «Mise en garde: Si des questions surgissent à propos du verset 49: Ne saviez-vous pas que je dois  être dans la maison de mon Père?, l’enseignant-e ne cherchera pas à donner LA réponse. Au contraire, (…).» Pourquoi ne pas dire aux enfants, s’ils le demandent, que pour les chrétiens Jésus évoque là son lien consubstantiel avec le Père,  donc sa divinité? Parce que certains théologiens avancent aujourd’hui comme théorie que Jésus n’a pris conscience que progressivement de sa «divinité» et qu’il s’est en quelque sorte fabriqué un personnage? La méthodologie conclut d’ailleurs  à la page 73 sans rire: «Pour conclure, dresser un premier portrait de Jésus, tel qu’il apparaît dans cet épisode: il est indépendant, il fait preuve de maturité et il manifeste un intérêt pour la vie religieuse.»  Voilà un portrait bien éloigné du Christ de nos pères et de la mémoire culturelle qu’il serait utile de léguer à nos enfants… Il ne manque plus que l’analyse du psychologue. Combien faudra-t-il de volumes dans la nouvelle collection d’Enbiro pour que le Christ soit présenté de manière ressemblante à la foi chrétienne (indissociable  de la culture chrétienne), dans sa transcendance? Jésus est par exemple exposé par Enbiro comme celui qui, chez Simon, accepte la femme de mauvaise  réputation «telle qu’elle est ». Sans autre explication.  Il est en quelque sorte un exemple de la tolérance relativiste imposée par les canons contemporains, alors que Jésus a accepté avant tout le repentir sincère de Marie Madeleine  et qu’il est venu pour sauver ce qui était perdu.
C’est une herméneutique purement historiciste qui sous-tend tout Enbiro. La tradition chrétienne est presque totalement évacuée par une césure entre le Christ de l’histoire et le Christ de la foi qui ne se rejoignent plus dans la nouvelle théologie immanentiste, et ce pour des besoins académiques (approche avant tout historiciste et critique et non dogmatique ou exégétique de la théologie). Alfred Loisy (1857-1940) a été à l’époque condamné par Rome pour avoir fait cette distinction arbitraire. Et l’on notera au passage que, pour le catholicisme,  la Révélation est contenue dans les Ecritures ainsi que dans la Tradition, ce qui est très insuffisamment pris en compte par Enbiro. Est-ce dû au fait que les auteurs d’Enbiro appartiennent essentiellement au courant réformé et même à la mouvance la plus libérale  du protestantisme  si l’on en juge par le manuel ?
Enbiro apporte la démonstration qu’il est inopportun de faire un manuel d’instruction religieuse romand alors que les cultures catholique et protestante offrent des différences marquées du point de vue de la sensibilité et de l’approche du fait religieux. Enbiro présente par exemple Marie  «se décrivant elle même» en Luc 1,30 comme  «une femme à qui une grâce a été faite» (page 128 de la méthodologie) alors que c’est une parole de l’ange... De plus, dans d’autres traductions de la Bible que celle utilisée par Enbiro et dans un autre passage (que la méthodologie aurait pu mentionner par égard pour les catholiques et leur «Je  vous salue Marie»),  l’ange lui dit: «Salut comblée de grâce» (Luc 1,28), ce qui est plus fort, d’autant plus que l’ange ne l’a pas appelée par son nom mais par cette formule… Tout cela est symptomatique d’un état d’esprit d’Enbiro (en l’occurrence de sa méthodologie) vis-à-vis de la Vierge Marie.  Plus grave, en page 187 de cette même méthodologie: «D’autre part, la représentation que les chrétiens vont se faire de la Vierge Marie sera largement influencée par l’histoire mythologique et les images d’Isis». Une manière d’évacuer toute la mariologie catholique sous un vernis ethnologico-sociologique…
Le manuel Enbiro est à tel point insuffisant que l’évêque de Sion a demandé d’y adjoindre un complément qui a été réalisé par les Eglises valaisannes (Eglise  catholique et une confession protestante). Or, l’évêque de Sion a écrit  le 17 juin 2003 à tous les intervenants ecclésiaux  (catéchistes) chargés d’enseigner la religion  à l’école:  «Les moyens d’enseignement sont composés de deux éléments formant une unité: les moyens Enbiro et les compléments que nous avons demandés. En principe, la matière sera suffisamment abondante pour permettre un choix. Nous demandons toutefois à ce que, dans tous les cas, les compléments soient utilisés prioritairement.» Or, il faut savoir que pour chaque volume d’Enbiro il n’y a qu’un petit complément des Eglises de 15 pages (textes et illustrations format A 5) avec des polycopiés. Donner la priorité à ces compléments lilliputiens  par rapport au manuel de base Enbiro qui a par exemple 142 pages pour le volume 1, c’est admettre la faiblesse du nouvel enseignement des religions imposé aux petits romands… Il eût mieux valu remettre en question le choix de la méthode plutôt que de bricoler ainsi (les compléments sont de surcroît nettement insuffisants pour pallier les manques d’Enbiro).--de plus, l'évêque avait  promis des corrections dans Enbiro. Malheureusement elles sont insuffisantes. Quand c'est mal parti c'est mal parti. Surtout quand on veut l'assentiment de catholiques et de protestants libéraux...
Une chose frappe le sociologue dans Enbiro, que ce soit dans le volume 1 ou 2 de la collection «A la découverte des religions» (les autres volumes sont en préparation et couvriront progressivement toute la scolarité obligatoire,  du moins en Valais): toutes les religions et confessions sont mises de facto sur le même plan par souci de neutralité confessionnelle, mais au mépris de la culture religieuse  dominante dans les cantons (foi catholique ou protestante selon le canton). La méthode historico-critique privilégiée  par le manuel l’emporte nettement sur la tradition, ce qui donne une image très floue de la foi des chrétiens. Notons au passage que la neutralité confessionnelle est respectée à partir du moment où l’élève peut ne pas assister aux cours religieux sans avoir à fournir des motifs à sa demande de dispense. Ce syncrétisme religieux assez subtil d’Enbiro ressort de la mise en page, des textes, de la méthodologie, etc. «Juif, chrétien, musulman, le monothéisme prend des tonalités différentes (…). Les chrétiens, pour leur part, témoignent d’un monothéisme nuancé, étant donné leur foi en l’incarnation qui fait de Jésus, Fils de Dieu, un médiateur entre Dieu et les humains, ainsi qu’en la Trinité qui associe l’esprit à la réalité divine. (méthodologie du volume 1, page 244).» Toujours pas de Christ Dieu; et l’affirmation des monothéismes qui se rejoignent. L’enbirologue s’acharne à montrer aux enfants que les monothéismes se donnent la main, avec – dans le manuel - des titres du genre «Une même famille» ou «trois religions: des racines communes » (page 48) et des développements qui vont dans ce sens comme si l’islam et le christianisme étaient des religions sœurs par exemple.  La présentation de la page 49 du manuel est un cas d’école. Judaïsme et christianisme  donnent naissance au centre de la page à une fleur qui rayonne sur les autres religions ayant elles aussi comme «ancêtre» Abraham. C’est l’illustration exacte de la théologie musulmane pour laquelle  l’islam  est l’ultime révélation qui éclaire  et corrige toutes les autres, ce que nie naturellement l’Eglise catholique. En page 123, un grand graphique trace une ligne droite d’Abraham à Mahomet,  comme s’il y avait une parfaite continuité… Comme l’expliquait dans le journal «Le Temps» du 11 février un pasteur vaudois spécialisé dans le dialogue interreligieux: «Le chapitre consacré à Mohamed est de l’ordre de la foi musulmane. Il ne prend pas assez de distance par rapport à l’islam, alors que la mise en contexte est beaucoup plus développée pour les autres religions. Si j’étais professeur, je ne pourrais pas l’utiliser tel quel.» Cette distance manque même carrément (on plaint les enseignants)…  En page 132, on affirme à l’enfant sans distanciation: «Le Coran est le livre sacré des musulmans, comme la Bible  l’est pour les chrétiens et la Torah pour les juifs. Ces livres sont sacrés parce que le message de Dieu y est transcrit. Pour désigner les croyants de ces trois religions, on parle parfois de gens du Livre. Bien qu’il ne s’agisse pas du même livre, il y a un message commun.»  On ne dit pas à l’enfant que selon les musulmans le message de Dieu est transcrit dans le Coran, mais on affirme tout de go dans Enbiro que le message de Dieu «est»  bien transcrit dans le Coran. En tout cas, c’est ainsi que l’enfant comprendra le passage précité, car il n’a pas le même bagage et la même  lecture éclairée  que l’adulte (il n’appréhendera que le sens premier et littéral du texte). D’autant plus que pour l’enfant tout ce qui se trouve dans un livre d’école ne peut être que vrai et même plus vrai que ce que peuvent dire papa et maman à la maison. En lisant le module sur l’histoire de Mahomet, l’enfant va vraiment croire que son manuel affirme que le fondateur de l’islam  «a une révélation» (page 54), ce que n’accepte pas, encore une fois, l’Eglise catholique. Tout est fait en tout cas dans le récit pour faire croire à l’enfant que Mahomet a bien eu une révélation (manque de distance du manuel et multiplication des références à des personnages de l’Ancien Testament, par exemple, alors que la logique des emprunts bibliques dans l’islam ne sert pas la même logique que le judéo-christianisme). L’ambiguïté ne peut être évitée, dans la mesure où le manuel s’acharne à montrer des convergences entre islam et christianisme, sans jamais montrer en quoi ils divergent et s’opposent dans un antagonisme radical et irréconciliable  sur nombre de points essentiels. Même la méthodologie, à de très rares exceptions, ne montre pas en quoi christianisme et  islam sont incompatibles.
Autre constatation. Même s’il ne faut pas compter les pages mais s’attacher plutôt au contenu, on est forcé de constater que dans le volume 1 d’Enbiro le christianisme (sans le judaïsme) a droit à 13,4 % des pages et l’islam à 12,6 %. Que l’on compte les pages ou que l’on analyse la démarche  et l’angle d’approche d’Enbiro, Mahomet est mis sur le même pied que Jésus.  Le reste, à part le judaïsme, n’a souvent pas grand-chose à faire avec la religion dans ce manuel. Et si l’on comptabilise  de manière  stricte (en enlevant par exemple ce qui relève plus de l’archéologie,  de la cuisine, etc. que de la religion),  le christianisme n’est finalement hébergé que dans très très peu de pages… Il n’a d’ailleurs droit qu’à un seul module sur quatre dans le volume 1 (si l’on ne  compte pas le judaïsme).
Comment a-t-on pu en arriver là? Il faudrait faire une étude théologique et sociologique plus poussée d’Enbiro. Elle permettrait de mettre en exergue les liens de parenté entre Enbiro et certains mouvements de pensée à la mode, comme celui qui consiste par exemple à réunir tous les monothéismes dans une religion universelle,  après les avoir débarrassés des dogmes qui divisent et avoir donné l’absolue priorité à la démarche subjective de chaque “croyant” (piétisme individualiste  d’un certain protestantisme?), afin de répondre aux enjeux de la modernité. La pensée qui correspond au modèle méthodologique d’Enbiro (dans une démarche pas forcément consciente de ses auteurs) c’est qu’aucune religion ne détient la vérité, qu’elles n’en ont que des parcelles et qu’elles peuvent donc parfaitement coexister sans prétendre à aucune supériorité idéologique (de leur foi) ou culturelle de l’une sur l’autre. La bibliographie du volume 1 renvoie par exemple à deux démolisseurs de la foi: Hans Küng et Jacques Dusquesne. Ce dernier est un journaliste arien et gnostique dont la bibliographie  de la méthodologie dit au sujet de son livre  “Jésus” paru aux éditions J’ai Lu, 1999: «L’auteur retrace la vie de Jésus de la manière la plus respectueuse et la plus vivante possible en tenant compte des derniers travaux des spécialistes… Tout public.»  Il faut pourtant savoir que Duquesne multiplie dans ses interviews et ses livres l’idée que Jésus n’est pas mort sur la Croix pour sauver l’humanité…
Quelques remarques maintenant en parcourant  rapidement le volume 1 d’Enbiro “A la découverte des religions”.  Le manuel consacre de nombreuses pages à des thèmes d’un féminisme exacerbé et inadapté à de très jeunes  enfants (avec des questionnaires grotesques). Ceux qui ont écrit Enbiro savent-ils comment fonctionne et réfléchit un enfant de 8-9 ans à qui l’on fait une relecture de l’Ancien Testament (en dehors du module sur David) qui présente surtout les femmes de ce temps comme des esclaves sexuelles et laborieuses? On raconte ainsi à trois reprises aux jeunes enfants comment Abraham a couvert Agar, la servante de sa femme (pages 34, 38 et 49). Quelle triste image donnée aux enfants de l’Ancien Testament alors que, parallèlement , le manuel ne parle pas de la polygamie dans l’islam ni de la condition de la femme dans cette religion, et qu’il consacre trois pages (32, 33, 103) et un conte (pages 101, 102) aux déesses (pour suggérer que les païens, eux au moins, donnaient une place à la femme?). Comment des parents critiques peuvent-ils accepter que sur la page 120 titrée «Avaient-elles le choix » on demande à des enfants de 8-9 ans de répondre - en cochant oui ou non – à ces questions accompagnées de dessins (nous les transcrivons toutes, tant c’est parlant): «Sara a-t-elle pu choisir le moment où elle aurait un enfant?; Agar, servante de Sara, a-t-elle pu choisir si elle voulait  avoir un enfant de son maître Abraham?; Rébecca a-t-elle pu choisir son mari?; Bila et Zilpa ont-elles choisi de travailler au service de Rachel et de Léa?; Rachel a-t-elle pu choisir un métier?; Léa a-t-elle choisi d’épouser Jakob? ». Où est la pédagogie dans ces questions insinuantes et contenant en elles des réponses à une problématique non adaptée à l’âge des élèves?  Le MLF n’est pas loin et la page se termine d’ailleurs par ces questions: «Aujourd’hui en Suisse, une femme choisit-elle son conjoint? Et un homme? Comment se passe le choix d’un métier pour une fille?  Et pour un garçon?» Et l’on pourrait encore parler de toutes les autres pages à connotation fortement féministe. Le féminisme combattant et politisé a-t-il sa place dans un manuel d’instruction religieuse ?
Et non content d’être un fourre-tout, Enbiro n’hésite pas à prendre les enfants pour des imbéciles en leur demandant par exemple, à travers des jeux (page 125), si c’est le camion ou le dromadaire qui tombe parfois en panne… La page 98 inflige même aux jeunes enfants les conclusions du rapport Bergier (sur l’attitude de la Suisse envers les Juifs durant la Seconde guerre mondiale) sans nuances et avec outrance, alors que ce rapport ne représente pas la vérité officielle  et qu’il a été contesté par certains historiens. Des Valaisans se souviennent d’ailleurs que, durant la Seconde guerre mondiale, les hôtels de Finhaut étaient remplis de réfugiés juifs, pour ne prendre que cet exemple.
Enbiro n’est pas vraiment un manuel d’instruction religieuse, même avec des exigences exclusivement culturelles.  Bien des enseignants disent d’ailleurs  avoir du plaisir à l’utiliser car ils ont l’impression de faire autre chose que de la religion (c’est de l’histoire-géo mâtinée de sociologie des religions, avec un zeste de psychologie comportementale). Les six contes proposés aux enfants par le manuel n’ont aucun lien direct avec Dieu, quand ils ne prennent pas des accent panthéistes («Ecoute les voix de la terre» qui remplace la communion des saints et le dialogue avec Dieu par le chant des arbres: du pur New-Age…). D’ailleurs, Enbiro est un manuel du Nouvel Age. Il propose un christianisme squelettique, aplati  et horizontalisé. Sans surnaturel. Sans le discours sur la grâce (participation ontologique de l’homme à la vie divine qui est au cœur du christianisme et du discours paulinien par exemple). On parle  aux enfants d’un christianisme vidé de sa substance. Amputé du Mystère du salut qui passe par un sauveur vrai Dieu et vrai homme. Même d’un point de vue culturel et dénué de visée catéchétique, on passe à côté du principal. Enbiro dispense des connaissances très insuffisantes,  même dans une première approche du christianisme.  Il relève d’un christianisme d’en bas, pour faire un rapprochement avec une formule utilisée par les historiens pour désigner l’arianisme.  Le volume 2 d’Enbiro dont nous parlons ci-après (toujours dans cette nouvelle collection “A la découverte des religions ”) ne fait malheureusement que confirmer ce constat de base, même s’il n’est pas aussi catastrophique que le volume 1, car plus subtil.

Enbiro, “Au fil du temps – Collection à la découverte des religions”, volume 2.

Un aspect – déjà présent dans le volume 1 - frappe d’emblée dans le deuxième tome du manuel: malgré la priorité des confessions chrétiennes dans le volume 2 (deux modules sont consacrés au christianisme, soit «la dernière semaine de Jésus» et «chrétiennes et chrétiens d’aujourd’hui», un 3e module est consacré à Moïse et un 4e module au bouddhisme), on doit constater à nouveau dans le deuxième volume la grande pauvreté des éléments sur la vie de Jésus, sur le contenu doctrinal du Nouveau Testament  et sur l’enseignement des Eglises (en particulier sur les dogmes professés par l’Eglise catholique). Il sera difficile de rattraper ce manque avec le cycle  III d’Enbiro (pour les 11-13 ans), en cours d’élaboration,  proposant une «approche transversale» de plusieurs thématiques et avec le cycle IV (13-16 ans), qui nous promet une belle bouillie en annonçant «des sujets en prise avec l’actualité des religions».
Bref, l’approche culturelle minimale  du christianisme, religion complexe du point de vue doctrinal, n’est pas assurée. Il est pourtant clair – pour atteindre un minimum de connaissances - qu’il faudrait donner la priorité à la culture catholique dans les cantons catholiques, et la priorité à la culture religieuse protestante dans les cantons protestants. En Valais,  le tout petit complément commun des Eglises qui a été imposé ne suffit pas à redonner cette priorité. Enbiro survole en outre les thèmes de manière incroyablement superficielle,  comme nous allons le montrer avec quelques exemples, ce qui peut être dommageable dans le traitement de certains sujets. L’effet syncrétiste du volume 2 d’Enbiro se retrouve avec un kaléidoscope de confessions chrétiennes (protestante, catholique et orthodoxe) qui sont mises sur le même pied entre elles à travers tout le manuel (philosophie assez bien illustrée par la page 37 dudit manuel) et placées sur le même plan que le bouddhisme. Ce catapultage et ce mélange de confessions chrétiennes ne peut qu’engendrer, dans la tête des jeunes élèves, un embrouillamini identitaire, d’autant plus que la très grande majorité d’entre eux n’ont aucune instruction ou pratique religieuse à la maison. Il n’y a par ailleurs  aucune ouverture dans le manuel sur le surnaturel et quasiment aucune ouverture sur la spiritualité , alors qu’ils constituent pourtant des éléments essentiels pour comprendre la culture (foi) chrétienne et les sacrements (même si l’on ne veut pas d’une visée catéchétique).  Les géniteurs d’Enbiro n’ont pas compris que l’enseignement religieux à l’école a une grande importance dans la promotion des valeurs spirituelles d’une culture (or, l’un des buts de l’école  est de transmettre ces valeurs spirituelles civilisationnelles).  Enbiro garde un angle prioritairement  historico-critique et immanentiste du fait religieux,  en reléguant à l’arrière-plan les traditions interprétatives des Eglises. «Aujourd’hui, on assiste à un retour public de la Bible,  parfois dans une grande liberté par rapport aux traditions juives ou chrétiennes» (méthodologie, page IV), explique par exemple Enbiro qui s’inscrit résolument dans le contexte des «Sciences de l’homme et de la société» (méthodologie, page VI). Cette approche plus sociologique que théologique est confirmée par la méthodologie: «…l’école  a la mission de transmettre des connaissances et de mettre en évidence des points de vue» (méthodologie, page VII). La méthodologie demande d’ailleurs tout au long du manuel aux enfants d’exprimer leur opinion, leur expérience, leur ressenti et elle recommande aux enseignants de rechercher avant tout ce dialogue,  sans imposer une «interprétation». Le but prioritaire  n’est ainsi plus de transmettre des connaissances culturelles ou de foi prises objectivement dans les doctrines religieuses, mais de développer le respect des idées des autres, sans porter de jugement de valeur (conformément au nouveau relativisme éthique et religieux, alors qu’on peut contredire l’autre tout en respectant sa liberté de pensée et sa personne). L’enfant ne reçoit plus seulement des connaissances, il devient un centre d’accueil autonome.  Le but fixé à l’enseignant pour ses élèves est «d’exercer sa curiosité (de l’élève)  et mobiliser des connaissances nouvelles pour affiner ses représentations et développer son esprit critique» (méthodologie, page 5). Si l’enseignant met complètement en pratique ce précepte,  chaque  jeune élève  se construira mentalement  sa religion en faisant sa propre  interprétation religieuse à partir d’un appareil  critique que l’on croyait plutôt réservé à des adultes éclairés. Appareil critique d’ailleurs lui-même  relatif  et sujet à caution. On ne transmet plus vraiment au jeune élève des connaisances «objectives» ou du moins respectueuses de la foi des croyants, mais on  lui inocule les outils logiques du subjectivisme… Les temps changent (surtout si l’on songe qu’on est par exemple passé en Valais en une année – dans bien des communes - de l’instruction religieuse  à connotation catéchétique, à Enbiro…). Le virage sociétal et philosophico-religieux amorcé par Enbiro est tellement  évident que la méthodologie explique en page VII, dans le chapitre «Entre faits et interprétations»: «Cette problématique est encore plus complexe dès qu’une croyance est en jeu. Le texte biblique se présente consciemment comme une interprétation de l’histoire afin d’étayer une foi. L’école se devra d’accueillir  cette interprétation sans porter de jugement de valeur, tout en faisant apparaître une distance critique, qui rende la foi plus libre et la connaissance plus claire. Par exemple, on peut établir avec une grande certitude des événements comme la crucifixion de Jésus ou la pratique prophétique de Mahomet. Mais l’école ne peut pas enseigner la portée de la croix sur le salut de l’humanité ou le caractère définitif de la prophétie de Mohamed.» Essayez maintenant d’imaginer que le manuel s’adresse à des jeunes enfants… On voit en tout cas là et en d’autres endroits du manuel qu’Enbiro, sous couvert de «distance critique» ou par influence de ses auteurs protestants (même si des catholiques ont participé à l’élaboration de l’ouvrage), privilégie  une interprétation uniquement littérale  de la Bible, ou ne tient pas compte du fait que pour le catholicisme par exemple,  la Révélation est contenue non seulement dans la Bible, mais aussi dans la Tradition de l’Eglise  qui véhicule une interprétation et un enseignement complémentaires.  Parle-t-on encore de la culture (foi) chrétienne aux enfants si l’on occulte la dimension théologique et sacrificielle  de la croix (dans son amour, Dieu nous rachète); parle-t-on encore de la religion qui s’identifie à travers ce signe? Le sacrifice de la croix est d’ailleurs  relativisé  en page 46 de la méthodologie, car on lui oppose «une autre ligne d’interprétation». Dans le manuel, cette dimension existe, mais elle  est tronquée, réduite à deux phrases: «Jésus a donné sa vie aux humains » - dans le module sur la dernière semaine de Jésus, page 33 - et: «Il (Dieu) a accepté que Jésus, même innocent, meure pour toutes et tous sur la croix» (page 39), sans référence au péché, qu’il soit originel ou individuel (ce qui est un manque essentiel, en tout cas pour les  catholiques et l’explication chrétienne de l’histoire du monde). La méthodologie nous explique en page VIII que ses «auteurs ont pris en compte les éclairages de la recherche  contemporaine tout en essayant de respecter les points de vue traditionnels». Nous avons l’impression, nous, que les points de vue traditionnels (mais que signifie ce mot pour les auteurs d’Enbiro ?) ne sont pas assez respectés, surtout par rapport au catholicisme,  et qu’Enbiro est un manuel dans l’air du temps…  La méthodologie explique d’ailleurs en page 1 que «l’accent a été mis sur le christianisme d’aujourd’hui», formule ambiguë s’il en est. Nous nous étonnons surtout du fait que le volume 2 ait été introduit en Valais (et ailleurs?)  sans méthodologie complète. Celle  qui a été distribuée aux enseignants à la rentrée scolaire 2003 concerne en effet le module “Chrétiennes et chrétiens d’aujourd’hui” et non les autres modules sur Moïse, la dernière semaine de Jésus et le bouddhisme. C’est assez amateur en tout cas de la part de l’école valaisanne.
Le brassage voulu des religions et des confessions chrétiennes par Enbiro se trouve résumé dans le volume 2 par l’étape 5 et le slogan «Une religion, plusieurs Eglises» (méthodologie, page 36). La formulation n’est pas totalement fausse, mais elle n’est pas exacte en rapport avec les énoncés de foi. En effet, si les orthodoxes et les catholiques sont doctrinalement très proches, les deux sont éloignés des protestants car ils s’opposent encore, malgré l’œcuménisme, sur de nombreux points dogmatiques et sacramentels essentiels. Au sens strict, catholiques et protestants n’ont pas la même foi contrairement à ce que suggère fortement Enbiro aux jeunes élèves par sa phraséologie. Enbiro insiste d’ailleurs principalement  sur les convergences entre les confessions chrétiennes (croyances, rites, pratiques, fêtes “communes” etc.) sans dire clairement  qu’il y a des divergences au sens d’oppositions. La méthodologie explique ainsi, pour donner l’orientation du module sur les chrétiens d’aujourd’hui, qu’il «s’agit de dégager les points communs à tous les chrétiens et quelques particularités de chaque confession», page 1. On ne parle plus d’opposition, mais de «spécificités des confessions chrétiennes » (page 5 de la méthodologie), de «principales caractéristiques» de l’Eglise catholique (page 21, toujours dans la méthodologie), des «caractéristiques propres à chacune des trois confessions», page 36, etc.  L’histoire des religions à l’école  devrait  pourtant aussi avoir pour but de mettre en évidence non seulement les lignes de convergence, mais aussi de fracture des doctrines, tout en inculquant la tolérance (ou plutôt la charité fraternelle),  ce que ne fait pas Enbiro. Il noie quelque peu cette problématique dans une phraséologie lénifiante,  laissant croire aux enfants qu’il n’y a pas vraiment d’importance à être dans une confession plutôt que dans une autre, puisque les différences ne sont pas primordiales , mais  secondaires, réduites à des «particularités». Enbiro veut-il faire prioritairement de l’œcuménisme  (approche ecclésiale)  ou dispenser d’abord des connaissances (approche scolaire)?  Il est à relever en passant que cette approche de «connaissance» relève plus du mode de penser des gnostiques que de celui des croyants.
Il est frappant de constater qu’à nouveau, dans le volume 2, il n’est jamais dit explicitement et clairement aux enfants que pour les chrétiens Jésus est Dieu. Ne pas parler du Christ vrai Dieu et vrai homme, c’est ne pas parler du Sauveur, ne pas parler du christianisme… Le  manuel dit certes pour les catholiques, les orthodoxes et les protestants qu’ils croient en «Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit » (la Trinité) en pages 42, 44 et 46, mais sans explication de cet énoncé lapidaire  et sans parler de la divinité du Christ. On explique simplement aux enfants qu’un Tribunal juif a demandé la condamnation à mort de Jésus parce que «lui, un simple juif de Galilée, il s’attribue une autorité qui est celle de Dieu».  Mais c’est l’accusation de Jésus par les juifs et non une affirmation du manuel reprenant la doctrine chrétienne (prise de distance)…  Le manuel cite aussi les dernières paroles de Jésus: «Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre» (page 36). Ce sont des indices probants de la divinité du Christ pour les exégètes théologiens éclairés par la tradition chrétienne,  mais insuffisants quand on parle aux enfants du Christ. Le manuel (page 38) dit que «selon les chrétiens, Dieu a envoyé sur la terre son fils, Jésus.» Outre la prise de distance que l’on peut comprendre dans la perspective d’Enbiro, il faudrait là encore une explication pour des enfants qui ne savent souvent rien de la Trinité, et qui ne peuvent décoder cette phrase tout seuls, et sans explication claire sur la personne en deux natures de Jésus. A la  même page, le manuel dit des chrétiens qu’ils «reconnaissent cependant un seul et même Dieu, qui s’est manifesté en Jésus, le Christ.» C’est également interprétable de diverses manières  d’un point de vue littéral, et pas forcément dans le sens de la divinité du Christ. En plus, où est l’Esprit Saint qui se manifeste aussi? La divinité  du Christ n’est d’ailleurs pas suffisamment explicitée dans la méthodologie à la disposition des enseignants. En page 23 de ladite méthodologie, on dit: «Si nécessaire, apporter des compléments d’information concernant la Trinité» et l’on renvoie à la note sur la Trinité, en page 45, qui dit notamment: «Le Nouveau Testament connaît des formules liturgiques mentionnant le Père, le Fils et le Saint Esprit, mais il ne développe pas à proprement  parler de doctrine de la Trinité. C’est au cours des siècles – et particulièrement lors des conciles des IVe et Ve siècles – que se développe et se définit une théologie trinitaire.»  Cette formule de la méthodologie laisse à penser qu’on a inventé après plusieurs siècles une doctrine de la Trinité, alors que l’on a simplement confirmé et fixé l’expression claire  de ce qui était déjà transmis, contenu dans la Tradition et les Ecritures (on parle d’évolution homogène du dogme catholique par exemple).
Les seules références à la divinité du Christ dans la Trinité se trouvent non pas dans le manuel  mais dans les notes en fin de méthodologie, aux pages 41 et 45: «Dieu s’est révélé dans la personne de Jésus-Christ, verbe incarné de Dieu» (page 41, là encore il faudrait une explicitation qui manque); «L’affirmation de la Trinité a suscité des débats passionnés. Elle a exclu les courants du christianisme qui tenaient à l’unicité radicale de Dieu ou qui refusaient de considérer Jésus comme Dieu» (page 45). Il y a également à la page 45 une citation de la déclaration qui fonde le consensus du Conseil œcuménique des Eglises: «Une association fraternelle d’Eglises qui confessent Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur selon les Ecritures.» C’est bien – enfin! -  mais c’est encore très insuffisant pour l’enseignant et cela ne ressort pas du tout dans le manuel de l’élève.  Et dire (page 45 de la méthodologie) que l’Eglise de Rome a fait une «innovation dogmatique» avec son «filioque» (le Saint-Esprit procédant du Père et du Fils) est contraire à ce que dit la théologie catholique “officielle”.  La suite de la note trahit une méconnaissance presque totale de la théologie trinitaire catholique. De manière générale, le catholicisme n’est pas traité avec suffisamment d’équité par Enbiro, comme nous le montrerons avec d’autres exemples. Quant à la note sur l’Incarnation (page 46 de la méthodologie),  elle  est hors sujet ou du moins totalement épiphénoménologique.
Revenons au manuel. Il nous gratifie en page 39 d’une relecture exclusivement écologiste de la création. Les seules fêtes religieuses évoquées ou vaguement développées sont celles communes à toutes les confessions chrétiennes (sauf la Toussaint et l’Assomption dans le chapitre sur les catholiques qui fait l’impasse, comme par hasard, sur l’Immaculée  Conception et la Fête Dieu, fériées en Valais, mais fêtes qui divisent d’avec les protestants, etc.). Seule la méthodologie fait une brève allusion à la Fête-Dieu avec une définition théologique erronée - «présence du Christ dans l’eucharistie » - alors que pour les catholiques l’Eucharistie est le Christ.
Le traitement des sacrements est lui aussi problématique dans le manuel. Dans celui-ci (page 40), «les chrétiens expriment par des gestes et des paroles leur communion avec Dieu: ce sont les sacrements». Cette définition des sacrements ne correspond absolument pas à celle  des catholiques. Pour eux, le sacrement n’est pas seulement un symbole exprimant une communion ou une réalité extérieure,  mais un signe sensible produisant ontologiquement l’effet (la grâce) qu’il signifie. On voit là la mise à l’écart de l’ordre surnaturel sacramentel  par Enbiro (effet d’un certain protestantisme “naturaliste” qui pilote tout l’ouvrage?). Le manuel explique (page 40) que «deux sacrements sont pratiqués dans toutes les Eglises». Et de présenter «le baptême qui marque l’entrée d’une personne dans la famille des chrétiens». C’est juste mais insuffisant car l’essentiel est ailleurs,  en tout cas pour les catholiques: purification des péchés (péché originel et tous les péchés personnels) et naissance dans l’Esprit Saint. Pour les catholiques, il y a une grâce bien réelle du baptême, une véritable régénération de l’âme (chez bien des protestants aussi d’ailleurs).  En page 104, le manuel présente le baptême chez les catholiques en disant: «Ce sacrement marque l’entrée dans l’Eglise. En plongeant le fidèle dans l’eau ou en versant quelques gouttes sur sa tête, le prêtre rappelle l’amour de Dieu. Il invite les baptisés à suivre Jésus et son enseignement.» C’est pauvre et l’on passe de nouveau à côté de ce qu’il y a de plus essentiel dans l’explication du baptême pour les catholiques, même sans faire de catéchisme,  à savoir le don de la grâce qui nous fait participer de manière mystérieuse mais réelle à la vie divine et qui ouvre à la vision béatifique après la mort (le baptême est la porte de tous les autres sacrements).
Deuxième sacrement présenté par le manuel comme commun à tous les chrétiens: «L’eucharistie  ou sainte cène (partage du pain et du vin) qui rappelle le dernier repas que Jésus a partagé avec ses disciples peu avant sa mort.» Pour les catholiques, il est infiniment plus que cela. Avant tout, il est «action de grâce», «il actualise l’unique sacrifice du Christ Sauveur» et est «Communion parce que c’est par ce sacrement que nous nous unissons au Christ qui nous rend participants de son Corps et de son Sang pour former un seul corps»,  dit le  Nouveau catéchisme de l’Eglise catholique (NCEC) promulgué par Jean Paul II. Après la consécration, il n’y a plus pain et vin (dont la substance a disparu) mais seulement les apparences du pain  et du vin (signes visibles, espèces, accidents, etc.) et tant le catholique que l’orthodoxe ont foi en la présence réelle  du Christ par la transsubstantiation contrairement aux protestants eux-mêmes divisés à ce sujet. Or, dans le module sur le catholicisme  d’Enbiro on se contente de dire à ce propos (page 43): «Lors de l’eucharistie,  célébrée  par un prêtre ou un évêque, les fidèles reçoivent l’hostie avec ces mots: «Le corps du Christ ». Et, à la page 104: «Les fidèles commémorent le dernier repas que Jésus a partagé avec ses disciples ». Il faudrait  dire aux enfants que pour les catholiques il ne s’agit pas d’un simple  acte de souvenir. Le manuel, toujours à la page 104, explique: «Pour les catholiques, le pain (l’hostie) et le vin partagés deviennent, par le Saint-Esprit, le corps et le sang du Christ ». C’est déjà beaucoup mieux mais toujours insuffisant dans l’explication qui devrait être faite aux enfants, surtout si c’est parce qu’ils sont partagés (et non consacrés) que le pain et le vin deviennent corps et sang du Christ... Et il ne faut pas compter sur la méthodologie pour une explication suffisante, puisque la note en page 53 de la méthodologie se contente de dire: «L’eucharistie est le sacrement par excellence de l’Eglise catholique. Par ce repas de communion qui offre dans le pain et le vin le corps et le sang de Jésus-Christ, elle fait participer les fidèles au grand mystère du Christ. Catholiques et orthodoxes parlent de présence réelle (transsubstantiation).» Tout d’abord, il ne s’agit pas seulement d’un repas de communion comme le prétend la méthodologie à la page 57 même si elle a le mérite de parler de «communion au corps et au sang du Christ », car il y a aussi l’actualisation de la passion qui n’est pas que symbolique et car le Christ n’est pas présent «dans» le pain et le vin comme le dit la méthodologie, formule qui renvoie à une théologie luthérienne. Les orthodoxes ont par contre droit à une formulation correcte du point de vue de la transsubstantiation dans leur module où l’on explique (page 55 de la méthodologie): «Les saints dons sont ensuite consacrés par le prêtre qui invoque l’intercession de l’Esprit Saint (l’épiclèse) pour changer le pain et le vin en corps et sang du Christ.» Il faut dire que même le complément des Eglises valaisannes est tombé dans le panneau et fait la même erreur en écrivant que «les catholiques croient que Jésus est réellement présent dans le pain et le vin» («La vie des chrétiens», I, 3e année, page 3). Au sens strict, cette formulation correspond à la doctrine dite de l’impanation (ou plutôt companation qui correspond à une sorte de consubstantiation) adoptée par certaines églises protestantes issues du luthéranisme. Or, cette formulation est contraire à la foi catholique. Enbiro traite l’eucharistie  catholique avec désinvolture. Enbiro (méthodologie du volume 2) décrit ainsi les parties de la messe: La préface; le récit de l’institution de la cène (tiré des Evangiles); la prière eucharistique; l’offertoire (consécration du pain et du vin); la prière du Notre Père; l’invitation à la communion (avec l’agnus Dei) et la communion. C’est faux et tout à l’envers. Pour faire bref et plus juste tout en rétablissant l’ordre exact, il faudrait par exemple dire: l’offertoire (qui n’est pas la consécration du pain et du vin contrairement à ce que dit la méthodologie), la prière eucharistique avec récit (ré-actuation) de l’institution et consécration, puis Pater, rite de communion et envoi.  C’est à se demander si des catholiques compétents ont relu ce qui concerne le catholicisme,  ou si tout a été écrit par des protestants pas très au fait des sacrements catholiques.
L’univers catholique semble décidément très étranger à Enbiro qui, pour parler des pratiques cultuelles des catholiques, dit en page 54 de la méthodologie: «Les fidèles, en entrant dans l'église,  ont  pour habitude de faire un signe de la croix avec un peu d'eau prise dans le bénitier (rappel du baptême)». Il faudrait peut-être dire au rédacteur (protestant?) que les catholiques aiment bien l’eau, surtout lorsqu’elle est bénite (d’où le nom de bénitier).
Mais la plus mauvaise surprise sur les sacrements se trouve dans le chapitre consacré aux protestants dans le manuel. Ce dernier affirme en page 47: «Les protestants ne reconnaissent que les deux sacrements  établis par Jésus lui-même:  le baptême (…) et la sainte cène». Cela veut dire que pour Enbiro – et les enfants catholiques qui le liront! -  les autres sacrements reconnus par le catholicisme n’ont pas été institués par le Christ. D’autant plus que dans les chapitres du manuel et de la méthodologie consacrés aux sacrements chez les catholiques et les orthodoxes on ne dit pas si leurs sept sacrements ont été institués par le Christ ou non. Or, les catholiques pensent (croient) que leurs sept sacrements ont été institués par le Christ. Si l’enbirologue avait respecté la neutralité  confessionnelle qu’il revendique, il aurait évoqué ce dernier point et surtout il aurait écrit: “les protestants ne reconnaissent que les deux sacrements établis selon eux par Jésus lui-même”.  Deux éléments montrent que l’erreur est délibérée. Tout d’abord la méthodologie répète à la page 52: «Les protestants, en revanche, ne valident  que les deux sacrements institués par Jésus: le baptême et la cène ou communion (eucharistique)». Le catholicisme est traité de manière inéquitable par Enbiro qui ajoute même, à la page 52 de la méthodologie, pour renforcer le doute sur l’institution par le Christ des sacrements validés par les catholiques: «Les catholiques reconnaissent sept sacrements. Ce nombre fut fixé lors du Concile de Florence (1439) et confirmé  lors du Concile de Trente (1545-1563).» Cette formulation, qui n’est pas explicitée,  laisse penser que le catholicisme n’a validé  ses sept sacrements qu’au XVe siècle,  ce qui est faux. Ce n’est pas parce que l’Eglise confirme à Florence des pratiques rituelles - qu’elle a d’ailleurs toujours interprétées comme des sacrements - qu’elle les institue après quinze siècles de christianisme! La déclaration du Concile de Florence a été faite dans le cadre d’un décret pour les Arméniens, qui fut d’ailleurs accepté par les légats de cette Eglise, peu après un accord de Rome avec des Grecs. Le décret reprend d’abord les principaux points de la foi catholique et parle bien sûr des sacrements. Le concile “rappelle”  simplement qu’ils sont au nombre de sept, en précise les effets, distingue la matière, la forme, le ministre, etc. Chaque sacrement fait ensuite l’objet d’un examen particulier. Le décret explique: «Pour un enseignement plus facile aux Arméniens, tant actuels que futurs, nous rédigeons, sous cette forme très courte, la vraie doctrine des sacrements de l’Eglise. Il y a sept sacrements de la Loi nouvelle (…).»  On voit ainsi le cadre précis du décret. L’Eglise n’invente rien de nouveau à Florence sur le nombre de sacrements, puisqu’elle ne fait qu’un rappel sur ce point! Référence: Denzinger 1310 et “Textes doctrinaux du magistère de l’Eglise sur la foi catholique”, éditions de l’Orante, 1975, traduction et présentation de Gervais Dumeige. Ce dernier ajoute d’ailleurs au sujet du décret précité du Concile de Florence, daté du 22 novembre 1439 (Bulle exultate Deo d’Eugène IV): «Sans constituer une définition infaillible, le document a néanmoins une portée doctrinale importante.» De fait, la réalité des sept sacrements enseignée par l’Eglise relève pour les catholiques de l’infaillibilité   de cette même Eglise.
Concernant la Bible, Enbiro nous dit dans la méthodologie (page 43) qu’il y «a de grandes interrogations sur l’historicité de tel ou tel épisode» mais ne donne aucune information sur l’ «inerrance» des Ecritures saintes professée par l’Eglise catholique et qui permettrait de nuancer cette affirmation. La méthodologie explique en page 42 que le Nouveau Testament a été rédigé en grec durant la deuxième moitié du Ier siècle.  Elle pourrait préciser à l’intention des enseignants, la plupart du temps peu au fait de ces questions, qu’il s’agit d’hypothèses de chercheurs et non de vérités définitives.  La méthodologie pourrait même ajouter en passant que certains spécialistes font remonter sa rédaction plus tôt encore (le public connaît par exemple les discussions et les controverses suscitées par les thèses de Carsten Peter Thiede, Jean Carmignac, mort en 1986, Claude Tresmontant, etc.).
 Autre trahison de la théologie catholique: la méthodologie dit à la page 57 en référence au chapitre sur les catholiques: «Dire que le pape est infaillible  signifie qu’en matière de foi certaines décisions solennelles, prises après consultation de tous les évêques, ne peuvent contenir d’erreurs.» Disons tout d’abord que l’infaillibilité   ne concerne pas seulement la foi, mais aussi les mœurs, et que le pape n’est pas obligé de consulter tous les évêques avant de proclamer ex cathedra une vérité infaillible  puisqu’il a une infaillibilité  personnelle. La  méthodologie dit, en page 42, au sujet des catholiques et des orthodoxes: «L’autorité suprême est constituée par l’assemblée des conciles ou des synodes d’églises.» Ce n’est pas exact pour l’Eglise catholique où un concile par exemple (et il faudrait parler de concile «oecuménique»),  ne peut être autorité suprême face au pape ou s’il n’est pas en union avec lui sur ce qui est défini. Enbiro (méthodologie, page 44) explique que «en 1870 l’Eglise catholique romaine proclame le dogme de l’infaillibilité  et de la primauté du pape.» Il eût été plus juste et vrai d’ajouter que, pour les catholiques, la primauté du pape a toujours été professée, et que la proclamation de son infaillibilité  n’a fait qu’entériner solennellement  et imposer comme étant de foi une doctrine aussi ancienne que constante. D’ailleurs, dans l’histoire de l’Eglise, la proclamation solennelle d’un dogme a souvent répondu à une contestation montante (hérésie, etc.). 
Dans le chapitre sur les protestants, fiche de la page 110, le manuel Enbiro nous sert la doctrine dite de la justification par la foi sans les œuvres (page 110). C’est pédagogiquement totalement inadapté pour de jeunes enfants catholiques (nous laissons aux parents protestants le soin de répondre pour les enfants protestants). Remarque qui reste d’ailleurs valable  même  si l’on tient compte de la déclaration commune (des catholiques et des luthériens) faite à Augsbourg le 31 octobre 1999 sur la doctrine de la justification. Surtout que le manuel réduit la révolte de Luther à la lutte contre les indulgences, «cet argent que les chrétiens donnent alors à l’Eglise de Rome pour obtenir le pardon de Dieu ». La formulation n’est pas exacte, car même le pape de l’époque de Luther (Léon X) ne disait pas que les indulgences effaçaient  les péchés, mais la peine temporelle due au péché déjà pardonné, et ce à condition du regret véritable des fautes. Pour l’avoir ignoré, des prédicateurs ont fait scandale dans l’Allemagne du Nord au point que des évêques, comme ceux de Constance et de Meissen, ont interdit la prédication des indulgences dans leur diocèse. La formulation du manuel passe sous silence le fait que l’Eglise catholique du temps de Luther pratiquait aussi, tout comme celle  d’aujourd’hui d’ailleurs, les indulgences non pécuniaires (sans versement d’argent) qui libèrent de la «peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée» (NCEC). Les indulgences, pour la théologie catholique, n’effacent donc pas les péchés («pardon de Dieu») contrairement à ce qu’explique Enbiro aux enfants. La méthodologie définit en page 61 les indulgences par cette citation d’une note: «Les indulgences sont des attestations officielles que l’on peut acquérir à prix d’argent pour soi-même ou des parents défunts et qui garantissent  la remise de certaines peines temporelles imposées au purgatoire pour la purification de l’âme.» Il y a une toute autre réalité des indulgences, dans la Communion des saints, qui est décrite par le nouveau Catéchisme de l’Eglise catholique (Mame-Plon, 1992, 1471 et ss.). Dommage qu’Enbiro n’en parle pas aux enseignants, les laissant sur le seul épisode historique des indulgences liées à la construction de la basilique  Saint-Pierre (qui n’est d’ailleurs même pas évoqué dans la méthodologie…).
La question des indulgences constitue une cause occasionnelle  de la réforme qui s’inscrit dans un mouvement culturel et intellectuel beaucoup plus vaste que cette question (humanisme et Renaissance germanique beaucoup plus nationale que la Renaissance italienne,  tempérament et vécu de Luther, agitation socio-politique, etc.). Enbiro aurait dû esquisser ce décor et aurait dû parler aussi de la Réforme catholique…  


Conclusion: le volume 2 est moins catastrophique que le premier, mais plus insidieux et plus pernicieux du fait du traitement biaisé du christianisme,  sans parler du respect insuffisant du catholicisme (à cause de l’inspiration essentiellement protestante d’Enbiro?). La leçon à tirer de cet échec  est que le Valais devrait faire son propre manuel d’instruction religieuse, ou alors s’associer à un autre canton catholique comme Fribourg, ou encore voir d’autres manuels écrits par des auteurs de culture catholique dans d’autres pays (il y en a beaucoup en France par exemple et l’on peut aussi  utiliser le manuel italien qu’avait fait traduire en français et adapter le cardinal Schwery juste avant son départ de l’évêché de Sion mais  qui n’a jamais été utilisé). Les auteurs d’Enbiro oublient qu’il y a toujours une profonde implication théologique dans toute culture religieuse.  Ils restent donc constamment à l’extrême superficie des choses et  manquent les spécificités culturelles. Avec son langage indistinct qui en fait une sorte d’espéranto religieux, pour reprendre la formule d’un prêtre valaisan,  Enbiro passe de fait à côté d’une dimension culturelle essentielle  et même à côté de toute spiritualité (aucun texte illustrant cette dimension dans les deux volumes du manuel…).
Le manuel ne hiérarchise pas non plus. Religions et confessions chrétiennes sont mises sur le même plan, et l’élève est invité à déambuler dans cette galerie des religions où l’on réduit la foi à un courant d’opinion (l’enseignant incite d’ailleurs les enfants à dire ce qui leur passe par la tête). Cette approche motivée par un prétendu souci scientifique est d’autant plus désinvolte, intellectuellement  parlant, qu’Enbiro ne présente pas suffisamment les religions telles qu’elles se définissent (surtout le catholicisme qui est présenté de manière gravement lacunaire  et approximative sur des points très importants). Ce n’est pas ainsi qu’on fait découvrir la culture religieuse  du lieu et du pays où l’on vit. Nous ne sommes pas opposés pour le Valais  à une ouverture aux autres religions et confessions que le catholicisme,  mais nous pensons qu’elle doit se faire – à l’école primaire - de manière raisonnable et pas sous la forme d’une véritable instruction, d’ailleurs pleine d’erreurs, comme l’impose Enbiro. Le concept multireligieux  rigide  d’Enbiro n’est pas adapté aux jeunes enfants de l’école primaire. La société veut leur imposer à eux aussi à travers Enbiro la symphonie des religions qui est l’un des dogmes du syncrétisme néo-laïc. La très grande majorité des jeunes enfants touchés par Enbiro n’ont pourtant pas d’«anticorps» suffisamment efficaces pour résister à cette manipulation subtile des esprits, car ils n’ont aucune instruction religieuse  en famille  ou en paroisse. Ils ont le plus souvent des parents qui ne pratiquent pas (pratique religieuse extrêmement faible même en Valais) et qui ne s’investiront pas à la maison dans l’éveil  à la foi. Et même si l’on arrivait  à les intéresser au catéchisme extra-scolaire, ces enfants ne pourraient pour la plupart pas y participer, notamment à cause de leurs activités sportives, musicales, etc. Il faut donc leur donner à l’école une solide connaissance culturelle de la religion (catholicisme) qui a été la grande matrice de leur canton. Les enfants des écoles primaires devraient d’abord recevoir de bonnes connaissances judéo-chrétiennes (avec accent mis sur le catholicisme  en Valais), la connaissance plus détaillée  des autres religions pouvant être dispensée à partir de l’adolescence  et du cycle d’orientation (mais il faut le faire de manière intelligente, avec une méthode comparative et des points de référence, avec vérité même  si l’on se place en dehors d’une perspective catéchétique).
L’absence d’une vraie méthode comparative, qui est pourtant très importante dans la science  des  religions,  apparaît également  dans le module sur le bouddhisme.  Enbiro aurait pu dire par exemple que certaines choses distinguent fondamentalement christianisme et bouddhisme: pas de réincarnation pour les chrétiens qui croient par ailleurs en un Dieu personnel, etc.
 Enbiro recommande aux enseignants des petits catholiques valaisans de 9-10 ans déjà analphabètes dans leur propre religion: «Faire lire le résumé en cinq  points des réformes de Luther. Puis, livre fermé, demander aux élèves de restituer ce qu’ils en ont compris.» Il y de quoi être perplexe quand on est un parent concerné (et les parents protestants ressentiront sans doute le même malaise  face à d’autres passages de la méthode). L’apôtre Paul disait aux Ephésiens (4,6): «Il n’est qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême.» Pour schématiser un peu, Enbiro dit aux enfants de 8 à 10 ans: les musulmans et les chrétiens ont la même foi en Dieu. Il insinue sans cesse (c’est toujours nous qui schématisons librement): les protestants, les catholiques et les orthodoxes ont la même foi en Christ, hormis quelques petites spécificités sans grande importance puisque seul compte ce qui les unit. La Vérité majuscule (celle  qu’on apprend sur les genoux de sa mère) s’éclate avec Enbiro en vérités éparpillées. Les adultes œcuménisés décoderont le langage et la présentation d’Enbiro et ils garderont leurs convictions, s’ils en ont encore; l’enfant, lui, perdra peut-être pied et sa vision du catholicisme (ou du protestantisme) en deviendra dans tous les cas encore plus égalitaire,  plus brouillée.  Si le but inconscient de la théologie laïque d’Enbiro est d’inculquer aux enfants l’idée que l’appartenance à une religion plutôt qu’à une autre est assez secondaire, car toutes se valent et qu’il ne faut pas faire de jugement de valeur,  il sera sans doute atteint. La  méthodologie, en page 42, inscrit d’ailleurs l’œcuménisme dans le rejet de la formule «hors de l’Eglise, pas de salut ». Le problème c’est que l’Eglise catholique n’a pas renié cette affirmation et que des théologiens éminents l’ont explicitée par l’appartenance  à l’âme de l’Eglise (en distinction du corps visible de l’Eglise).  Autrement dit, tout homme de bonne volonté, quelle que soit sa religion, est sauvé par les mérites du Christ, s’il n’a pas  refusé volontairement et sciemment la foi. Car pour les chrétiens on ne peut être sauvé (accéder à la vision béatifique) que par le Christ. CQFD.
Comment faire confiance à un manuel qui range les Témoins de Jéhovah parmi les églises chrétiennes (page 31 de la méthodologie), alors que ce mouvement ne croit pas en la divinité du Christ, pour ne parler que de cet aspect…
Ce qui paraît le plus incompréhensible dans cette affaire, c’est que l’on oblige les catéchistes valaisans à enseigner avec Enbiro dans les classes, même si on leur donne un complément d’ailleurs insuffisant. Ils ne se sont pas formés pour cela, ce n’est pas leur vocation, et ils ne pourront pas faire quelque chose de solide, sauf s’ils font discrètement l’impasse sur Enbiro, sans trop le dire, et corrigent le manuel en classe… Mais attention, car les inspecteurs scolaires veillent…  Il  sera en outre plus difficile  de trouver à l’avenir des gens qui se forment comme catéchistes si on les oblige à enseigner Enbiro… Et des catéchistes actuellement en fonction vont sans doute jeter l’éponge au bout d’un certain temps!
Une seule conclusion s’impose au terme de cette étude: Enbiro doit être retiré de l’école valaisanne , car des parents chrétiens éclairés ne peuvent, après avoir étudié cette méthode, laisser en conscience leurs jeunes enfants suivre un pareil enseignement.  Enbiro n’opère dans son traitement aucune hiérarchisation dans les connaissances religieuses et donc culturelles, que ce soit entre religions (islam, bouddhisme, christianisme, etc.) ou entre confessions chrétiennes qui sont traitées sur le même plan. Ce manuel ne peut que semer le trouble ou au mieux le flou dans des esprits juvéniles, car il pèche surtout dans son approche lacunaire et approximative d’un christianisme protéiforme. Pour être un peu méchant, on pourrait dire qu’avec Enbiro la mac’donaldisation de l’enseignement religieux pointe le bout de son nez… C’est en tout cas une méthode tout ce qu’il y a de «pédagogiquement et religieusement correct».
Enbiro sacrifie en effet au relativisme  philosophico-religieux, dans un monde qui considère que seules les sciences apportent une connaissance objective. Enbiro rend d’aillleurs encore plus indistinctes dans la tête des jeunes élèves les frontières entre les religions. C’est peut-être bon pour la tolérance (et laquelle  d’ailleurs?),  mais insuffisamment rigoureux sur le plan intellectuel, sans parler du domaine de la foi!  Tocqueville  disait que seul le débat public sur les valeurs permettait de faire rempart au totalitarisme. Enbiro, en tout cas, en brouillant le positionnement des valeurs, ne fera pas rempart au totalitarisme idéologique  qui s’impose peu à peu dans la société en matière  d’approche du fait religieux («toutes les religions se valent», etc.).  L’incompréhension totale des médias pour les opposants à Enbiro est d’ailleurs le signe tangible que l’affirmation de certains principes n’est plus acceptée dans le débat sociétal.
On ne peut lire Enbiro sans ressentir la désagréable impression que cette méthode entre dans un processus dont le but est d’imposer aux jeunes enfants un multiculturalisme  niveleur (pour être «in» on devrait parler d’interculturalité).  Au point que l’application stricte des manuels et surtout de leurs méthodologies amène l’enfant à penser qu’il y une pluralité de regards (croyances) possibles sur la religion dans laquelle  il a été éduqué. Est-ce correct envers de très jeunes enfants? Est-ce le rôle de l’école? Pour nous, l’école et Enbiro empiètent là clairement  sur la mission éducatrice des parents. L’institution scolaire n’a en effet pas à semer les germes de l’indifférentisme  et du relativisme religieux.  Si l’on n’y prend garde, les apprentis-sorciers pédagogistes iront toujours plus loin, et le christianisme enseigné dans nos écoles ne sera un jour plus qu’un rêve que la grande majorité des enfants revivront à leur manière, pour reprendre une formule du père Louis Bouyer.

Statut de l’enseignement religieux en Valais

Contrairement à ce qu’ont pu dire certains, l’école valaisanne n’est pas laïque. Explication. L’Etat fédéral est neutre confessionnellement, selon la nouvelle Constitution fédérale, au sens où «nul ne peut être contraint d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir, d’accomplir un acte religieux ou de suivre un enseignement religieux» (art. 15, al. 4), et au sens où «les cantons pourvoient à un enseignement de base suffisant ouvert à tous les enfants» (art. 62, al. 2). Du fait du fédéralisme, les cantons ont une certaine latitude dans l’application de cette neutralité confessionnelle. D’ailleurs, selon la nouvelle Constitution fédérale, «la réglementation des rapports entre l’Eglise et l’Etat est du ressort des cantons » (article 72, al. 1). La neutralité confessionnelle  est de toute façon respectée à l’école à partir du moment où un élève peut être dispensé d’enseignement religieux sans avoir à motiver la chose, ce qui est respecté en Valais (où les parents mettent un mot pour leur enfant afin de dire qu’il ne suit pas les cours, sans avoir à motiver leur démarche). Il suffit en effet, comme le dit la Constitution, pour que la neutralité confessionnelle  soit respectée, que nul ne soit «contraint de suivre un enseignement religieux » à l’école. Sinon l’enseignement ne serait pas «ouvert à tous les enfants».
On le voit, il n’est pas parlé dans la Constitution fédérale  de laïcité  pour l’école  ou l’Etat, laïcité qu’Alain Finkielkraut décrivait d’ailleurs en juin 2003 comme «la dernière des religions», tandis que le chancelier  Gerhard Schröder a déclaré récemment: «L’Allemagne n’est pas laïque mais sécularisée et imprégnée de religion judéo-chrétienne. (Le Figaro, 6 janvier 2004)» Une formule qui est plus juste et qui peut être transposée à la Suisse ou tout au moins au Valais. N’oublions pas que la Constitution fédérale commence par «Au nom de Dieu Tout-Puissant!». Un projet de texte initial de la nouvelle Constitution fédérale prévoyait que les «écoles publiques doivent pouvoir être fréquentées par des élèves de toutes confessions sans préjudice de leur liberté de conscience et de croyance», mais ce projet de texte n’a pas été retenu. Pour résumer, la neutralité confessionnelle à l’école,  selon la Constitution fédérale, se limite à interdire l’enseignement religieux obligatoire dans les écoles publiques. Si le Tribunal fédéral  a «interdit» en 1990 un crucifix dans une classe tessinoise et en 1997 le port du foulard islamique par une institutrice genevoise, c’est parce que les élèves ne pouvaient y échapper (il y avait selon lui contrainte). Selon un juriste, la doctrine qui peut être tirée de la jurisprudence et du message fédéral du 20 novembre 1996 relatif  à la nouvelle Constitution fédérale permet d’affirmer que la Constitution n’exclut pas qu’une école inscrive  l’enseignement religieux comme  discipline dans son plan d’étude, que l’école peut choisir elle-même  l’enseignement religieux ou en laisser le soin aux communautés religieuses, mais qu’elle ne peut pas prévoir d’obligation de suivre l’enseignement religieux. C’est ce qui se passe en Valais où la loi cantonale sur l’instruction publique de 1962, même si elle a connu des modifications, est restée clairement confessionnelle.  Elle dit que l’école  doit aussi préparer l’élève  à sa tâche de personne humaine et de chrétien (article 3, al.3). Les intervenants ecclésiaux désignés par les autorités religieuses ont libre accès à l’école publique valaisanne, conformément à cette loi.  Si l’école valaisanne  était laïque,  les curés et les catéchistes n’auraient plus accès à l’école pour y dispenser l’enseignement religieux, même avec Enbiro (car leur neutralité ne pourrait être garantie)!  Or, l’article  28 de la loi cantonale sur l’école  dit: «L'ecclésiastique désigné et contrôlé par l'autorité religieuse compétente a libre accès aux écoles publiques pour y donner les cours de religion prévus au programme.» En Valais, l'enseignement religieux  est toujours organisé selon la loi par les églises reconnues (d’ailleurs représentées dans le comité mixte Département de l’éducation–Eglises qui pilote les programmes d’enseignement religieux). On lit ainsi  aux articles 57, 58 et 59 de la loi cantonale sur l’instruction publique (modification en 1986 de la loi sur l’instruction publique de 1962 pour y introduire des articles sur le cycle d’orientation): «Les Eglises sont responsables de l'enseignement religieux et de l'animation spirituelle dans les écoles, pour les membres de leur confession. L'Etat et les communes apportent leur concours. L'enseignement religieux des Eglises fait partie du programme. Il est donné dans le cadre de l'horaire scolaire. L'élève en est dispensé sur communication écrite. La signature des parents est nécessaire pour l'élève qui n'a pas 16 ans révolus. Si une Eglise n'est pas en mesure d'assumer sa tâche dans le cadre de l'école, l'Etat subventionne l'enseignement religieux donné en dehors de l'horaire scolaire. (…) Il  appartient aux Eglises: a) de définir les objectifs, les programmes, les moyens pédagogiques et didactiques de l'enseignement religieux, dans les limites de la présente loi; b) de former et de conférer l'habilitation aux professeurs de l'enseignement religieux; c) de nommer les animateurs spirituels ou aumôniers, sous réserve de l'approbation de l'autorité scolaire compétente. (…) Les professeurs chargés de l'enseignement religieux sont nommés par l'autorité scolaire compétente après avoir obtenu l'habilitation des Eglises concernées. L'Etat peut nommer des conseillers-coordinateurs pour l'enseignement religieux, sur proposition des Eglises concernées (…).» A la lumière de ces articles de loi, l’évêché de Sion aurait pu revendiquer bien plus qu’Enbiro et son petit complément…
L’école valaisanne est d’autant moins laïque que selon la loi sur l’instruction publique (article 3 sur la mission générale que  nous avons évoqué plus haut): «L'école valaisanne a la mission générale de seconder la famille dans l'éducation et l'instruction de la jeunesse. A cet effet, elle recherche la collaboration des Eglises reconnues de droit public (appelées ci-après Eglises). Elle s'efforce de développer le sens moral, les facultés intellectuelles  et physiques de l'élève,  de le préparer à sa tâche de personne humaine et de chrétien.» Et selon l’article 27, «L’Etat et les communes allouent pour l’enseignement dans les écoles de l’Eglise réformée les mêmes prestations qu’aux écoles publiques.»
La conclusion de cette législation est simple. Comme le constatait récemment le journal radical valaisan "Le Confédéré": «L’école valaisanne n’est pas neutre» et «L’école est restée confessionnelle».  Si l’école valaisanne  était laïque, les Eglises n’auraient d’ailleurs pas pu imposer un petit complément adjoint à Enbiro. La République et canton du Valais n’est pas laïque. Elle vit sous le régime d’une certaine séparation de l’Eglise et de l’Etat depuis 1974 (Eglise catholique romaine et Eglise réformée évangélique acquirent alors un statut de personne  juridique de droit public). Il faut dire une certaine séparation, puisque ladite séparation n’alla en effet pas jusqu’au bout, du fait qu’elle n’aboutit jamais à la création de communes ecclésiastiques (distinctes des communes et des bourgeoisies et censées lever l’impôt confessionnel non obligatoire auprès des fidèles). De sorte que la loi cantonale actuelle dit: «Pour autant que les paroisses de l’Eglise catholique romaine et celles de l’Eglise réformée évangélique ne peuvent, par leurs moyens propres, subvenir aux frais du culte des Eglises locales, ceux-ci sont, sous réserve des libertés de conscience et de croyance, mis à charge des communes municipales. » Comme on le voit, nous sommes très éloignés d’un régime laïc dans un canton où les curés sont payés par les communes selon les barèmes des enseignants (en fait c'est la commune qui prend en charge le déficit du culte que ne peut couvrir la paroisse)…
Et si l'école valaisanne  était laïque, le Département de l’éducation n’accorderait pas de surcroît aux Eglises reconnues la possibilité d’organiser, dans le cadre des horaires scolaires, des activités à but catéchétique (retraites, récollections pour la préparation à un sacrement, etc.) «jusqu’à un maximum de sept jours effectifs au total pour l’ensemble de la scolarité primaire» (directives du DECS du 15 mai 2003), soit environ un jour par an. En résumé, la République et canton du Valais n’est pas laïque et elle laisse une grande latitude aux Eglises pour organiser l’enseignement religieux scolaire, même si elle doit faire respecter dans ses écoles publiques la neutralité confessionnelle selon les conditions décrites plus haut.


Etude réalisée par Vincent Pellegrini à l’intention du Comité parental pour le retrait des nouveaux manuels Enbiro de l’école valaisanne.





«Il faut revenir aux racines des systèmes religieux » Vaclav Havel, septembre 1997.

«… le jour où des jeunes courageux auront décidé de briser la chaîne que leurs pères leur ont laissée de tous leurs péchés d’omission et refuseront de se laisser pousser doucement par les épaules dans les catacombes.» Père Bruckberger,1943.


«Que  le Dieu de vos pères reste toujours le Père de vos enfants.» Jean Paul II, juin 1984, lors de sa visite en Valais. 

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